Synodus Episcoporum, lettre aux religieux monastiques en préparation au prochain synode

Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du synode des évêques, a écrit le 30 aout 2021 une lettre aux religieux monastiques en préparation au prochain synode sur la synodalité.

Chers frères et sœurs,

Le Saint-Père François dans son enseignement a souvent rappelé à toute l’Église la nécessité et la beauté de « cheminer ensemble », initiant un processus synodal qui implique « tous les niveaux de la vie de l’Église » (Document sur le processus synodal, 3). Le Pape affirme que « le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire » (Discours du Saint­ Père François lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du Synode des Évêques, 17 octobre 2015). Concrètement, il s’agit d’un itinéraire synodal qui s’ouvrira dans les Églises particulières à partir d’octobre 2021 et s’achèvera en octobre 2023, avec la célébration du Synode des évêques à Rome (cf. Document sur le processus synodal).

Je m’adresse à vous, chers frères et sœurs, à l’approche de ce passage si décisif pour l’Église à notre époque, parce que vous êtes, avec votre précieuse vocation qui enrichit toute la communauté ecclésiale, les gardiens et les témoins de réalités fondamentales du processus synodal que le Saint­ Père nous invite à réaliser. Je crois qu’il y a trois mots, centraux de la vie monastique et contemplative, dont vous êtes les gardiens dans la vie de l’Église et dans le partage avec vos sœurs et frères : écoute, conversion, communion.

Tout d’abord « l’écoute ». Le Saint-Père dans l’allocution citée plus haut affirme que « une Église synodale est une Église de l’écoute, avec la conscience qu’écouter est plus qu’entendre ». La vie monastique et contemplative a toujours mis au centre l’expérience de l’écoute, à tel point que souvent les règles monastiques des différentes traditions ne sont que des recueils d’expressions bibliques et évangéliques, pour affirmer que la vie monastique et contemplative est « l’incarnation » de la Parole de Dieu écoutée, méditée et intériorisée. A cet égard, on ne peut manquer de se référer au début de la Règle de Benoît, père du monachisme occidental : « Ecoute, fils ! » (RB, Prologue). Cette invitation à l’écoute imprègne toute votre vie, depuis l’écoute de la Parole de Dieu dans les Saintes Ecritures pour finir par l’écoute des frères et sœurs de la communauté et des hommes et des femmes de notre temps. En écoutant, justement parce que « c’est plus qu’entendre » physiquement, on apprend. Votre vie est un terrain d’apprentissage de l’écoute où l’assiduité de !’Écriture, « comme un enfant tète le lait du sein maternelle » (Ephrem le Syrien), éduque aussi à une écoute profonde de soi, des autres, de Dieu. L’hospitalité même, si courante dans les communautés monastiques et contemplatives, est une expérience d’accueil et d’écoute, qui trouve sa source dans la fréquentation des Écritures dans la lectio divina et dans d’autres approches spirituelles à la Parole de Dieu

Aux moniales et aux moines

Le deuxième terme du vocabulaire qui caractérise votre vie que je voudrais souligner est « conversion ». Le Saint-Père affirme que « marcher ensemble – Laïcs, Pasteurs, Évêque de Rome – est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique». Un vrai cheminement synodal ne peut ignorer la volonté de se laisser convertir par l’écoute de la Parole et par l’action de l’Esprit Saint dans notre vie. La vie monastique et contemplative rappelle à toute l’Église que l’invitation à la conversion est au cœur de l’annonce même de Jésus, qui parcourait les villages de Galilée en disant : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 4, 17). Le Baptême, vocation fondamentale pour tout homme et toute femme disciples du Seigneur, est au fond la première conversion que l’Esprit a opérée dans nos cœurs, mais toute la vie chrétienne, pour être authentique, doit rester ouverte au chemin de la conversion à Dieu et à sa Parole. Même d’un point de vue purement humain, nous savons que la véritable écoute requiert aussi une conversion réciproque, qui conduit à sortir de nos certitudes, pour entrer sur le terrain difficile mais indispensable du dialogue. Dans votre expérience de vie communautaire, dans laquelle la synodalité doit être un élément fondamental, vous connaissez bien non seulement la « beauté » de cheminer ensemble, mais aussi les inévitables difficultés et les blessures possibles. C’est pourquoi, également pour le processus synodal suggéré par le Saint-Père à l’Église universelle, vous êtes des « experts » d’un état de conversion tant dans les aspects positifs que dans les difficultés qui ne doivent pas décourager, mais être vécues dans un véritable esprit de foi et d’espérance.

Le troisième mot que vous gardez pour tout le monde est « communion ». Le Pape insiste sur cette dimension aussi en référence à son propre service comme évêque de Rome. Il affirme : « le fait que le Synode agisse toujours cum Petra et sub Petra (…) n’est pas une limitation de la liberté, mais une garantie de l’unité ». Votre vie en témoigne aussi : le but de l’écoute et de la conversion est la communion. Dans vos communautés, vous savez bien que la communion est aussi le critère ultime de discernement et de vérification du cheminement synodal. Pensons au récit des deux pèlerins d’Emmaüs, approchés par le Seigneur sur le chemin de leur déception et de leur désillusion (cf. Le 24, 13-35). L’épisode lucanien se termine par une scène de « vérification ecclésiale » qui marque le point d’arrivée du récit : « À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » (Le 24 :33-34). La communion ecclésiale est le sceau du discernement et la vérification du cheminement synodal. Vous, par votre vie communautaire, témoignez de la véracité de cette affirmation que nous pouvons tirer du récit d’Emmaüs. En effet, dans la vie communautaire, propre à la vie religieuse, vous expérimentez combien la communion, qui ne coïncide pas avec l’uniformité, est effectivement le critère de vérification d’un authentique chemin partagé dans une perspective de foi.

Mais la raison qui me pousse à vous écrire, à l’approche de l’ouverture du processus synodal en octobre prochain, implique un autre mot qui appartient aux cordes les plus profondes de votre vocation : « prière ». Un terme profondément lié aux trois autres que nous venons de parcourir. Le Saint-Père François répète souvent : « priez pour moi ! ». Aujourd’hui, je vous demande, me faisant aussi l’interprète du sens que le Pape veut donner à ce cheminement synodal : « priez pour le Synode ! ». Si le cheminement synodal n’est pas d’abord un cheminement ecclésial d’amour dans le Père pour le Christ dans l’Esprit, il ne pourra certainement pas porter les fruits espérés. La prière est la rencontre dynamique de l’amour dans le Dieu trinitaire : dans l’unité pluriforme qui nous pousse à un témoignage vivant. Le Saint-Père François in Evangelii Gaudium, à propos de l’évangélisation, recommande que nous appuyer « sur la prière, sans laquelle toute action court le risque de rester vaine et l’annonce, au final, de manquer d’âme » (EG, 259). Il existe un ministère de la louange et de la prière dont vous êtes le signe vivant dans l’Église. Le psalmiste du Psaume 134 invite les lévites et les prêtres du temple de Jérusalem à bénir le Seigneur « jour et nuit », à lever leurs mains dans une prière incessante. Il y a des personnes qui, choisis parmi le peuple, ont pour tâche de ne faire jamais manquer, jour et nuit, le ministère de prière et de louange dans le temple du Seigneur. Les prêtres et les lévites ne se substituent pas au peuple dans le service à Dieu, mais sont un signe vivant de la louange éternelle que les fidèles, bien que non présents dans le temple, monte sans cesse vers le Très-Haut. Israël est « un peuple de prêtres ». Le Seigneur dit à Moïse : « Tu seras pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte » (Ex 19,6). C’est pourquoi tout le peuple a le devoir d’être, au sein de l’humanité, « médiateur » avec Dieu et de Le louer. Cependant, au sein du peuple, il y en a qui ont pour tâche d’exprimer et de manifester cette dimension qui appartient à tout Israël et à sa mission au milieu de toutes les nations. A la lumière de ce texte, nous pouvons saisir la valeur authentique du ministère de prière et de louange dont vous êtes les gardiens par vocation : dans la communauté vous avez la tâche d’exercer le ministère de prière, d’intercession et de bénédiction. En ce moment du processus synodal, je ne vous demande pas de prier à la place des autres frères et sœurs, mais de garder éveillé pour tous l’attention à la dimension spirituelle du chemin que nous entreprenons, afin de pouvoir percevoir l’action de Dieu dans la vie de l’Église universelle et des Églises particulières individuelles. Soyez pour tous, comme les lévites et les prêtres du Psaume, des « ministres de la prière » qui rappellent à tous dans la louange et l’intercession que sans communion avec Dieu il ne peut y avoir de communion entre nous.

Chers frères et sœurs, j’ai voulu m’adresser à vous en ce moment où nous nous préparons à entreprendre le processus synodal pour vous demander d’être les gardiens pour tous « du poumon de la prière » (EG, 262). Votre contribution dans les différentes étapes de notre cheminement synodal ne manquera certainement pas sous d’autres aspects, cependant votre vocation nous aide, ne serait­ ce qu’avec sa présence, à être une Église à l’écoute de la Parole, capable de laisser l’Esprit convertir son cœur, « persévérer dans la communion et la prière » (cf. Actes 2 :42).

Mario Card. GRECH, Secrétaire général

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