En attendant le déluge de Dolores Redondo et Tempête sur Kinlochleven de Peter May

Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 16 septembre 2026, OFC 2026 n°38 à propos En attendant le déluge de Dolores Redondo (Gallimard, Série Noire, 2022 – Folio, 2026) et Tempête sur Kinlochleven de Peter May (Editions du Rouergue, 2026)

Deux polars de bon aloi

Dans le genre roman policier, il y a le roman à énigme, dont Agatha Chritie est une des meilleures représentantes, et puis il y a le roman noir pour lequel l’intrigue peut être secondaire ; ce qui compte, c’est l’atmosphère, ce que vivent les personnages, l’ambiance, un décor, une ville. Tel est le cas des romans de Dolores Redondo et de Peter May.
Le point commun aux deux livres recommandés ici, c’est l’Ecosse.
Dans En attendant le déluge, Dolores Redondo nous fait voyager de l’Ecosse au Pays basque, de Glasgow à Bilbao. Ce sont ces villes, surtout la seconde qui sont le cœur du livre. Les événements se passent au début des années 1980, avant que Bilbao n’ait été mise en lumière par le Musée Guggenheim. C’est un port, sombre, truffé de bars, surtout sous la pluie, jusqu’à un déluge qui marqua la région ces années-là.

OFC 2026, n°38 - 16 septembre 2026 Le « héros » est un flic écossais qui traque, de manière obsessionnelle, un tueur en série. Alors qu’une maladie cardiaque ne lui laisse l’espoir de vivre que quelques semaines, rien ne l’arrête dans son projet. A côté de Bilbao, Scott Sherrington est la deuxième figure importante du livre. Il ressemble à ces flics revenus de tout, ne survivant à l’ennui et à la déprime que grâce au criminel dont la chasse leur donne encore une raison de vivre.
« Pourquoi un homme comme toi est-il encore célibataire ? Quelques mois auparavant, il lui aurait répondu qu’il n’en savait rien, mais ces derniers jours l’avaient davantage amené à réfléchir sur son passé que toute sa vie durant. Il ne s’était pas marié, n’avait pas acheté de résidence secondaire à la mer, n’avais pas eu d’enfants, n’était jamais parti en vacances. Il avait passé la plupart de ses Noëls chez l’inspecteur-chef Graham et pendant le réveillon de Hogmanay, le Nouvel An écossais, il avait travaillé. Ne se rappelait plus quand il avait célébré son anniversaire pour la dernière fois, et ses biens les plus précieux étaient la photographie de ses parents défunts, l’arme nichée au creux de ses reins et un carnet de notes consignant des informations sur un tueur en série. En conclusion, il était passé à côté de sa vie, il en avait conscience à présent. Si seulement … » p. 237-238.

Quant à Peter May, je pense que beaucoup ont lu et apprécié sa « Trilogie écossaise », devenue une tétralogie. Même s’il vit désormais en France, si ses livres se déroulent parfois en France, aussi en Asie, son dernier roman nous ramène, avec bonheur, en Ecosse. Avec bonheur ? Le roman se déroule en 2051 et nous faire suivre un policier de Glasgow envoyé dans les Highlands pour enquêter sur un mort retrouvé mort dans la neige. Classique… non, car en 2051, le dérèglement climatique a continué à produire ses effets. Si les régions du monde situées à l’équateur sont devenues invivables, du fait de l’élévation de la température et de ses conséquences, les régions les plus septentrionales, dont l’Ecosse, ont subi la montée des eaux – une partie de Glasgow, comme les régions côtières sont englouties – et le Gulf Stream a perdu de son intensité : l’Ecosse est en partie prise par la glace et la neige.
En cet été caniculaire, lire Peter May donne une heureuse impression de fraicheur mais dépeint un monde guère désirable, aussi du fait du développement des techniques de l’information et de l’IA qui permettent un contrôle accru des populations, dont notre enquêteur un peu trop libéré des orientations politiques.

OFC 2026, n°38 - 16 septembre 2026 « Brodie le savait, l’Ecosse était relativement épargnée. La mer du Nord avait tout bonnement englouti de vastes régions de l’est de l’Angleterre. La majeure partie de Londres se trouvait sous l’eau, aussi. Non seulement les pouvoirs publics avaient mis trop de temps à remplacer l’ancienne barrière de la Tamise, mais ils s’étaient heurtés à des problèmes de financement au moment de construire les digues qui auraient protégé l’estuaire.
Sur le continent voisin, la totalité ou presque des Pays-Bas, y compris Amsterdam et Rotterdam, avait été submergée. Une bonne partie de la Belgique, les ports allemands de Hambourg et Brême, ainsi que de vastes étendues côtières du Danemark avaient succombé à l’élévation du niveau de la mer.
C’était souvent pire, bien pire, ailleurs dans le monde » p. 86-87.

Le roman noir dépeint une société souvent à bout de souffle, des personnages qui n’ont rien d’héroïques, des êtres ordinaires menant une vie ordinaire, loin des milieux cossus dans lesquels se déroulent les romains policiers plus classiques. Ils parlent du monde comme il va et non comme on voudrait qu’il aille.

Pascal Wintzer, OFC

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