Mgr Jacques Blaquart : « Vivre l’amour de Dieu et l’amour du prochain »

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Pour cette nouvelle interview de l’évêque, Monseigneur Jacques Blaquart, évêque d’Orléans a répondu à toutes nos questions. Il évoque avec nous la démarche synodale du diocèse, sa foi chrétienne et son engagement envers les plus pauvres.

En octobre 2010, vous étiez appelé pour le ministère d’évêque pour le diocèse d’Orléans, quel regard portez-vous sur ces dix années écoulées ?

Mgr BlaquartJe suis habité d’une conviction qui vient de mon histoire personnelle, mais qui rejoint la vie de l’Église : celle de vivre les deux commandements de l’amour que sont l’amour de Dieu, et l’amour du prochain. Comment cet amour est-il présent dans la vie d’un diocèse ? Cela m’a amené dès mon arrivé, en 2011, à poser une lettre pastorale qui s’intitulait : « Enraciner en Christ et fraternel ». Comment le chrétien se reçoit-il du Christ ? Comment des chrétiens ont-ils fait eux-mêmes la rencontre du Christ ? Ces questions m’habitent en permanence. Cela me semble essentiel aujourd’hui, surtout dans une société, où être chrétien n’est pas l’apanage de tous.

Est-ce pour cette raison que vous avez choisi : « Christ pour ce monde » comme devise ?

Oui, d’ailleurs elle est inscrite sur mon anneau d’évêque. Le Christ fait référence à Saint-Paul. J’appartiens au Christ. Les mots : « Pour ce monde » nous ramènent à la parole de Jésus à Nicodème. Il a donné son fils unique. C’est le monde tel qu’il est. Pas celui d’hier. Un monde avec ses tensions et ses différences. C’est dans ce monde-là que nous sommes appelés à être chrétien. Par exemple, j’aime la figure de Madeleine Delbrêl car elle nous rappelle que Dieu nous a mis là pour vivre notre vie chrétienne.

Quelles sont les forces du diocèse ? Qu’est-ce qui vous porte au quotidien ?

La force, c’est celle de l’Esprit Saint. Le Seigneur agit et donne des joies, même dans les moments difficiles. Le Christ est là, et son esprit est à l’œuvre. Je sens qu’il est présent quand je prends le temps de relire une journée. La force, c’est également la prière au travers de nos trois monastères : Saint-Benoit sur-Loire, Notre-Dame du Calvaire à Bouzy-la-Forêt, les Carmélites à Micy, en phase avec notre diocèse. Avec eux, il y a tous les priants comme les communautés religieuses. Nous avons aussi plus de trente diacres dans le diocèse. J’en ordonnerai peut-être quatre autres en 2021. Depuis dix ans, nous avons poussé à ce que les gens prennent le temps de la prière quand ils se réunissent. Il y a aussi une belle vitalité avec la naissance de projets comme la création du camp musique et liturgie qui a donné un nouveau souffle à notre diocèse.

Quels sont les faiblesses du diocèse et les défis du monde de demain ?

Les faiblesses, ce sont nos manques de foi, nos doutes, et nos pêchés. Nous ne sommes pas saints et nous avons besoin de nous convertir. Le synode – que nous avons lancé – est un état d’esprit qui nous appelle aux conversions personnelles et communautaires. Nous avons voulu que les diocésains vivent une expérience. Comment suis-je cohérent dans ma vie chrétienne aujourd’hui ? Le deuxième défi est intimement lié au premier. Chaque chrétien, chaque groupe et communauté doit ouvrir ses frontières. Je suis en phase avec le Pape François sur les « périphéries » et les conversions. Comment pouvons-nous nous enrichir de ce que vivent les autres ?

Comment vivez-vous votre ministère d’évêque ?

Mon rôle est de créer du lien. J’ai reçu la charge du Peuple de Dieu pour le Loiret. Comment les chrétiens de mon diocèse ont-ils conscience d’appartenir au diocèse ? Un grand travail est encore à réaliser. La configuration de notre diocèse – avec ses grands axes – est qu’il est très étendu. La création de liens passent par des actions comme le grand rassemblement synodal à Briare en janvier 2020.

Le rassemblement à Briare est symbolique car vous avez vécu des mois difficiles avec la mort du prêtre, Pierre-Yves Furmery qui a mis fin à ses jours, en octobre 2018, à Gien…

Je crois beaucoup au pouvoir de l’Esprit Saint qui nous a fait passer par une épreuve. La résurrection est liée à la Passion du Christ. Il n’y a pas de résurrection sans épreuves. Tout au long de ces mois, j’ai été soutenu par un accompagnateur spirituel. Le suicide du jeune prêtre, Pierre-Yves Furmery m’a beaucoup touché. La relation avec les prêtres de mon diocèse a été difficile pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, nous avons vécu une retraite qui nous a rapproché, nous vivons tous ensemble un nouveau souffle.

Après deux années de cheminement (2017-2019) marquées par de multiples rencontres, consultations, visitations et groupes de réflexion synodale, les catholiques du Loiret ont été invités à mettre en œuvre les réflexions du synode.

Mgr Blaquart (8)Nous avons lancé dès 2011 une démarche missionnaire synodale. Je ne savais pas où cette initiative nous mènerait. A partir d’une feuille de route, j’ai lancé des orientations pour donner un élan. J’avais été interpellé par un diocésain quelques jours plus tôt qui m’avait dit : « On ne se connait même pas entre chrétiens ! » Il avait raison. C’est par là qu’il fallait démarrer la mission. Les consultations ont amené les chrétiens à parler de leurs peines, de leurs joies et de leurs manques. Un groupe motivé s’est lancé sur la paroisse Saint-Laurent, à Orléans.

En 2019, pour mon troisième synode, le thème proposé était : qu’est-ce qui vous semble porteur pour l’évangélisation ? Nous pouvions élaborer un cahier de cinquante pages, et après ? Le synode, c’est un état d’esprit. C’est amener les chrétiens à vivre l’expérience de la synodalité. Nous avons ainsi voté cinq orientations : « la rencontre personnelle avec le Christ », « l’accueil », « sortir et aller vers », « l’eucharistie dominicale missionnaire », et « les petites fraternités missionnaires ». Ces orientations sont une boite à outil, pas un livre de recette ! C’est aux diocésains d’inventer leur propre réalisation. Nous avons décidé de continuer le Synode une journée par an. Le 25 janvier 2020, 850 fidèles se sont retrouvés à Briare.

Dans les cinq axes cités précédemment, vous portez une très grande attention aux plus faibles. Qu’avez-vous mis en place au sein de votre diocèse ?

Mgr Blaquart (16)J’apporte une attention particulière à tous ceux qui vivent une pauvreté, une précarité ou qui connaissent des blessures personnelles. Ce sont les malades, les sans-abri, les familles éclatées, et les gens venus d’ailleurs. Et pas seulement les migrants. Au seuil orléanais, il y a Fratello, l’accueil de jour avec le café chrétien, un lieu de rencontre, de partage et d’entraide, et aussi l’association Magdalena 45 qui met en place des repas dans les paroisses le mardi pour vivre des moments fraternels et conviviaux. Je me suis engagée au niveau national au Conseil de la solidarité pendant six ans (2013-2019). Nous avons vécu des temps forts, notamment avec le rassemblement Diaconia 2013.

Après six années à la tête du Conseil de la solidarité, vous êtes aujourd’hui à la tête de « Justice et paix », une association qui promeut le développement, les droits de l’homme, la justice et la paix.

Je découvre depuis quelques mois l’association « Justice et Paix ». Son action est ancrée dans la Doctrine sociale de l’Eglise (DSE). Son but est de nourrir la réflexion des évêques et de l’Eglise, au niveau social, économique et politique. Qu’est-ce que l’Evangile nous apporte sur les sujets de société ? Par exemple, le Pape François, pendant son voyage apostolique au Japon, dans un discours, à Hiroshima, a prôné le désarmement nucléaire. On s’intéresse à ces questions-là.

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