La survie des écoles privées catholiques au Liban

Depuis plusieurs mois, le Liban est frappé par une révolution politique, une crise économique, financière et monétaire, entrainant une violente récession dans le pays. L’Œuvre d’Orient, la Fondation Raoul Follereau, l’Institut européen de coopération et de développement (IECD) et le Secrétariat général de l’Enseignement Catholique ont organisé une conférence de presse pour présenter leur projet de Comité de sauvegarde des écoles du Liban, une plateforme de concertation et de rencontres. L’enjeu : sauver 330 écoles privées catholiques. Au pays du Cèdre, soixante d’entre elles risquent de ne pas rouvrir leurs portes en septembre.

Liban« Le Liban est essentiel à l’équilibre du Moyen-Orient et les écoles sont essentielles à l’équilibre du Liban. » Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de L’Œuvre d’Orient repense tout particulièrement au Pape Jean-Paul II qui – lors de son voyage apostolique au Liban en 1997 – avait appelé à garantir « une place pour chaque citoyen » et prôné « l’équilibre entre toutes les communautés ».

Depuis plusieurs mois, le Liban traverse une crise multifactorielle qui se traduit à la fois par une crise alimentaire, une crise médicale aggravée par la pandémie de la COVID-19 et une récession économique. Le Liban connait la plus grave crise économique depuis trente ans. Les conséquences sur la scolarité et l’éducation francophone sont dramatiques. L’Œuvre d’Orient, la Fondation Raoul Follereau, l’Institut européen de coopération et de développement (IECD) et le Secrétariat général de l’Enseignement catholique, lancent un cri d’alarme sur la situation des 330 écoles chrétiennes au Liban qui risquent de ne pas rouvrir en septembre 2020. Faute de revenus, soixante établissements privés libanais sont sur la sellette, et bénéficieront d’une aide financière d’urgence. « Notre attachement pour les écoles catholiques francophones nous rassemblent tous ici, explique Vincent Cayol, directeur des opérations à l’Œuvre d’Orient, à propos de de la conférence de presse organisée dans l’urgence. Notre préoccupation est de sauvegarder ces établissements catholiques francophones. Chaque organisation travaille dans le système éducatif de longue date », rappelle-t-il.

L’éducation, élément essentiel de la paix

1er février 2015 : Mgr Pascal GOLLNISCH, directeur général de l'Oeuvre d'Orient, Grenoble (38), France.

L’objectif est de poursuivre la mission éducative et de soutenir l’avenir de la francophonie. La crise libanaise jette un nouveau coup dur pour les professeurs qui ont déjà connu des baisses salariales. « L’enjeu de l’éducation est considérable, rappelle Mgr Gollnisch. C’est la clé du vivre-ensemble. Les congrégations religieuses et les chefs d’établissements nous rappellent l’importance de la francophonie. » Le français est un facteur de cohésion et d’ouverture entre tous les élèves. « Il se joue – à travers l’éducation – l’avenir du Moyen-Orient, s’inquiète Mgr Gollnisch. Les guerres civiles risquent de se multiplier. L’Europe, et en particulier la France, ne sortiront pas indemnes d’une crise violente généralisée au Moyen-Orient. » Le Liban est un pays ouvert et pluraliste. « C’est le seul pays de la région où la liberté religieuse est intégralement respectée », ajoute-t-il.

Ces écoles chrétiennes ont la particularité d’accueillir des élèves de confessions différentes : des chrétiens, des musulmans, des druzes. Dix-huit communautés religieuses cohabitent au Liban. L’une des grandes richesses du pays. Ces écoles sont aussi mixtes (garçons et filles), implantées dans des zones urbaines ou rurales et accessibles aux plus démunies. « Le réseau éducatif libanais est à 70% non gouvernemental et ne reçoit pas d’aide de l’Etat, 30% des établissements sont semi-gratuites », précise Vincent Gelot, responsable-projets en Syrie et au Liban.

Répertorier les établissements déficitaires

20 novembre : Elèves et salles de classe dans l'Ecole Nationale Maronite de Baalbeck. Bekaa. Liban

Vincent Gelot a réalisé avec des volontaires un travail de terrain rigoureux pour connaitre – dans chaque établissement – le nombre d’élèves, la confession, la localisation, la superficie, le déficit et le montant minimal pour que ces écoles ne ferment pas en septembre. « Nous avons classé les établissements en trois catégories, relève-t-il, les écoles bien portantes (niveau 1), les écoles en difficultés (niveau 2) et celles qui vont fermer leurs portes (niveau 3). Nous avons établi une carte numérique et dressé une liste des écoles prioritaires. Les associations craignent un effet domino. Celles qui sont actuellement en difficultés auront sûrement besoin de subsides en 2021.

Vers de nouvelles solutions

Pour leur permettre de subsister, l’Œuvre d’Orient a déjà mis en place des actions complémentaires avec l’État Français. « L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) va obtenir des moyens accrus pour soutenir les écoles libanaises, souligne Mgr Gollnisch. Je soutiens également ces établissements homologués et labellisés qui apportent aussi la francophonie à des degrés divers. » En janvier 2020, le Président de la République, Emmanuel Macron, lors d’un déplacement en Terre Sainte, annonçait la création d’un fonds de soutien aux réseaux des écoles chrétiennes du Moyen-Orient. « Grâce au rapport de Charles Personnaz [1], le Liban bénéficiera de ce dispositif au même titre que d’autres pays de la région. » L’association espère ainsi attirer un certain nombre de structures et de bénéficier d’un effet levier auprès des grandes villes ou de l’Union européenne.

[1] Renforcer l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région.

Renseignements : comitecsel@oeuvre-orient.fr

Témoignages

Sœur Mariam an-Nour du Carmel Saint-Joseph de Mechref

« Nos écoles tiendront parce qu’elles sont l’unique voix de la résistance. Une résistance culturelle, une résistance pour le vivre-ensemble. C’est un appel au secours. C’est le seul lieu qui nous reste pour sauver nos jeunes du désespoir, et leur ouvrir un chemin d’avenir. L’avenir du Liban repose sur la pérennité de nos écoles. Si le système éducatif s’effondre, c’est une nation entière qui tombe. Les plus fragilisés par la crise resteront au pays. Nous ne pouvons pas laisser ce pays sombrer avec ces pauvres qui n’auront plus aucun chemin. »

Roger Khairallah, Responsable projets Moyen-Orient de l’association Raoul Follereau

« C’est un cri de détresse concernant le système éducatif libanais en danger. La crise économique et politique a fait apparaitre une réalité bien cachée depuis des années. Nous vivions dans une bulle irréelle. L’appauvrissement de la classe moyenne se faisait dans le silence. Nous scolarisons nos enfants dans les établissements scolaires. Ces écoles catholiques qui accueillent des familles moyennes et pauvres accèdent à une bonne éducation et les préparent à un avenir universitaire. Nous surmontons le confessionnalisme qui nous déchire depuis des années. Seuls les écoles catholiques apportent une complémentarité entre toutes les religions. Les musulmans et chrétiens se côtoient dans une totale harmonie. Si ces établissements disparaissent, c’est le Liban que nous aimons qui disparaitra. »

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