Alain Bernardeau, le service comme seconde nature

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Ordonné diacre permanent pour le diocèse de Séez le 24 novembre dernier, Alain Bernardeau revient sur son parcours personnel, dans lequel le sanctuaire de Lourdes occupe une place très chère. Portrait. Par Florence de Maistre.

Alain Bernardeau (4)“Quand j’ai été appelé au diaconat, j’ai tout de suite dit que je n’étais pas un littéraire”, lance Alain Bernardeau dans un sourire. L’homme, 58 ans, au parler franc, vient d’être ordonné diacre permanent pour le diocèse de Séez. Il habite Argentan depuis son mariage avec Sylvie en 1985. Né à La Rochelle, aquariophile, il a grandi dans le restaurant de ses parents installés dans le Maine-et-Loire. C’est peut-être de cette époque que lui vient son tempérament de bon vivant, serviable, au contact facile. Il a sept ans lorsqu’il découvre Lourdes pour la première fois avec sa grand-mère : une rencontre marquante avec les malades, déterminante.

Apprenti pâtissier dès 15 ans, il développe ce savoir-faire du côté d’Angers, avant de trouver une nouvelle place à Argentan. “C’est l’amour qui m’a fait quitté le Maine-et-Loire”, s’amuse-t-il. L’amour justement, il l’a rencontré dans un bus à Lourdes ! Hospitalier depuis ses 21 ans, il se lie d’amitié avec Sylvie. L’année suivante, il ose la demander en mariage. Sylvie, handicapée moteur, a des difficultés pour se déplacer seule et des difficultés d’élocution. Elle répond est oui ! Emmanuel naît de leur union en 1988. Il est aujourd’hui papa d’une petite fille et formateur au sein d’une maison familiale et rurale.

À la suite d’un désaccord avec son employeur, Alain quitte la pâtisserie. “J’aimais préparer les pièces montées avec les choux et la nougatine. J’aimais confectionner les gâteaux de fête, agréables à voir”, précise-t-il. Celui qui “n’aime pas rester à ne rien faire” entre comme magasinier à la mairie d’Argentan. Il évolue tranquillement, se met à l’informatique, s’adapte au fil des réformes et des décisions des élus, avant de devenir responsable du service des achats de la mairie.

Servir et aider les autres

Le couple se rend chaque année à Lourdes avec le diocèse de Séez. Chacun vit de son côté la démarche proposée, le sanctuaire marial restant un lieu commun de ressourcement. Tous deux sont également impliqués dans la vie de l’Église locale. Sylvie, engagée en catéchèse depuis plus de trente-cinq ans, coordonne depuis 1999 la Fraternité chrétienne des personnes malades et handicapées au plan diocésain. Il y a une quinzaine d’années, Alain a été sollicité pour être sacristain de l’église Saint-Michel à Argentan : “il faut que tout soit prêt avant que la messe commence, que les livres, les micros soient en place et que la sono fonctionne correctement. Chaque célébrant a aussi ses préférences, j’y suis attentif. J’aime ce service concret. Servir et aider les autres : c’est mon leitmotiv !”

Pourtant lorsqu’Alain reçoit un premier appel au diaconat par la voix de son curé en l’an 2000, il tombe de haut. “Je n’avais jamais pensé à ça. Je ne m’y attendais pas du tout. J’avais un peu largué l’Église dans ma jeunesse, Emmanuel avait des difficultés scolaires, Sylvie venait de s’engager dans la Fraternité. Bref, nous n’étions pas prêts”. Sans trop en reparler ensemble, Alain et Sylvie mûrissent chacun de leur côté. En 2013, nombre de diocésains participent au rassemblement national Diaconia à Lourdes. Alain et Sylvie sont à l’œuvre et repérés pour leur dévouement. L’été suivant, lors du pèlerinage diocésain annuel, un diacre interpelle à nouveau Alain. “C’était à Lourdes, c’était très fort pour nous. Lourdes est vraiment au cœur de notre vie, incontournable ! J’ai tout de même demandé un temps de réflexion.” Peu après, le diacre s’enquiert de la décision d’Alain et Sylvie, il s’invite même à dîner chez eux. Ce soir-là, ils disent oui.

La fraternité diaconale

Alain Bernardeau (2)En 2015, Alain et Sylvie entrent en discernement. L’année suivante la formation débute au niveau de la province ecclésiale avec des postulants du Havre, de Coutances, de Bayeux et de Séez. Ce temps où il faut lire, travailler, entrer dans les textes, est compliqué pour Alain “le manuel”. Le secret imposé au début de la démarche est également lourd à porter. Heureusement, “il y a une fraternité diaconale. Elle ne se voit pas, mais se ressent de l’intérieur. Elle naît au fur et à mesure des rencontres. Nous nous soutenons et nous encourageons les uns les autres. Les épouses s’entraident aussi. Cette fraternité permet de franchir les étapes et de progresser dans la confiance”. Puis, l’équipe d’accompagnement offre un lieu d’échange très enrichissant. Alain y convie une collègue qui ne fréquente pas l’Église. Étonnée par la demande, elle participe volontiers aux réunions. Lors des discussions, son bon sens est particulièrement apprécié.

“J’ai appris à lire, à lire davantage”, poursuit Alain réjoui. Pour lui, l’autre point fort du parcours au diaconat, c’est la redécouverte de la liturgie des heures. “Si j’oublie la prière du matin, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, que ma journée ne commence pas correctement. C’est un moment privilégié, je me mets sous le regard du Seigneur et je prie pour les autres. Pour cette collègue qui vient de perdre son mari, celle qui traverse des moments difficiles dans son couple.”

Envoyé en mission

Alain Bernardeau (3)Pour Alain, s’engager au service du diocèse de Séez, c’est important. “Séez est devenu mon diocèse depuis trente ans ! Il est petit, mais c’est une grande famille ! On se connaît, on vit ensemble. C’est un territoire rural, mais vivant”, partage-t-il. Le 24 novembre, en la cathédrale de Sées, Alain est ordonné diacre permanent. Sylvie a renouvelé son oui devant toute l’assemblée et Emmanuel a porté l’aube dans les mains de son père. La prostration et la litanie des saints sont parmi les temps forts de la célébration. L’imposition des mains aussi : “l’évêque nous transmet la force de l’Esprit saint. Je l’ai vraiment senti m’habiter”. Sans oublier l’élévation du calice aux côtés de Mgr Jacques Habert. Joseph Lulek était ordonné en même temps pour la pastorale des Gens du voyage. Une joie supplémentaire pour Alain qui reconnaît en son nouveau frère diacre un “homme de terrain”, qui tout comme lui a un attachement particulier à Lourdes.

Dans l’assemblée, collègues, amis et voisins sont venus nombreux entourer les nouveaux diacres et leurs familles. “Nous avons découvert que nous avions beaucoup plus d’amis qu’on ne le pensait”, souffle Alain. La présence des diacres a manifesté ce lien important, cette fraternité particulière. Ceux du diocèse, désormais au nombre de vingt-quatre, ou d’ailleurs comme cet ami de Paris en fauteuil, venu tout exprès. Sa mission, Alain la pressentait déjà. Sans grande surprise, elle touche à la pastorale des personnes handicapées et en paroisse à l’attention aux personnes aux périphéries. Alain de confier : “L’Esprit saint a toujours été à nos côtés, je compte sur son aide”.

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