Interview de Guilhem Marty, jeune agriculteur de 28 ans

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Interview de Guilhem Marty Jeune agriculteur de 28 ans, installé à Saint Martin Laguépie, dans le Tarn (81) pour l’article du MRJC publié dans la revue “Foi et culture” : Le développement durable vu du monde agricole.

Guilhem est installé, depuis environ un an, en GAEC 3 avec ses deux oncles sur une exploitation en BIO. Les activités de la ferme se partagent entre trois productions : lait, viande et fruits ainsi que la culture de 150 ha. Le lait est vendu à la société Lactalis BIO. La viande (une vache et un veau par semaine) ainsi que la production de fruits sont commercialisés en vente directe, par colis, directement aux consommateurs.

« Comment intègres-tu les trois dimensions du développement durable (social, économique, environnemental) sur ta ferme ?

Cela passe avant tout par le choix d’être en agriculture biologique. Cela signifie pour nous un respect du végétal et de l’animal, un souci environnemental quotidien, une qualité pour le consommateur et finalement, la garantie d’une transmission saine aux générations futures. Nous faisons attention de ne pas surexploiter le vivant et d’avoir une exploitation adaptée à nos besoins (3 actifs).

Au niveau environnemental, nous utilisons des techniques culturales moins gourmandes en énergie. Ainsi, nous ne pratiquons plus le labour. Nous conservons au maximum sur la ferme les haies pour permettre le maintien d’une faune et d’une flore diversifiées. Nous avons également fait le choix d’une race de vache rustique. Ainsi, les laitières sont des « abondances ». C’est une race issue de la Savoie qui est adapté à notre territoire vallonné. Ces vaches valorisent au mieux les prairies naturelles et mangent moins de céréales. Cela nous évite ainsi de faire des cultures, type maïs, qui coûtent cher à produire et qui sont difficilement compatibles avec des exigences environnementales. Nous souhaitons aujourd’hui installer sur la ferme des panneaux photovoltaïques. Cela permettra la production d’une énergie propre qui sera revendue à EDF.

Tous ces choix permettent de mieux valoriser nos produits. C’est une plus value économique cruciale pour nous car elle nous permet de vivre de nos productions. Tout le monde s’y retrouve : le producteur et le consommateur. Nous pratiquons un commerce équitable local.
Ce choix de pratiquer la vente directe favorise le lien social. Cela permet une relation avec les consommateurs. C’est très enrichissant et valorisant. Il y a une véritable reconnaissance du travail accompli. Je sais à quoi je sers quand mes clients me disent qu’ils ont redécouvert le vrai goût de la viande. C’est une ouverture qui évite de s’enfermer sur son exploitation.
 

On voit bien les différentes plus value que ces choix permettent mais cela engendre-t-il des contraintes ?

Oui, bien sûr. Etre agriculteur signifie dépendre d’éléments extérieurs qu’on ne maîtrise pas (le temps, la vente de nos produits…). Le fait d’être en BIO complique la gestion de ces aléas car nous n’avons pas de filet de sécurité. Nous ne pouvons pas traiter quand il y a une maladie dans le troupeau ou dans nos cultures. Nous fonctionnons avec l’homéopathie et essayons d’anticiper au mieux. Mais c’est très souvent risqué. On peut perdre tout une récolte très vite.

C’est un boulot qui demande énormément de temps. Il faut savoir faire plusieurs métiers : producteur, éleveur, commercial… C’est passionnant mais consommateur d’énergie. C’est pas toujours facile d’avoir une vie à côté.
 

A ton avis, la prise en compte de cette dimension durable dans l’agriculture va-t-elle se développer ?

Il serait bien que ça se développe mais il reste encore beaucoup de chemin à faire. Ça reste une démarche atypique. La formation agricole ne sensibilise pas du tout à ce type d’agriculture. On est toujours sur un objectif de productivisme qui n’est plus concevable aujourd’hui. Pour aider ce secteur à se développer, il faudra un soutien financier. Si la politique agricole donne des moyens, ça permettra d’évoluer. De toute manière, les agriculteurs se rendront bientôt compte que ça coûtera plus cher d’utiliser du soja importé du Brésil ou d’ailleurs. Ils feront des choix plus durables parce que ça leur coûtera moins cher. »
 

Audrey Massié, Présidente du MRJC.
Olivier Joly, Secrétaire National à l’agriculture.


3 GAEC : Groupement Agricole d’Exploitation en Commun

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les 22-23-24 avril 2022

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