Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des grands-parents et des personnes âgées

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des grands-parents et des personnes âgées 2022 intitulé : « Ils portent encore des fruits dans la vieillesse ».

Très chers  !

Le verset du psaume 92, « ils portent encore des fruits dans la vieillesse » (v. 15), est une  bonne nouvelle, un véritable « évangile » que nous pouvons annoncer au monde à l’occasion de la  Deuxième Journée Mondiale des Grands-parents et des Personnes âgées. Il va à contre-courant de  ce que le monde pense de cet âge de la vie ; et aussi de l’attitude résignée de certains d’entre nous,  personnes âgées, qui avancent avec peu d’espérance et sans plus rien attendre de l’avenir.

Beaucoup de gens ont peur de la vieillesse. Ils la considèrent comme une sorte de maladie  avec laquelle il vaut mieux éviter toute sorte de contact : les personnes âgées ne nous concernent  pas – pensent-ils – et il est opportun qu’elles restent le plus loin possible, peut-être entre elles, dans  des structures qui s’occupent d’elles et nous préservent d’endosser leurs chagrins. C’est la « culture  du rebut » : cette mentalité qui, tout en nous faisant nous sentir différents des plus faibles et  étrangers à leur fragilité, nous autorise à imaginer des chemins séparés entre « nous » et « eux ». Mais,  en réalité, une longue vie – comme l’enseigne l’Écriture – est une bénédiction, et les vieillards ne  sont pas des rejetés desquels il faut prendre distances, mais des signes vivants de la bienveillance de  Dieu qui donne la vie en abondance. Bénie soit la maison qui garde une personne âgée ! Bénie soit  la famille qui honore ses grands-parents !

La vieillesse, en effet, est une saison difficile à comprendre, même pour nous qui la vivons  déjà. Bien qu’elle arrive après un long chemin, personne ne nous a préparés à l’affronter, elle  semble presque nous prendre par surprise. Les sociétés les plus développées dépensent beaucoup  pour cet âge de la vie, mais elles n’aident pas à l’interpréter : elles offrent des plans d’assistance,  mais pas des projets de vie.[1] C’est pourquoi il est difficile de regarder vers l’avenir et de saisir un  horizon vers lequel tendre. D’une part, nous sommes tentés d’exorciser la vieillesse en cachant les  rides et en faisant semblant d’être toujours jeunes, d’autre part, il semble que l’on ne puisse rien faire d’autre que vivre de manière désenchantée, résignée à ne plus avoir de « fruits à porter ».

La fin de l’activité professionnelle et le fait que nous ayons des enfants indépendants nous  font perdre les raisons pour lesquelles nous avons dépensé beaucoup d’énergies. La conscience que  les forces diminuent ou l’apparition d’une maladie peuvent mettre en crise nos certitudes. Le monde  – avec ses temps rapides, par rapport auxquels nous avons de la peine à suivre le rythme – semble ne  pas nous laisser d’alternatives et nous conduit à intérioriser l’idée de la mise au rebut. Ainsi monte  au ciel la prière du psaume : « Ne me rejette pas maintenant que j’ai vieilli, / alors que décline ma  vigueur, ne m’abandonne pas » (71, 9).

Mais le même psaume – qui retrace la présence du Seigneur dans les différentes saisons de  l’existence – nous invite à continuer à espérer : quand viendra la vieillesse et les cheveux blancs, Il  nous donnera encore la vie et ne permettra pas que nous soyons submergés par le mal. En ayant  confiance en Lui, nous trouverons la force de multiplier la louange (cf. vv. 14-20) et nous  découvrirons que devenir vieux n’est pas seulement la détérioration naturelle du corps ou le passage  inéluctable du temps, mais le don d’une longue vie. Vieillir n’est pas une condamnation, mais une  bénédiction !

Pour cela, nous devons veiller sur nous-mêmes et apprendre à mener une vieillesse active,  même du point de vue spirituel, en cultivant notre vie intérieure à travers la lecture assidue de la  Parole de Dieu, la prière quotidienne, l’usage des sacrements et la participation à la Liturgie.  Et, avec la relation avec Dieu, les relations avec les autres : avant tout la famille, les enfants, les  petits-enfants, auxquels nous devons offrir notre affection pleine d’attention ; ainsi que les

personnes pauvres et souffrantes, auxquelles nous devons nous faire proches par l’aide concrète et  par la prière. Tout cela nous aidera à ne pas nous sentir de simples spectateurs dans le théâtre du  monde, à ne pas nous contenter de « regarder du balcon », à rester à la fenêtre. En affinant au  contraire nos sens à reconnaître la présence du Seigneur,[2] nous serons comme de « beaux oliviers dans la maison de Dieu » (Ps 52, 10), nous pourrons être une bénédiction pour ceux qui vivent à côté  de nous.

La vieillesse n’est pas un temps inutile où nous devrions rester en retrait en cessant de  progresser, mais une saison où l’on peut porter encore des fruits : une nouvelle mission nous attend  et nous invite à tourner notre regard vers l’avenir. « La particulière sensibilité de nous autres, les  personnes âgées, pour les marques d’attention, les pensées et les marques d’affection qui nous  rendent humains, devrait redevenir une vocation pour beaucoup. Et ce sera un choix d’amour des  personnes âgées envers les nouvelles générations ».[3] C’est notre contribution à la révolution de la tendresse,[4] une révolution spirituelle et désarmée dont je vous invite, chers grands-parents et  personnes âgées, à devenir les protagonistes.

Le monde vit un temps de dure épreuve, marqué d’abord par la tempête inattendue et  furieuse de la pandémie, puis par une guerre qui blesse la paix et le développement à l’échelle  mondiale. Ce n’est pas un hasard si la guerre est revenue en Europe au moment où la génération qui  l’a vécue au siècle dernier est en train de disparaître. Et ces grandes crises risquent de nous rendre  insensibles au fait qu’il existe d’autres « épidémies » et d’autres formes diffuses de violence qui  menacent la famille humaine et notre maison commune.

Face à tout cela, nous avons besoin d’un changement profond, d’une conversion qui  démilitarise les cœurs en permettant à chacun de reconnaître en l’autre un frère. Et nous, grands parents et personnes âgées, avons une grande responsabilité : enseigner aux femmes et aux hommes  de notre temps à voir les autres avec le même regard compréhensif et tendre que nous portons sur  nos petits-enfants. Nous avons affiné notre humanité en prenant soin des autres et, aujourd’hui,  nous pouvons être des maîtres d’une manière de vivre pacifique et attentif aux plus faibles. Cela, peut-être, pourra être vu comme une faiblesse ou une soumission, mais ce seront les doux, non les  agressifs et les prévaricateurs, qui recevront la terre en héritage (cf. Mt 5,5).

Un des fruits que nous sommes appelés à porter est celui de prendre soin du monde. « Nous  sommes tous passés par les genoux des grands-parents, qui nous ont tenus dans les bras » ;[5] mais  aujourd’hui, il est temps de tenir sur nos genoux – par l’aide concrète ou même seulement par la  prière –, en plus des nôtres, ces nombreux petits-enfants effrayés que nous ne connaissons pas  encore et qui, peut-être, fuient la guerre ou souffrent à cause d’elle. Gardons dans notre cœur – comme le faisait saint Joseph, père tendre et attentionné – les enfants d’Ukraine, d’Afghanistan, du  Sud-Soudan…

Beaucoup d’entre nous ont mûri une conscience sage et humble, dont le monde a tant besoin  : on ne se sauve pas tout seul, le bonheur est un pain qui se mange ensemble. Témoignons-en à ceux  qui se font illusion de trouver l’épanouissement personnel et le succès dans l’opposition. Tous,  même les plus faibles, peuvent le faire : notre propre façon de nous laisser assister – souvent par des  personnes provenant d’autres pays – est une façon de dire que vivre ensemble est non seulement possible, mais nécessaire.

Chères grands-mères et chers grands-pères, chères personnes âgées, nous sommes appelés à  être dans notre monde des artisans de la révolution de la tendresse ! Faisons-le en apprenant à  utiliser toujours plus et toujours mieux l’instrument le plus précieux que nous avons, et qui est le  plus approprié à notre âge : celui de la prière. « Devenons, nous aussi, un peu poètes de la prière :  prenons goût à chercher nos mots, réapproprions-nous de ce que nous enseigne la Parole de Dieu  ».[6] Notre invocation confiante peut faire beaucoup : elle peut accompagner le cri de douleur de  celui qui souffre et elle peut contribuer à changer les cœurs. Nous pouvons être « la « chorale »  permanente d’un grand sanctuaire spirituel, où la prière de supplication et le chant de louange  soutiennent la communauté qui travaille et lutte sur le terrain de la vie ».[7]

Voici donc que la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées est une  occasion pour dire encore une fois, avec joie, que l’Église veut faire la fête avec ceux que le  Seigneur – comme le dit la Bible – a « rassasiés de jours ». Célébrons-la tous ensemble ! Je vous  invite à annoncer cette Journée dans vos paroisses et communautés ; à aller trouver les personnes  âgées les plus seules, à la maison ou dans les résidences où elles vivent. Faisons en sorte que  personne ne vive cette journée dans la solitude. Avoir quelqu’un à attendre peut changer  l’orientation des journées de ceux qui n’attendent plus rien de bon de l’avenir ; et, d’une première  rencontre, peut naître une nouvelle amitié. La visite aux personnes âgées seules est une œuvre de  miséricorde de notre temps !

Demandons à la Vierge, Mère de la Tendresse, de faire de chacun de nous un artisan de la révolution de la tendresse, pour libérer ensemble le monde de l’ombre de la solitude et du démon de  la guerre.

Que ma Bénédiction parvienne à vous tous et aux personnes qui vous sont chères, avec  l’assurance de mon affectueuse proximité. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi !

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 3 mai 2022, fête des saints Apôtres Philippe et Jacques

FRANÇOIS

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