« La joie de sauver un couple est quelque chose d’inouï », interview du Père Sonet

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Si le Père Denis Sonet est devenu le « spécialiste » du couple dans l’Eglise, c’est par hasard. Curé de campagne pendant 15 ans dans le diocèse de Troyes, il a commencé par accompagner des jeunes couples en se formant auprès du Père d’Heilly, le fondateur des Centres de Préparation au Mariage (CPM). Il est entré au CLER Amour et Famille en 1969 pour y être aumônier puis formateur. Une histoire d’amour qui dure !
 

Que représente Noël pour les familles aujourd’hui ?

C’est souvent seulement à Noël que les familles se rejoignent. Quelques fois même, quand il y a eu des divisions, c’est à ce moment-là que tout s’arrange. Il ne faut pas oublier l’aspect festif. Les cadeaux sont des gestes d’amour, de gentillesse et de délicatesse. Evidemment, dans notre monde de consommation, il y a aussi un côté négatif. Quand on sait que 30.000 tonnes de chocolats, 15.000 tonnes d’huîtres, 500 tonnes de foie gras vont être mangées … On se demande si le dénuement de la crèche correspond à cette débauche de grande bouffe ! D’autant plus que certaines familles ne peuvent absolument pas s’offrir ces choses. Noël est souvent très dur pour elles. Il y aussi des tensions sur où passer les fêtes : chez les beaux-parents ? les parents ? pas avec untel… Noël, qui aurait dû être le lieu où l’on trouve la paix et l’union, souligne la division. Et du point de vue écologique, face à la surenchère de lumière, on peut râler après Copenhague mais on pourrait peut-être aussi bien faire notre examen de conscience !
 

Comment avez-vous vu évoluer la famille ces dernières années ?

La famille est plébiscitée : 80% des jeunes entendent en fonder une. Cela ne veut pas dire qu’ils y parviendront ou qu’ils ne divorceront pas mais ils n’aiment pas que leurs parents divorcent. On croit à la famille et surtout au couple. Même si l’on divorce, on s’empresse de former un autre couple. Dans un monde où l’on n’est que des numéros, il y a au moins un endroit où l’on existe, c’est la famille. La famille est fragilisée parce qu’on en attend trop. On n’accepte pas l’imperfection des êtres. En plus, c’est le règne de l’individualisme. Dans certaines familles, on trouve une télévision par personne. Je vois avec douleur des gens, soit disant pour être heureux, quitter leur famille, leurs enfants. Aujourd’hui le couple vit cinquante ans. Avant la première guerre mondiale, un mariage vivait vingt ans. On n’avait pas le temps, en quelque sorte, de se séparer, de se diviser. Aujourd’hui, on se sent jeune à 60 ans et quelques fois, on a envie de refaire sa vie, toujours au nom de l’individualisme, du droit au bonheur. Les lois ont facilité les séparations. Même le mariage civil devient une passoire. Et je ne parle pas du Pacs ou des formules qui se mettent en place. Ce sont des substituts de la famille mais aussi des dangers. Il y manque l’engagement, ce qui constitue fondamentalement le couple. On ne dira jamais assez combien l’effondrement des familles modernes coûte cher au Trésor Public. La délinquance est bien plus forte dans les familles décomposées. Même si on n’a pas de dimension éthique, qu’on défende au moins la famille pour le fric ! Quand les jeunes n’ont pas de travail, qui s’occupe d’eux s’ils n’ont pas de famille ? Les familles rendent un service prodigieux au Trésor Public.
 

Que dites-vous aux couples dans les sessions du CLER ?

Nous leur présentons les exigences d’un couple sur tous les plans : charnel, psychologique, philosophique et spirituel. Nous insistons sur ce que j’appelle les « quatre piliers de l’amour » : la communication, la tendresse exprimée, une sexualité réussie et un projet de vie commun. L’autre message important, c’est l’acceptation de l’imperfection. Dans un couple, il faut faire communauté, n’être qu’un en restant deux. On voit que pour la Communauté Européenne, c’est très difficile ! On veut bien être unis mais en même temps rester chacun avec son individualisme, si bien qu’on est toujours en tension. Si le couple n’est pas ancré dans un engagement sérieux et si possible ancré dans l’amour fidèle de Dieu, je pense que c’est difficile à tenir. Les couples ne peuvent pas tenir cinquante ans ensemble s’il n’y a pas communication, fantaisie et ancrage en Dieu !
 

Qu’est-ce qui vous donne envie de continuer à les rencontrer ?

La joie de sauver un couple est quelque chose d’inouï. Quand vous sauvez un couple, vous sauvez des gosses, vous sauvez des générations. La famille est quelque chose d’absolument essentiel. Un couple qui repart, ce sont des enfants plus heureux et des enfants qui eux-mêmes divorceront moins que les autres.
 
Son message de Noël aux familles
« Si elles ne sont pas heureuses, c’est de leur faute ! lance le Père Sonet. Aujourd’hui, les couples ont tellement de facilités : un confort que n’avaient pas leurs parents, la régulation des naissances… Un souci de communication ? On peut les accompagner. Un problème de sexualité ? Des sexologues chrétiens sont capables de les conseiller. Ils partagent une dimension spirituelle ? Ils peuvent donner à leur amour une intensité, une densité. Ils peuvent vivre une vie de couple comme aucun couple ne l’a vécu mais pour ça, il faut parfois avoir l’humilité de se faire aider.

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