Discours du Pape François au Président de la République du Mozambique, aux autorités civiles et au corps diplomatique

Discours du Pape François au Président de la République du Mozambique, aux autorités civiles et au corps diplomatique.

Monsieur le Président,
Membres du Gouvernement, du Parlement et du Corps Diplomatique,
Distinguées Autorités,
Représentants de la société civile,
Mesdames et Messieurs,

Pape mozambiqueMerci, Monsieur le Président, pour vos paroles de bienvenue comme pour l’aimable invitation à visiter cette Nation. Je suis heureux de me trouver de nouveau en Afrique et de commencer ce voyage apostolique par ce pays, si béni par sa beauté naturelle comme par sa grande richesse culturelle qui ajoute, à la joie de vivre éprouvée de votre peuple, l’espérance d’un avenir meilleur.

Je salue cordialement les membres du Gouvernement et du Corps diplomatique ainsi que les représentants de la société civile ici présents. À travers vous, je voudrais approcher et saluer affectueusement tout le peuple mozambicain qui, de Rovuma jusqu’à Maputo, nous ouvre ses portes pour préparer un avenir redessiné de paix et de réconciliation.

Je veux que mes premières paroles de proximité et de solidarité aillent à tous ceux sur qui se sont récemment abattus les cyclones Idai et Kenneth, dont les conséquences dévastatrices continuent de peser sur de nombreuses familles, surtout dans des endroits où la reconstruction n’a pas encore été possible, requérant une attention spéciale. Malheureusement, je ne pourrai pas me rendre personnellement auprès de vous, mais je veux que vous sachiez que je partage votre angoisse, votre souffrance ainsi que l’engagement de la communauté catholique pour faire face à une situation si dure. Au sein de la catastrophe et de la désolation, je demande à la Providence que ne vous fasse pas défaut la sollicitude de tous les acteurs civils et sociaux qui, en mettant la personne au centre, seront capables de promouvoir la reconstruction nécessaire.

Je désire également exprimer ma reconnaissance et celle d’une grande partie de la communauté internationale pour les efforts qui, depuis des décennies, sont accomplis afin que la paix redevienne la norme et la réconciliation, le meilleur chemin pour affronter les difficultés et les défis que vous avez en tant que Nation. Dans cet esprit et à cet effet, vous avez signé, il y a environ un mois, dans le Parc national de Gorongosa, l’accord du cessez-le-feu définitif entre frères mozambicains. C’est un jalon, que nous saluons et espérons décisif, posé par des personnes courageuses sur la voie de la paix qui part de cet Accord général de 1992 conclu à Rome.

Que d’événements se sont succédé depuis la signature du traité historique qui a scellé la paix et produit ses premières pousses ! Ce sont ces pousses qui soutiennent l’espérance et donnent confiance pour empêcher que la manière d’écrire l’histoire ne soit une lutte fratricide, mais plutôt la capacité de se reconnaître comme frères, fils d’une même terre, administrateurs d’un destin commun. Le courage de la paix ! Un courage de haute volée : non pas celui de la force brute et de la violence, mais celui qui se concrétise dans la recherche inlassable du bien commun (cf. PAUL VI, Message pour la journée mondiale de la paix, 1973)
Vous avez connu la souffrance, le deuil et l’affliction, mais nous n’avez pas voulu que le critère régulateur des relations humaines soit la vengeance ou la répression, ni que la haine et la violence aient le dernier mot. Comme le rappelait mon prédécesseur saint Jean-Paul II durant sa visite dans votre pays en 1988, avec la guerre « beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de ne pas avoir une maison où habiter, assez de nourriture, d’écoles pour s’instruire, d’hôpitaux pour se soigner, d’églises où se réunir pour prier et de champs où déployer la main-d’oeuvre. Des milliers de personnes sont contraintes à se déplacer en quête de sécurité et de moyens pour survivre ; d’autres se réfugient dans des pays voisins (…) Non à la violence et oui à la paix ! » (Discours lors de la visite au Président de la République, 16 septembre 1988, n. 3).

Durant toutes ces années, vous avez fait l’expérience que la recherche d’une paix durable – une mission qui engage tous – exige un travail ardu, constant et sans trêve, car la paix « est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence » (Message pour la journée mondiale de la paix, 2019) et, pour cela, elle demande que l’on continue d’affirmer, avec détermination mais sans fanatisme, avec courage mais sans exaltation, avec ténacité mais de manière intelligente : non à la violence qui détruit, oui à la paix et à la réconciliation !
Comme nous le savons, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais l’engagement inlassable – surtout de la part de nous autres qui exerçons une charge liée à une plus grande responsabilité – de reconnaître, de garantir et de reconstruire concrètement la dignité, bien des fois oubliée ou ignorée, de nos frères, pour qu’ils puissent se sentir les principaux protagonistes du destin de leur Nation. Nous ne pouvons pas perdre de vue que « sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 59).

La paix a rendu possible le développement du Mozambique dans beaucoup de domaines. Les progrès enregistrés dans le domaine de l’éducation et de la santé sont prometteurs. Je vous encourage à poursuivre le travail de consolidation des structures et des institutions nécessaires pour que personne ne se sente abandonné, surtout vos jeunes, qui constituent la majorité de la population. Ils ne sont pas seulement l’espérance de cette terre, ils sont le présent qui interpelle, cherche et a besoin de trouver des moyens dignes leur permettant de développer leurs talents ; ils sont un potentiel pour semer et développer l’amitié sociale tant désirée.

Une culture de paix exige « un processus constant dans lequel chaque nouvelle génération se trouve engagée » (Ibid., n. 220). C’est pourquoi, le chemin doit être tel qu’il puisse favoriser une culture de la rencontre, de sorte que tout en soit imprégné : reconnaître l’autre, nouer des liens, construire des ponts. Dans ce sens, il est indispensable de garder vivante la mémoire comme chemin qui ouvre à l’avenir ; comme cheminement, qui conduit à rechercher des objectifs communs, des valeurs partagées, des idées qui aident à surmonter des intérêts sectoriels, corporatifs ou de parties afin que les richesses de votre nation soient mises au service de tous, surtout des plus pauvres. Vous avez une mission exigeante et historique à accomplir : ne relâchez pas l’effort tant qu’il y aura des enfants et des adolescents sans éducation, des familles sans toit, des travailleurs en chômage, des paysans sans terre… Voilà les fondements d’un avenir d’espérance, parce qu’avenir de dignité ! Voilà les armes de la paix !

La paix nous invite également à prendre soin de notre Maison Commune. À cet égard, le Mozambique est une nation bénie, et vous êtes particulièrement invités à sauvegarder cette bénédiction. La protection de la terre est aussi la protection de la vie, qui demande une attention spéciale quand on constate la tendance au pillage et à la spoliation, causée par l’obsession d’accumuler qui, en général, n’est même pas nourrie par des personnes qui habitent ce pays, ni motivée par le bien commun de votre peuple. Une culture de paix implique un développement productif, substantiel et inclusif, où chaque mozambicain puisse sentir que ce pays est sien, et dans lequel il puisse établir des relations de fraternité et d’équité avec son voisin et avec tout ce qui l’entoure.

Monsieur le Président, distinguées Autorités ! Vous êtes tous des constructeurs de la plus belle œuvre à réaliser : un avenir de paix et de réconciliation comme garanties du droit à un avenir de paix pour vos enfants. Je demande à Dieu que, durant ce temps que je passerai avec vous – moi aussi, en communion avec mes frères évêques et avec l’Église catholique qui pérégrine dans ce pays – je puisse contribuer à ce que la paix, la réconciliation et l’espérance règnent définitivement parmi vous. Merci.

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