Mission Centenaire : Homélie de Monseigneur de Romanet, évêque aux Armées

Homélie de Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux Armées le dimanche 11 novembre 2018 à la chapelle Saint-Louis de l’École Militaire dans le cadre de la Mission Centenaire.

3 novembre 2017 : Portrait de Mgr Antoine de ROMANET, évêque aux armées françaises. France.

Frères et sœurs, « la paix soit avec vous » ! En ce dimanche 11 novembre nous commémorons le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Avec ses alliés, notre pays a gagné cette guerre en 1918. Mais quel fut le prix de cette victoire ? Et quelles furent ses conséquences ? Lorsqu’en août 1914 la guerre éclate entre la France et l’Allemagne, le Maréchal Lyautey s’exclame avec force : « quel suicide » ! Nous le savons, tant de morts, tant de drames, tant de destructions, tant de souffrances indicibles des peuples et des personnes !

La guerre accompagne, hélas, l’humanité depuis toujours. Mais 1914-1918 fut la Première Guerre mondiale, c’est à dire, au sens premier du terme, ce fut la première fois que l’humanité se mis ainsi en guerre de façon mondiale. Ce fut une tuerie de masse, un déluge de fer et de feu, un enfer de boue et de sang. Sur le terrain, au plus près des hommes, se trouvaient des « soldats de Dieu », des aumôniers militaires admirables. Ils témoignaient de leur foi, de cette certitude que Dieu aime tous les hommes, des deux côtés du front. Il s’est agit, au delà du drame des combats, de refuser toute haine et toute bestialité. Il s’est agit de reconnaître que français ou allemands, ennemis ou alliés, tous étaient enfants de Dieu, avec leur famille, leur histoire, leur dignité. Ce fut un combat spirituel de chaque jour que de reconnaître, au cœur des tranchés et de leurs atrocités, la pleine humanité de celui qui me fait face.

Frères et sœurs, « la paix soit avec vous ». Le message porté par l’Église à la suite du Christ est celui de la paix dans toute sa splendeur et sa profondeur. Par ces mots débute et s’achève chaque célébration eucharistique présidée par l’évêque : de « la paix soit avec vous » à « allez dans la paix du Christ », il s’agit de recevoir la paix du Seigneur pour la partager à ses frères.

La paix est sans cesse à construire en notre monde. Cette paix ne doit pas être une petite paix étriquée ou une paix au rabais qui ne serait qu’une absence de guerre. Il ne s’agit pas de la victoire des forts sur les faibles, d’une paix ignorant ou écrasant le frère. Il ne s’agit pas de la continuation de la guerre par d’autres moyens. Il ne s’agit pas, non plus, de la paix silencieuse des cimetières. La paix que nous inspire l’Évangile, c’est la paix du Christ, fruit de la justice et de la charité. Il s’agit de cette paix qui vient du cœur pour rejoindre le cœur du frère. Il n’y a pas de paix sans justice. Il n’y a pas de justice sans paix. Il n’y a pas de paix et de justice sans pardon. Le pardon ne s’oppose en rien à la justice, le pardon s’oppose à la rancune et à la vengeance. Or 1914 fut à bien des égards la revanche de 1870. Et 1939 fut par bien des aspects une revanche de 1918. Dramatique et mortifère cycle de la violence…

Or ce que dit le Seigneur, c’est la paix pour son peuple. Et ce que nous dit Saint Martin de Tours que nous fêtons en ce 11 novembre, lui qui partagea en deux son manteau avec un pauvre transi de froid, c’est combien charité, justice et paix marchent d’un même pas.

20 mars 2014 : Statue commémorative de la Grande Guerre 1914-1918. Charenton-le-Pont (94), France. March 20, 2014: Commemorative statue of the Great War (1914-1918), Charenton-le-Pont (94), France.

Nous sommes ici au cœur d’un combat spirituel. Avec le Christ, nous pouvons proclamer notre certitude que le mal n’a pas le dernier mot. Pour autant, la tentation permanente des nations et des hommes est bien celle de la puissance, de l’orgueil et de la domination. Cette tentation de vouloir s’emparer du monde comme si il m’appartenait en propre. Et le comble de cette tentation est bien de vouloir mettre Dieu au service de ma puissance. Lorsque l’homme se gonfle lui-même au point d’annexer Dieu pour le réduire à ses propres intérêts, il en arrive à défigurer Dieu de la manière la plus terrible. En revanche, lorsque l’homme se tourne vers Dieu pour prier pour la paix, pour la justice, pour le pardon, il ouvre son cœur à la puissance de salut qui vient du Seigneur.

C’est cette prière qui peut déployer la fraternité la plus authentique entre tous les membres de la famille humaine. Comment ne pas penser ici aux drames des conflits et des guerres les plus actuelles, aux femmes et aux hommes, aux enfants et aux vieillards, aux plus pauvres qui sont toujours les premières victimes, à tous ceux qui aujourd’hui encore sont mis à morts, blessés, persécutés, déportés… Comment ne pas penser aux millions de femmes et d’hommes qui aujourd’hui, à nos côtés, manquent encore de tout ? Comment ne pas voir les perversions introduites dans la conduite humaine par ce mépris, cette négation de l’homme. Ces violences et ces injustice crient vers Dieu, elles crient vers notre monde, elles crient vers chacun de nos cœurs.

Il nous faut réaliser combien aucune victoire militaire ne mettra fin à ces tentations et à ces combats. L’adversaire n’est pas en face de nous ni en dehors de nous. C’est de la conversion de nos cœurs dont il est ici question de la manière la plus radicale.

Prier pour la paix c’est ouvrir son cœur à la puissance rénovatrice de Dieu qui peut déployer la solidarité entre les membres de la famille humaine, malgré les longs épisodes de divisions et de luttes. Prier pour la paix signifie prier pour la justice, la liberté, et le pardon. La prière pour la paix a une dimension fondamentalement inter-religieuse : le sentiment religieux authentique aux cœur de l’homme est une source inépuisable de respect et d’harmonie entre les peuples : bien plus, en lui réside le principal antidote contre la violence et les conflits. Il s’agit de prier Dieu de faire de nous des instruments de paix.

Puisse cette commémoration du 11 novembre 1918 bien marquer ce qu’on voulu et espéré les artisans de cette libération, qui nous ont donné de retrouver l’honneur avec la liberté. Ce matin, puisse le souvenir de tous ceux qui ont donné leur vie héroïquement dans les tranchées et l’anonymat des combats, puisse le souvenir de toutes les victimes, des héros connus ou inconnus, puisse ce souvenir résonner comme un appel à la conscience des nations et de tout homme pour signifier les vrais enjeux de notre temps et leur pleine dimension spirituelle.

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix.
Là où est la haine que je mette l’amour.
Là où est l’offense que je mette le pardon.
Là où est la discorde que je mette l’union »
Seigneur fais de moi un instrument de ta paix, par la charité, la justice et la pardon ».

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