Eduquer: un exercice difficile ?

Exercer son autorité

L’amour n’empêche pas l’exercice de l’autorité, au contraire : l’enfant a besoin d’autorité pour se construire. Tout petit, les interdits et les règles l’aident à canaliser son énergie et à franchir des étapes importantes : les séparations, l’apprentissages des rythmes, la découverte de la vie en groupe… À partir de deux ans, les parents doivent absolument dire « non », mettre des limites et appliquer des sanctions pour que l’enfant apprenne à maîtriser ses pulsions et ne devienne pas un tyran. Il faut accepter quelques conflits (face aux caprices) et, là encore, ne pas être trop affectif (« il va m’en vouloir », « nous allons le traumatiser »). Mieux vaut définir calmement des règles de vie et appliquer des sanctions adaptées qu’utiliser les cris ou des punitions corporelles, toujours humiliantes. L’autorité parentale devient ainsi éducative : son but est uniquement de permettre à l’enfant de devenir adulte en intégrant ses propres limites et en exerçant de mieux en mieux sa responsabilité.

Père et mère, s’appuyer l’un sur l’autre

Dans un contexte social de plus en plus en complexe (multiréférentiel, omniprésence du corps, zapping et immédiateté, éphémérisation des relations…, etc.), mieux vaut, pour les parents s’appuyer l’un sur l’autre. Aujourd’hui, ils partagent de plus en plus les tâches ménagères et éducatives, c’est une évolution positive. Cependant le père et la mère jouent des rôles différents dans la formation de la personnalité de l’enfant.

Pour construire leur personnalité, l’enfant et l’adolescent ont besoin des deux facettes de cet amour : une tendresse qui protège, et un amour vigoureux qui responsabilise, qui encourage à aller de l’avant pour se tourner vers la vie adulte. Selon Jean-Marie Petitclerc, prêtre et éducateur : « le rôle du père, c’est de conjuguer amour et loi, de pouvoir dire « non », car un enfant se construit grâce à des repères et pas uniquement dans la satisfaction immédiate de ses désirs ». Ce rôle masculin est d’autant plus important, semble-t-il, à l’adolescence. L’intérêt du père pour le travail et les activités extérieures est également très important.

Ne pas vouloir prendre tout en charge seul (parfois sans s’en rendre compte), mais s’appuyer l’un sur l’autre et laisser faire son conjoint peut donc s’avérer très éducatif. Et si l’on n’est pas d’accord ? Il est très bénéfique de discuter pour s’accorder sur les grandes lignes de l’éducation. Mais les différences de sensibilité peuvent aussi être très riches pour les enfants. Si le père et la mère sont séparés, chacun devra veiller à ne pas détruire chez l’enfant l’image de l’autre (par des critiques ou des jugements), et continuer si possible à s’appuyer sur lui.

Transmettre sa foi et ses valeurs

En tant que personne humaine, l’enfant est aussi porteur d’une quête spirituelle et religieuse que les parents peuvent éveiller et éduquer. Dans l’Église catholique, l’éveil à la foi et le catéchisme proposés dans la suite du baptême ne vont pas imposer mais proposer un chemin, une expérience religieuse, dans le respect de la liberté profonde. Cette proposition répond aussi aux besoins de sens de l’enfant : elle l’aide à trouver des réponses sur le sens de sa vie, à former sa conscience, à se situer dans la société des hommes. À l’adolescence, la participation à des activités caritatives, à des mouvements de jeunesse, peut faire mûrir le sens de l’autre, le désir de s’engager et de devenir adulte.

Les parents cependant, restent les premiers éducateurs pour transmettre les valeurs spirituelles, morales et humaines, par leurs paroles et surtout leur façon de vivre. Le sens de l’accueil, le goût du travail bien fait, l’attention aux autres… là encore, l’enfant reçoit plus par imprégnation que par imposition. L’abbé Pierre, défenseur des sans-abris et fondateur des pèlerins d’Emmaüs, raconte comment lorsqu’il était enfant, son père l’emmenait chaque dimanche, à Lyon, raser et épouiller les pauvres.