Solidarité à Marseille : tout le monde sur le pont

La pandémie de Covid 19 qui sévit actuellement a fortement ébranlé tous les secteurs de nos sociétés. Ceux qui parmi nous sont les plus vulnérables ; les personnes en situation de précarité, les personnes âgées, les malades,…en seront durablement affaiblis.
L’Église catholique, plus que jamais, se tient au chevet des plus fragiles.

Cette semaine, nous vous invitons à découvrir comment les services de la Conférence des évêques de France, mais aussi, les diocèses, les mouvements et les associations catholiques se mobilisent pour accompagner les personnes en grande précarité.

Entretien avec Charles-Henri Garié, délégué épiscopal à la solidarité, nommé pour la période de confinement.

Il y a encore 5 mois, le vice-amiral Charles-Henri Garié commandait le Bataillon de marins pompiers de Marseille. A ce titre il avait en charge une grande part de la sécurité de la ville et travaillait en lien avec toutes les autorités publiques.

Pendant ces 5 années, une fois par semaine, le vice-amiral se rendait sur le terrain avec ses équipes. Charles-Henri Garié est resté un homme de terrain qui connait bien Marseille. Aujourd’hui, appelé par Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, il assure une mission de coordination de la solidarité pour ce temps d’épidémie.

Quelle mission vous a confiée Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille ?

Mgr Aveline m’a demandé de prendre la direction de la coordination de la solidarité dans le diocèse. A grands traits, ma mission consiste à évaluer les besoins, coordonner les initiatives, initier des actions, tout cela en lien avec les acteurs publics de Marseille que je connais bien. A ce titre, je travaille étroitement avec la préfecture et les acteurs sociaux sur Marseille.

Quelle est la situation de Marseille en termes de pauvreté ?

Marseille est une ville très pauvre. Elle est faite d’une population venant de tous horizons sociaux, culturels, géographique ; beaucoup de personnes y vivent dans la précarité. La ville compte beaucoup de cités en centre-ville, et plusieurs squats.

La situation que nous vivons aggrave encore plus ces conditions de pauvreté.

La catégorie de personnes les plus touchées est celle des personnes sans domicile. Elles sont coupées de tout. Beaucoup d’associations ont dû arrêter leurs actions car leurs bénévoles étaient vulnérables car âgés. La première semaine de confinement a été très difficile, la faim a provoqué des tensions. L’eau s’est fait rare en ville et toilettes publiques fermées. Pour les personnes sans domicile, ce sont leurs déjà maigres moyens qui ont été coupés : plus de mendicité dans les rues vides, plus de petits boulots. De plus les personnes sans domicile redoutent le virus, elles se cachent. On ne les voit plus. Les personnes qui effectuent encore des maraudes témoignent du véritable sentiment d’abandon que ressentent les personnes sans domicile. De plus, les centres d’accueil sont fermés ou doivent prendre des mesures pour éviter la propagation du virus sur une population à la santé déjà fragile.

Nous sommes aussi attentifs aux personnes très précaires qui, sans être forcément sans domicile, vivent dans une grande pauvreté. Je pense aux migrants qui ne veulent pas sortir de chez eux, aux familles personnes seules très mal logés qui n’ont plus de revenus. Dans le réseau catholique, de plus en plus de personnes se présentent en n’ayant plus rien à manger.

Il y a aussi la catégorie des personnes vivant en squats et dans les bidonvilles. Il connaissant déjà une extrême pauvreté et des conditions de promiscuité favorables à la propagation du virus. Je citerai aussi les très nombreuses personnes isolées qui vivent très modestement.

Quelles actions et mesures mettez-vous en place ?

Je veux d’abord dire que l’Eglise catholique n’est pas seule et que nous travaillons en réseau avec de nombreux acteurs privés, associatifs et publics. Nous sommes ainsi en lien permanent avec Madame la préfète, très investie dans le dispositif. Ce « nous » reflète bien l’esprit d’équipage cher au marin que je suis.

Ainsi, depuis deux semaines, « nous » tentons d’améliorer les conditions de vie des personnes les plus touchées.

Des solutions ont d’abord été recherchées pour réduire la surpopulation des centres d’accueils, pour permettre leur confinement, à l’hôtel par exemple (cela est pris en charge par l’Etat, pour mieux les protéger par tests et d’apprentissage des gestes barrière. Un centre dédié a été ouvert pour les personnes malades sans symptômes graves.

L’Eglise catholique s’est alors investie pour participer à l’approvisionnement en nourriture pour « nos frères de la rue ». Nous avons transformé trois lieux en centres de productions. Avec l’aide d’associations de repas partagés et de bénévoles, ces lieux sont devenus des centres de production de paniers repas.  Aujourd’hui, 1450 repas sont distribués ou livrés par jour. Pour arriver à ce premier résultat, nous gérons l’ensemble de la chaine logistique. De la banque alimentaire qui fournit les denrées aux centres de productions. Nous devons aussi assurer la fourniture de masques, de gels hydro-alcoolique pour les différentes personnes de cette chaîne de solidarité.

Je voudrais citer les bénévoles du Secours catholique qui assurent la logistique, les sœurs de la Charité qui cuisinent 600 paniers repas par jour, les fabricants qui donnent les barquettes nécessaires au conditionnement de ces repas, les couturières de Marseille qui fabriquent des masques (objectif 1000), les polices nationale et municipale qui aide à assurer l’ordre durant la distribution. Le jeudi, c’est la Fraternité Bernadette qui distribue 600 sandwichs pour relayer les sœurs de la Charité. Citons encore, les syndicats de l’hôtellerie et de la restauration qui donnent des denrées à la Banque alimentaire.

Avec les moyens de la préfecture, un traiteur fabrique 1500 repas par jour, deux associations se charge de les distribuer aux personnes de la rue et, peu à peu, aux familles dans les quartiers. Le Secours catholique est en train de former des équipes pour aller renforcer les équipes du Samu social afin d’augmenter le nombre de camions qui tournent. Le soir, des maraudes se mettent en place progressivement pour distribuer les dons offerts par des boulangers.

Des volontaires du Secours catholique viennent aussi renforcer les équipes des CCAS de la ville de Marseille pour aider à la distribution de repas aux personnes isolées et aux courses.

Une écoute téléphonique de femmes pour les femmes se met en place le soir pour les femmes seules.

Pour les personnes de la rue, les choses commencent à s’organiser. Nous tâchons de faire ouvrir des points d’eau et de fournir du savon et des produits hygiéniques.

Quels sont vos besoins ?

Avant de parler des besoins, je voudrais lancer un appel aux catholiques : regardez autour de vous si vous sortez. Les personnes de la rue sont encore plus appauvries : donnez-leur de l’argent ! Et puis, soyez attentifs à votre voisin isolé : proposez lui de faire des courses. Bref, il y a déjà des actions individuelles à mettre en œuvre.

Concernant nos besoins, ils sont de divers ordres.

La Banque alimentaire a toujours besoin de dons en aliments.

Notre objectif du jour concerne les tickets restaurants en fin de validité ou périmés. Nous allons lancer un appel pour les récupérer et, en accord avec le CRT Services (organisation nationale des tickets restaurants), nous allons acheter des repas et donner des tickets ou chèques aux personnes dans le besoin. Si cette expérimentation fonctionne à Marseille, elle pourrait être élargie au plan national.

Sur le plan humain, nous avons besoin de diverses aides.

Nous appelons des personnes jeunes en bonne santé pour le portage de repas à domicile : il s’agit de conduire une estafette (fournie et assurée) et de déposer les repas devant les portes sur les paliers. Il faut aussi des volontaires pour faire les courses. Nous avons toujours besoin d’aide pour l’acheminement des denrées de la Banque alimentaire vers les centres de production. En lien avec toutes les autres associations, il y a aussi besoin de renforcer et de coordonner les maraudes.

Nous appelons encore des personnes moins jeunes pour renforcer les écoutes et les appels des personnes isolées.

Un site, prochainement accessible depuis le site du diocèse de Marseille permettra de trouver toutes les informations utiles et de proposer ses services.  Nous conseillons aussi d’utiliser le site « jeveuxaider.com » mise en place par l’Etat et géré par la préfecture.

En conclusion de ce rapide tour d’horizon, je tiens à souligner l’urgence à aider nos frères les plus pauvres. Et je voudrais finir par exprimer mon admiration pour l’altruisme, l’incroyable générosité de toutes les personnes qui se mobilisent. Des religieuses aux restaurateurs, des cyclistes qui donne leurs bidons aux bénévoles du Secours catholique, je suis émerveillé par tous ces femmes et hommes qui « montent sur le pont ». Ma mission est passionnante et me donne à voir la beauté de la nature humaine.

Propos recueillis par Vincent Neymon,
directeur de la communication, secrétaire général adjoint
Conférence des évêques de France

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Par-delà le confinement, que fait l’Église pour les personnes en précarité ?

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