Angèle, la chanteuse

Fiche de l’Observatoire Foi et Culture (OFC) du mercredi 25 mai 2022 à propos de la chanteuse, Angèle.

La chanson populaire française compte de plus en plus d’auteurs, compositeurs et interprètes. Parmi  beaucoup d’autres, Angèle, 27 ans, belge, nous offre des paroles et des musiques pleines de fraîcheur.  Chanteuse devenue l’icône d’une génération, elle a été couronnée aux Victoires de la musique 2019 pour  son album Brol, qui signifie « bazar » en Belgique, et qu’elle a entièrement réalisé elle-même, de façon  artisanale. Vendu à plus d’un million d’exemplaires dans l’Hexagone grâce à des titres devenus cultes tels  que Balance ton quoi, Tout oublier ou Ta reine. Depuis, elle enchaîne les concerts à guichets fermés.

Elle est née dans une famille d’artistes : sa mère est humoriste, son père musicien et son frère mène une  carrière de rappeur. Son père l’encourage très tôt à apprendre à jouer du piano, ce qui lui inspirera une  carrière musicale. Angèle a été placée dans un collège catholique à l’éducation stricte auquel elle se sentait  étrangère, avant de rejoindre l’école Decroly. Les options artistiques variées de cette école secondaire lui  permettent de s’épanouir davantage et de rejoindre une école de jazz avant d’intégrer le groupe de son père.

Les paroles de ses chansons plaisent beaucoup aux adolescentes parce qu’il y a de l’humour. Avec un style  très personnel composé d’autodérision et de mélancolie, elle touche différentes générations. Angèle excelle  à montrer les tics de notre époque. Ainsi dans son titre Tout oublier, en duo avec son frère, elle se moque de  l’injonction du bonheur distillé à grand renfort de développement personnel. Dans La Thune, elle raille le  culte de l’argent et la solitude des réseaux sociaux : « T’es tellement seul derrière ton écran/Tu penses à c’que  vont penser les gens/Mais tu les laisses tous indifférents. »  

Dans Murphy, Angèle raconte une journée de poisse. Une journée dans laquelle tout un chacun peut se  retrouver. Car la loi de Murphy veut que tout ce qui peut mal tourner, tourne forcément mal. Un adage  affirme : « Tout ce qui est susceptible d’aller mal ira mal. » Ou, selon une variante plus détaillée : s’il existe  au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une  catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour aller vers la catastrophe. Dans le clip très  stylisé aux couleurs acidulées, on voit la jeune chanteuse faire face à toutes ces petites misères de la vie  quotidienne avec humour. Et sur un rythme pop entraînant qui a plutôt tendance à mettre de bonne humeur.

Il n’est pas si fréquent de trouver une artiste qui rallie tous les suffrages et met d’accord les générations.  Angèle nous aide à ne pas être bernée par des modes qu’on nous propose. Angèle est une jeune femme radieuse et d’un naturel désarmant, En vraie musicienne, elle goûte simplement au bonheur de chanter et  d’être entendue au-delà de toute espérance. À 27 ans, Angèle a atteint ce point d’équilibre entre un  professionnalisme indéniable, une spontanéité et une fraîcheur encore enfantines qui la rendent tout  bonnement irrésistible.

Dans l’album 2021, Nonante-cinq, coréalisé avec Tristan Salvati, son fidèle acolyte depuis ses débuts, Angèle  nous livre 12 titres plus surprenants les uns que les autres. Les paroles sur cet album sont moins universelles  et pourtant, nous retrouvons des sujets qui parleront à beaucoup. C’est le cas notamment du titre Libre.  C’est un hymne à l’émancipation ! Dans ce titre, Angèle chante en toute assurance sur un air pop très  entraînant. Elle y dévoile fièrement la personnalité de battante qu’elle a développée suite à ses expériences.  Elle compare ce qu’elle est devenue à sa version passée et se montre très satisfaite. Si plus jeune, elle se  laissait marcher sur les pieds, cela n’est maintenant plus le cas. Émancipée, mais surtout libre, Angèle l’est et  compte bien le rester. C’est ce que la musicienne dit clairement dans son refrain. Il n’est plus question de  subir, de se taire ou encore d’avoir peur, car l’artiste a pris goût à la liberté et ne l’échangerait pour rien au  monde.

Dans cet album, on trouve des formules sans doute un peu simples, mais percutantes et sympathiques. Les  chansons nous plongent dans des ambiances musicales soignées, en particulier dans les ballades Mots justes ou Mauvais rêves. La voix d’Angèle est sensible et aérienne toujours porteuse de belles promesses. C’est une  pop agréable, facile à écouter. La plus réussie dans ce registre est Mots justes où Angèle aborde la notion de  consentement :

Mettre les mots justes sans peur 

Peur qu’il s’en offusque alors 

Si contre moi il est plus fort 

J’y risque d’y perdre mon cœur 

Mettre les mots justes sans peur 

Peur qu’il s’en offusque alors 

Si contre moi il est plus fort 

J’y risque d’y perdre mon corps 

Mon cœur, j’y risque d’y perdre mon corps, mon cœur 

Il est aussi question d’amour avec Taxi, un titre où l’artiste révèle une rupture amoureuse. Avec un beau  piano-voix, la thématique mélancolique (disputes, souffrances, séparation) Angèle se confie :  Ce soir dans un taxi, notre histoire m’a fait perdre la tête 

J’aimerais te voir sourire, pourquoi j’me sens si bête ? 

Et même si c’est fini, si j’avais envie d’être honnête 

Quand je te vois souffrir, j’aimerais guérir ta peine 

Une voix fraîche traitée avec des effets sonores pour plus d’efficacité mélodique, des paroles en confidences  favorise l’identification par l’usage du « je ».

Difficile, à ce jour, de savoir quel sera la destinée d’Angèle. Elle est parfois comparée à Barbara et c’est sans  doute un peu brûler les étapes. Mais une chose est certaine : Angèle sait déjà toucher les cœurs.

+ Hubert Herbreteau

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