Regard d’une psychologue sur l’évolution de la famille

Blandine Durand est psychologue clinicienne et dirige l’association de « La Maison de Marthe et Marie », une colocation solidaire, à Lyon. A travers son métier, elle porte un regard d’expertise sur l’évolution de la parentalité en France.

Peut-on parler de nouvelle parentalité ?

Le corps médical a beaucoup progressé. Le risque est de dépasser son rôle en voulant être maître de la vie. La tentation est forte de vouloir maîtriser la maternité, la paternité et de gommer les spécificités de l’homme et de la femme. Il est important de rappeler l’importance de l’accueil de la maternité et inviter les chrétiens à faire confiance.

La femme, par sa physiologie, accueille la vie en elle. Ce lien charnel avec l’enfant, s’il est bien vécu, est structurant pour l’enfant. Il va lui permettre de se sentir protégé surtout les premières années. Le rôle du père est d’aider l’enfant à se séparer doucement de sa mère pour éviter une fusion entre eux. C’est une expérience symbolique de l’ouverture au monde.

Il y a deux ans, je travaillais dans un service de pédiatrie, j’ai été frappée par l’éclatement de la famille. Dans ces centres, les consultations pour les enfants croissent et les services de suivi psychologique sont saturés. Il y a une claire augmentation des troubles du comportement et de diagnostiques d’hyperactivité liés à des carences affectives. Ainsi le nombre de suicide chez les adolescents et les pré-adolescents a fortement augmenté. Les causes principales sont l’évolution de la famille et la difficulté des parents à se positionner comme tels, en tant que parents éducateurs.

Logo de la Maison de Marthe et MarieUne colocation solidaire

Des volontaires de 25 à 35 ans ont accepté de partager du temps avec ces femmes. Leur mission est d’apporter un soutien moral, une présence, sans pour autant arrêter leur travail ou leurs études. Le projet est lancé à Lyon et bientôt à Paris, si un logement est trouvé. « Nous cherchons encore des volontaires car les demandes d’aide sont nombreuses », précise Blandine Durand.

A quels changements la Gestation pour autrui (GPA) et la Procréation médicalement assistée (PMA) peuvent-ils conduire ?

La GPA et la PMA sont des pratiques extrêmement graves. Nous allons vers un changement qui va vraiment perturber la civilisation. Les collectifs de protection de l’enfance rappellent qu’il est important de ne pas autoriser de « droit à l’enfant ». Ce qui le transformerait en objet à acquérir, par un service monnayé et programmé, en niant l’accueil gratuit. Le choix de la Gestation pour autrui (mère porteuse) risque de couper complètement l’enfant de ses origines.

Par la GPA, l’enfant est séparé de la femme qui l’a porté. La PMA le coupe également d’au moins un de ses parents. Le choix de la PMA, au-delà de la question physiologique, est un risque de développement des troubles identitaires chez l’enfant et de problèmes de symptômes psychosomatiques. La congélation des embryons sur deux à quatre ans interroge ensuite sur l’âge de l’enfant. A un moment ou à un autre, il va se questionner sur ses origines. Quand l’enfant ne sait plus qui il est, d’où il vient, il manque de solidité interieure.

La PMA et la GPA peuvent entraîner une augmentation très importante des problèmes identitaires, de carence affective, et d’angoisses fortes avec les pathologies qui y sont liées. A terme, cela peut amener aux tentatives de suicide des enfants perturbés.

Avez-vous un message pour la fête des pères, le 16 juin 2013 ?

Je rapporte ce que je vois en consultation donc ce qui est représentatif de la population qui a des difficultés. Il y a quand même beaucoup d’espoir. Beaucoup de familles et d’enfants vont bien !

Les pères ne doivent pas à avoir peur de prendre ou de garder leur rôle structurant et aimant. Aujourd’hui, nous ne laissons pas beaucoup la place aux hommes. D’un rôle patriarcal, nous sommes passés à l’effet inverse. Il ne faut pas oublier non plus de veiller à la solidité du couple. Les enfants en attendent beaucoup. Cet équilibre leur apporte amour et protection.

Même si les questions posées par l’évolution de la filiation et de la théorie du genre ont des conséquences, à mon sens désastreuses pour notre société, je reste confiante car ces événements ont permis à beaucoup de Français de s’interroger au lieu d’accepter de façon passive. Des associations continuent inlassablement d’œuvrer pour protéger le plus faible, le plus fragile, et la famille, base de notre société.

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