« Amazonie : « C’est notre vie qui part en fumée »

« C’est notre vie qui part en fumée », une réflexion à partir des incendies en Amazonie. Témoignage du Père Johnja López Pedrozo,cjm, eudiste en Colombie. Traduction du portugais de Maria Mesquita Castro.

Amazonie bresilUn homme politique brésilien connu pour être un féroce défenseur de l’identité nationale et très critiqué pour ses positionnements radicaux, le bien connu docteur Enéas, a affirmé de façon très emphatique, devant des leaders et hommes politiques nationaux, faisant référence à l’Amazonie : « Si vous regardez l’étendue forestière du Brésil, vous comprendrez pourquoi, de l’étranger, autant de voix s’élèvent pour défendre l’Amazonie. Ce n’est pas pour « le bien » de l’Amazonie mais pour « les biens » de l’Amazonie. »

Pour de nombreuses personnes et gouvernements, l’Amazonie ne représente rien au-delà de leurs propres intérêts égoïstes qui les poussent à vouloir s’approprier une partie des multiples richesses dont regorge son sous-sol. Au moment de s’exprimer sur ce qui est en train de se passer en Amazonie, il est important de contextualiser la réalité et de constater qu’il en existe au moins deux lectures.

Tout d’abord, il faut souligner l’opportunisme politique et les intérêts gouvernementaux qui se cachent derrière de nombreuses voix qui s’élèvent pour la défense de l’Amazonie. Pour bien analyser la situation, il faut comprendre que la situation en Amazonie n’est pas un problème récent. Ce que nous constatons aujourd’hui n’est que la conséquence de nombreuses années d’incurie politique, de désintérêt, de surexploitation des ressources, de corruption et d’un manque d’intérêt pour l’Amazonie associé à une lutte effrénée pour s’en approprier les richesses.

Au Brésil, les évènements actuels servent, non pas à se préoccuper de l’Amazonie, mais à attaquer le gouvernement en place. Beaucoup disent ouvertement qu’ils ne sont pas intéressés par ce qui se passe en Amazonie, mais se servent des circonstances pour attaquer les politiques actuelles. De la même façon, le gouvernement en profite pour dénoncer les erreurs commises par les gouvernements précédents, et donc, pendant que l’Amazonie brûle, les hommes politiques en tirent parti pour se critiquer mutuellement ; ce qui favorise l’apparition des « fakes news » qui aggravent le problème tout en en masquant l’étendue.

Cependant une autre lecture, plus constructive, est possible et qui laisse place à une analyse approfondie de la réalité. Les récents incendies en Amazonie nous font penser à l’attitude égoïste avec laquelle, parfois, nous utilisons les ressources qui nous sont offertes par la nature. Ce ne sont pas seulement des broussailles ou des arbres qui brûlent, des fleuves qui s’assèchent ou des animaux qui meurent. En vérité, ce qui brûle, s’assèche ou meurt, ce sont les sources de vie de la planète. C’est donc notre problème à tous et les discours politiques, les accusations ou jugements portés contre ce que font ou ne font pas les uns ou les autres n’avancent à rien.

L’Amazonie ne meurt pas à cause des incendies de 2019. En vérité, la cause est plus globale. L’Amazonie agonise depuis longtemps. Ce n’est pas un problème datant d’aujourd’hui. Ce qui est en train d’arriver au Brésil n’est que le reflet de ce qui peut arriver dans tous les pays amazoniens. Les incendies d’aujourd’hui au Brésil sont un cri de la terre, un cri de notre maison commune qui nous invite à regarder en face la manière désastreuse dont nous gérons nos ressources naturelles.

Ce que l’on peut déduire des incendies en Amazonie, c’est que petit à petit, les Brésiliens mais aussi le monde entier, nous sommes en train de détruire notre maison commune. Cela doit nous interpeler et nous amener à changer d’attitude vis-à-vis de la protection de notre planète.

Laudato Si Co-éditionDans son encyclique « Laudato Si’ », le pape nous partage son concept d’« écologie intégrale ». Il nous dit que « tout est interconnecté », que l’homme n’est pas dissociable de la terre ou de la nature, que nous faisons partie d’un tout. Cela signifie que lorsque nous détruisons la nature, comme en ce moment en Amazonie, nous nous détruisons nous-mêmes.

En conclusion, nous pouvons affirmer qu’en Amazonie ce ne sont pas des indiens ou des animaux ou des espèces endémiques qui sont en train de mourir. Cela serait une présentation bien trop superficielle de la réalité. En vérité, en Amazonie, l’humanité est en train de mourir, la planète est en train de mourir, notre maison commune brûle. Nous en subissons tous les conséquences et pas seulement les hommes et les femmes qui y habitent ou la faune et la flore qui sont détruites.

Je souhaiterais terminer en citant l’encyclique susmentionnée du Pape François qui, dans le paragraphe 14, lance l’appel suivant : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. »

Beaucoup d’entre nous ne sentent pas encore l’odeur de la fumée qui s’élève vers le ciel et qui hurle pour que nous agissions et que la destruction de l’Amazonie s’arrête ; beaucoup d’entre nous n’arrivent même pas à entendre le cri des animaux qui fuient devant les flammes pour ne pas mourir dans une catastrophe provoquée par ceux à qui l’Amazonie offre la vie ; beaucoup d’entre nous ne verront jamais le visage ou les yeux des hommes et des femmes qui peuplent la forêt amazonienne ; mais nous pouvons être certains que nous finirons par ressentir dans notre propre chair les blessures causées à notre planète.

Nous sommes tous l’Amazonie, hommes et femmes du monde entier, créés par Dieu et habitant un paradis appelé planète terre. Nous sommes en train de brûler, ne dormons pas, ne laissons pas nos propres intérêts et nos égoïsmes nous empêcher de lutter contre les incendies que nous avons causés.

(Traduction Maria Mesquita Castro)

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