Mgr Jaeger, évêque d’Arras : « notre département a pris conscience de ses atouts ! »

Monseigneur Jean-Paul Jaeger est évêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer depuis vingt ans. L’occasion de revenir avec lui sur ces deux décennies passées à la tête de ce diocèse de près d’un million et demi d’habitants qui s’étend sur l’ensemble du département du Pas-de-Calais.

Vous êtes évêque d’un diocèse qui a particulièrement été touché par la Grande guerre, comment avez-vous choisi de vivre le centenaire de l’Armistice ?

Mgr Jean-Paul JaegerLe territoire du diocèse a effectivement servi de terrain de combats durant la Grande Guerre : on pense notamment aux batailles d’Arras et de Vimy. Comme le principe était d’enterrer les soldats morts au combat pratiquement à l’endroit où ils étaient tombés, il y a aujourd’hui de nombreuses nécropoles militaires de différentes nationalités dans tout l’Artois, et notamment à Notre-Dame de Lorette qui est le plus grand cimetière militaire français.

Il m’a semblé normal qu’en cette année où nous fêtons le centenaire de la fin de la guerre, nous soyons particulièrement présents pour rendre hommage à tous ceux qui sont venus mourir chez nous et qui sont inhumés sur la terre du Pas de Calais. Par ailleurs, après avoir commémoré durant quatre ans les batailles, il m’a paru intéressant pour le Centenaire de l’armistice d’orienter les jeunes générations vers la paix.

vimy-monumentLa démarche « Faites la Paix » a donc pour but de sensibiliser les jeunes à tout ce qui peut être fait aujourd’hui pour la paix : celle-ci n’est jamais définitivement acquise, il faut donc toujours y travailler ! Cela passe par la mémoire de ce qui s’est passé, mais aussi par un travail de rassemblement, d’unité, de fraternité et de solidarité qui sont des conditions de la paix que nous avons à construire ensemble. Beaucoup d’établissements scolaires ont participé à ce travail, et nombre de jeunes sont venus chanter la paix sur la colline Notre-Dame de Lorette en mai dernier.

En octobre a eu lieu à Rome un synode sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations. Vous-même avez vécu un synode des trois diocèses d’Arras, Lille et Cambrai sur l’avenir des paroisses : quelles orientations communes percevez-vous ?

J’ai suivi avec attention le synode sur les jeunes et j’attends comme beaucoup les conclusions que le Pape en tirera dans une exhortation apostolique qu’il rédigera sans doute, comme après chaque synode.

Je pense que la synodalité, qu’elle soit vécue à Rome ou dans les églises locales, permet de décloisonner nos catégories pastorales. Pendant très longtemps, nous avons vécu la pastorale par tranches d’âges : enfants, adolescents, jeunes adultes… jusqu’au 3ème ou 4ème âge ! Cette pastorale ne s’intéressait finalement pas aux familles en tant que telles, puisque chacun était rangé dans une catégorie pastorale en fonction de son âge. Le décloisonnement aujourd’hui permet un entraînement des plus jeunes par les adultes. Je m’en rends particulièrement compte lors des messes de confirmations où plusieurs générations reçoivent ensemble ce sacrement. C’est capital pour notre Eglise aujourd’hui, car l’itinéraire de la foi pour les jeunes dans notre société est complexe, ils ont donc besoin d’être accompagnés et de voir que les générations qui les précédent s’engagent avec eux.

Depuis le synode provincial, les jeunes sont également davantage acteurs de l’Eglise, notamment en s’engageant auprès de plus jeunes qu’eux : dans la catéchèse et la préparation des sacrements, avec l’assistance des adultes. Ce travail permet donc aux jeunes de mieux trouver leur place au sein des communautés paroissiales. Naturellement, le scoutisme, très présent dans le diocèse, est également un très bel exemple de cette collaboration entre jeunes et adultes.

Vous êtes évêque d’Arras depuis 1998, comment avez-vous vu évoluer votre diocèse, à la fois sur le plan ecclésial et social ?

Notre département a historiquement connu des épreuves : les guerres, nous en parlions, ont marqué ce territoire et ont laissé des cicatrices. Plus récemment, la fin de l’activité minière a impliqué une lente conversion économique mais aussi des mentalités.

Ces vingt dernières années, notre département a pris conscience de ses atouts. Le Pas-de-Calais est un beau territoire, varié, qui a retrouvé fierté et espérance malgré les difficultés économiques qui persistent. L’implantation d’une annexe du Louvre à Lens, au cœur de l’ancien bassin minier, illustre bien ce changement de paradigme.

Sur le plan de l’Eglise, après avoir sillonné le diocèse en long en large et en travers, je crois qu’on peut dire qu’il n’a pas d’angle mort ! Quel que soit l’endroit où l’on se déplace, il y a là des communautés plus ou moins nombreuses, mais qui vivent. Un curé de deux paroisses rurales me disait récemment avoir 400 enfants catéchisés : ce n’est pas rien !

En vingt ans, le visage du presbyterium a également changé. Longtemps monolithique, le presbyterium était composé de prêtres relativement nombreux, formés dans le même séminaire, qui avaient la même histoire et qui se comprenaient spontanément. Aujourd’hui, notre presbyterium est en partie composé de prêtres venus d’ailleurs : africains, polonais… et dernièrement, j’ai incardiné un jeune prêtre du Venezuela. L’unité ne se fait donc plus par les racines, c’est une unité de la rencontre et c’est quelque chose de neuf à vivre.

Que léguerez-vous à votre successeur ?

En septembre prochain, j’aurai 75 ans, je remettrai donc ma démission au Pape, mais ensuite c’est à lui que les choses appartiennent ! 2019 sera donc une année importante pour le diocèse et pour moi-même. Ma joie sera de laisser un diocèse où à peu près partout, à des degrés différents, il y a de la vie et du dynamisme. Lors de mes dernières visites pastorales, j’ai pu constater les fruits de grands projets comme le projet diocésain de catéchèse, qui a permis dans certains endroits où il n’y avait plus de catéchèse de mettre en place de nouvelles initiatives catéchétiques. Enfin, je rends grâce pour tous les laïcs impliqués dans la pastorale des funérailles, dans le service évangélique des malades, et dans de nombreuses œuvres caritatives notamment envers les migrants: mon successeur découvrira que les habitants du diocèse d’Arras sont chaleureux et généreux !

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