Témoignages

Dans le cadre de la rencontre des évêques du monde entier pour la protection des mineurs, le Saint Siège a publié cinq témoignages de victimes.

Premier témoignage

Tout d’abord, je voudrais remercier la Commission de m’avoir permis de m’adresser à vous aujourd’hui, ainsi que le Saint-père pour tout le soutien et l’assistance qu’il nous a donnés ces derniers moments. Ils me demandent de parler de la douleur suite aux abus sexuels. Tout le monde sait que l’abus sexuel laisse une conséquence énorme pour toutes les personnes. Je crois donc qu’il ne vaut pas la peine de continuer à en parler parce que les conséquences sont évidentes, à tous égards, et demeurent pour le reste de leur vie.
Je voudrais plutôt parler de moi-même comme catholique, de ce qui m’est arrivé et de ce que je voudrais dire aux évêques. Pour un catholique, la chose la plus difficile est de pouvoir parler d’abus sexuels, mais une fois que l’on prend courage à aller raconter – dans notre cas, je parle de moi – la première chose que j’ai pensé était : je vais tout raconter à la Sainte Mère Eglise, où ils vont m’écouter et me respecter. La première chose qu’ils ont fait était de me traiter de menteur, de me tourner le dos et dire que moi et d’autres étions des ennemis de l’Eglise. Il s’agit d’un modèle qui non seulement s’est produit au Chili, mais s’est passé dans le monde entier, et cela doit cesser.
Je sais qu’ils sont là parlant de mettre un terme à ce phénomène et comment l’empêcher de se produire à nouveau et comment réparer tous ces dommages. D’abord, le pardon faux, le pardon forcé ne fonctionne pas. Les victimes ont besoin d’être considérées, respectées, soignées et réparées. Vous devez guérir les victimes, vous devez être avec elles, vous devez les croire, vous devez les accompagner. Vous êtes les docteurs des âmes et pourtant, à de rares exceptions près, vous vous êtes convertis, dans certains cas, en meurtriers des âmes, en assassins de la foi. Quelle terrible contradiction. Je me demande ce que Jésus pense, ce que Marie pense, quand elle voit ses propres pasteurs, être ceux qui trahissent les brebis. Je vous demande, s’il vous plaît, de coopérer avec la justice, de prendre particulièrement soin des victimes, que ce qui se passe au Chili, c’est-à-dire ce que fait le Pape au Chili, se répète comme un modèle dans d’autres pays du monde.
Nous voyons chaque jour la pointe de l’iceberg, quand l’église a voulu dire que c’est fini, les cas continuent à émerger, pourquoi ? Parce que vous procédez comme quand vous voyez un cancer, vous devez traiter tout le cancer, ne pas enlever la tumeur, vous devez faire la chimiothérapie, vous devez faire la radiothérapie, vous devez faire des traitements. Ce n’est pas enlever la tumeur et c’est fini. Je vous demande d’entendre ce que le Saint-père veut faire, de ne pas accepter de la tête et faire autre chose après, tout ce que je demande, c’est que, et je le demande au Saint-Esprit, qu’il aide à rétablir la confiance dans l’Eglise, que ceux qui ne veulent pas entendre l’Esprit Saint et ceux qui veulent continuer à couvrir, qu’ils s’en aille de l’église, pour céder la place à d’autres qui veulent une nouvelle église, une église renouvelée et une église absolument exempt d’abus sexuels. Je confie tout cela à la Vierge, au Seigneur pour que tout cela devienne une réalité. Mais nous ne pouvons pas continuer ce crime, de couvrir ce fléau d’abus sexuels dans l’église. J’espère que le Seigneur et Marie vous éclaireront, et qu’une fois pour toutes, nous collaborerons avec la justice, et nous extirperons ce cancer de l’église, parce qu’il veut en finir avec l’église. Et c’est ce que veut le démon. Je vous remercie.

Deuxième témoignage : langue originale

D. – Qu’est-ce qui vous a le plus blessée dans la vie?

R. – Depuis l’âge de quinze ans, j’entretenais des relations sexuelles avec un prêtre. Cela a duré treize ans de suite. J’ai été enceinte trois fois, il m’a fait avorter trois fois.
Tout simplement parce qu’il ne voulait pas de préservatif ni de méthode contraceptive. Au début j’avais tellement confiance en lui, je ne savais pas qu’il pouvait abuser de moi. J’avais peur de lui. Et à chaque fois que je refusais d’avoir des relations avec lui, il me frappait. Il me battait. Et comme j’étais totalement dépendante de lui financièrement, je subissais toutes ses humiliations. Et on avait ces relations soit chez lui au village, ou au centre d’accueil diocésain. Et dans cette relation, je n’avais pas le droit d’avoir de petit ami. À chaque fois que j’en avais, qu’il savait, il me battait. Et c’était la condition pour qu’il puisse m’aider financièrement. Il me donnait tout ce que je voulais quand j’acceptais les relations sexuelles. Dans le cas contraire, il me battait.

D. – Comment vous avez assumé toutes ces blessures, et comment vous vous sentez en ce moment?
R. – J’ai le sentiment d’avoir une vie gâchée. J’ai subi tellement d’humiliations dans cette relation que je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Ça fait que je suis très prudente dans mes relations actuellement.

D. – Quel message auriez-vous à faire passer aux évêques?
R. – Il faut dire qu’aimer sincèrement, c’est aimer gratuitement. Quand on aime quelqu’un, on pense à son avenir, on pense à son bien-être. On n’abuse pas de la personne comme ça. Et il faut dire que les prêtres, les religieux, ils ont les moyens pour aider et ils ont aussi les moyens pour détruire. Il faut qu’ils se comportent en responsables, en personnes avisées.

Merci beaucoup, votre contribution sera très très significative pour la rencontre des évêques. Encore une fois, merci.

Troisième témoignage

R.- Je suis âgé de 53 ans, je suis un prêtre religieux. Cette année est la 25ème de mon ordination. Je suis reconnaissant à Dieu. Qu’est-ce qui m’a blessé ? Ma rencontre avec un prêtre m’a blessé. Adolescent, après la conversion, j’allais chez le prêtre pour qu’il m’apprenne à lire la Sainte Ecriture pendant la messe ; Et lui touchait mes parties intimes. J’ai passé une nuit dans son lit. Cela m’a profondément blessé. L’autre chose qui m’a blessé a été l’évêque à qui, après de nombreuses années, en tant qu’adulte, j’ai parlé de ce qui s’est passé. Je suis allé le rencontrer avec mon provincial. J’ai d’abord écrit une lettre à l’évêque, six mois après une entrevue avec le prêtre. L’évêque ne m’a pas répondu et après six mois, j’ai écrit au nonce. Le nonce a réagi en manifestant de la compréhension. Puis j’ai rencontré l’évêque et il m’a attaqué sans essayer de me comprendre, et ça m’a blessé. D’une part le prêtre et de l’autre cet évêque qui… Qu’est-ce que je ressens ? Je me sens mal, car ni ce prêtre n’a répondu à ma lettre ni l’évêque, et cela fait 8 ans : il n’a pas répondu non plus. Qu’est-ce que je voudrais dire aux évêques ? Qu’ils écoutent ces personnes, qu’ils apprennent à écouter les personnes qui parlent. Je voulais que quelqu’un m’écoute, que l’on sache qui est cet homme, ce prêtre et ce qu’il fait. Je pardonne de tout cœur à ce prêtre et à l’évêque. Je remercie Dieu pour l’Eglise, je suis reconnaissant d’être dans l’Eglise. J’ai beaucoup d’amis prêtres qui m’ont aidé.

Quatrième témoignage

Bonjour,
J’apprécie cette solidarité envers les survivants de l’abus sexuel du clergé et je suis heureux de participer à ce projet. Qu’est-ce qui m’a le plus blessé ? Quand je réfléchis à cette question, je repense à la pleine conscience de la perte totale de l’innocence de ma jeunesse et comment cela m’a affecté aujourd’hui.
Il y a toujours de la douleur dans mes relations familiales. Il y a encore de la douleur avec mes frères et sœurs. Je souffre encore. Mes parents portent encore la douleur face au dysfonctionnement, la trahison, la manipulation que ce mauvais homme, qui était notre prêtre catholique à l’époque, a infligé à ma famille et à moi-même.
C’est ce qui m’a le plus blessé et ce que je porte avec moi aujourd’hui.
Je vais bien maintenant parce que j’ai trouvé l’espérance et la guérison en racontant mon histoire, en partageant mon histoire avec ma famille, ma femme et mes enfants – ma famille élargie – mes amis, et parce que je peux le faire, je me sens plus à l’aise avec moi-même et ainsi je peux être moi-même.
Et enfin ce que je veux dire aux évêques – je pense que c’est une excellente question : je demanderais aux évêques de diriger. Leadership, vision et courage.
C’est ce je réponds, c’est ce que j’espère voir. J’ai une expérience personnelle de leadership, et cela m’a touché personnellement. Un de mes meilleurs souvenirs de Francis Cardinal George c’est quand il a parlé des difficultés des frères prêtres qui ont abusé, et j’ai considéré ces mots, venant d’un homme dans sa position, même s’ils doivent être vraiment difficile pour lui de les prononcer, c’était la chose juste et appropriée à dire. J’ai pensé que ça c’était le leadership à l’époque, et je pense que c’est le leadership maintenant.
Et j’ai pensé que s’il pouvait s’exposer lui-même, et diriger par son exemple, alors je pourrais moi-aussi le faire et je pense que d’autres survivants et d’autres catholiques et le peuple des fidèles peuvent eux-aussi le faire, afin de travailler pour la résolution, et de travailler pour la guérison, et de travailler pour une meilleure Eglise
Donc, nous répondons au leadership, nous regardons vers nos évêques pour le leadership, je demanderais aux évêques de faire preuve de leadership.
Je vous remercie.

Cinquième témoignage

J’ai été agressé sexuellement depuis si longtemps, plus d’une centaine de fois, et cette agression sexuelle a créé des traumatismes et des flashbacks dans toute ma vie. Il est difficile de vivre la vie, il est difficile d’être avec les gens, d’entrer en relation avec les gens. J’ai eu cette attitude aussi en ce qui concerne ma famille, mes amis et même Dieu. Chaque fois que j’ai parlé avec les responsables provinciaux et les supérieurs majeurs, ils ont tous pratiquement couvert chaque problème, couvert les coupables et cela me tue parfois. Cela fait longtemps que je dirige ce combat dans cette bataille… et la plupart des supérieurs, en raison d’amitié entre eux sont incapables d’arrêter les agresseurs. Je demanderai aux responsables provinciaux ainsi qu’aux supérieurs majeurs et aux évêques siégeant dans cette audience de poser des actes forts qui mettent réellement les agresseurs à leur place. Si nous voulons sauver l’église, je pense que les agresseurs doivent … Je demanderai aux évêques de prendre des initiatives très claires, parce que c’est l’une des bombes à retardement qui se trouve dans l’église d’Asie. Si vous voulez sauver l’église, nous devons mettre notre action ensemble et mettre hors d’état de nuire les agresseurs. Nous ne devrions pas avoir d’amitié ici, mais c’est l’acte, parce que cet acte détruira notre entière génération d’enfants. Comme Jésus l’a toujours dit, nous devons être comme des enfants pas être des agresseurs sexuels d’enfants.

Sixième témoignage

LE PONT QUI A FAIT LA DIFFÉRENCE

Un petit garçon est arrivé
Dans un monde qui était nouveau ;
C’était un défi
Comme pour tout nouveau-né
Qui a déjà pensé que ce monde
Lui apporterait des surprises et des dangers non voulus.

La recherche d’une bonne formation catholique
L’a fait quitter
Un environnement heureux et sain.
C’était une juste motivation,
Et donc, avec tristesse, il quitta
Tout ce qu’il connaissait :
Parents, frères, amour, soin, Protection, tout.

À l’âge de cinq ans, Vers un monde inconnu
Plein d’innocence et de craintes
Il entra dans des espaces qui étaient nouveaux.
Sa maison lui manquait,
Il chercha ainsi des parents
À travers ses amis et ses gardiens.
Cette substitution fut fatale
Car leurs désirs étaient étranges
Pour lui qui était jeune.
Dépouillé de son innocence
Encore et encore,
Abandonné à son propre sort

Dans ce monde d’adulte,
Il ne trouva pas d’espoir
Et devint un solitaire.
Cela le mit à l’écart,
Au fil des années.
Mais il ne pouvait le dire à personne,
Par peur de la disgrâce et de la honte.

Pour apprendre plus sur les “valeurs chrétiennes”,
Il se retira du monde
Pour la sécurité, pour être tranquille, caché ;
Car le secret était l’unique voie de sortie.

Souvent il se posait cette question :
Comment était ce monde ?
Il n’avait aucun sens et ne lui donnait aucun espoir.
Une fois il regarda un pont,
Et se demanda :
« Comment pourrait changer ce chemin,
Comment pourrait changer l’ordre des choses ? »
Il n’y eut jamais de réponse.

Qui pourra jamais savoir
Ce qu’il avait traversé ?
Qui se risquera à demander ?
Qui prendra la responsabilité
Pour cette vie qui semblait perdue ?

Rien dans sa vie
N’était resté intact.
Tout avait été entaché.
Est-ce que Dieu était là ?
En réalité, Lui, Il était le seul
Qui savait tout cela.

Le pont qu’il contemplait
Lui montra un chemin,
Un chemin qui était différent
Et qui eut du fruit, quand,
Il entendit étrangement dans son cœur troublé et bruyant
Une voix qui appelait à un changement.

Il commença un voyage
Pour accomplir ce que la voix disait.
Un voyage de pardon,
Un voyage de réconciliation,
Un voyage pour accepter la vie comme elle était,
Pleine de blessures, de peine et de désespoir.

Ce nouveau chemin en descendant du pont Était long et difficile.
Il touchait à l’essence même de la vie.
Mais, il y avait un chemin, un chemin différent.
Une voie qui guérit, une guérison qui prend du temps.
Cela mit un baume sur son cœur endurci
Et transforma la vie qu’il vivait.
Cela brisa la carapace dans laquelle il vivait, afin de marcher librement
Et pour dire au monde : « Il y a un chemin ».

Ceci est son histoire.
Mais maintenant, qui va prendre la responsabilité
Des vies qui ont été détruites ?
Il y a une voie !
Il y a une chance !
Il y a un espoir !
Il y a une vie !

Ramène ce qui est perdu !
Montre que tu t’en préoccupes !
Car tout ce que tu fais
Sauvera les nombreux cris silencieux
Qui attendent le jour du salut.

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