À la découverte du patrimoine religieux de Belfort-Montbéliard

Marie Rochette de Lempdes est responsable de la pastorale du tourisme et de la culture au sein du diocèse de Belfort-Montbéliard. Édifices en béton armé, églises en préfabriqué et temples… Nombreux sont les lieux de culte construits entre 1950 et 1970 dans le bassin de Belfort-Héricourt-Montbéliard. Depuis avril 2019, elle participe à un recensement du patrimoine religieux du XXe siècle. Un patrimoine architectural riche, contemporain et éclectique.

Marie Rochette de Lempdes« J’ai reçu officiellement ma lettre de mission de Monseigneur Blanchet, le 15 avril 2019, le jour où Notre-Dame de Paris brûlait », se souvient encore Marie Rochette de Lempdes. Ironie du sort pour celle qui allait devenir responsable de la pastorale du tourisme et de la culture au sein du diocèse de Belfort-Montbéliard. Passionné de patrimoine, Monseigneur Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard, pense à elle et lui confie la tâche de mettre en valeur le patrimoine religieux au service de l’évangélisation. Un poste nouvellement créé au sein de la Commission d’art sacré. Un service diocésain relancé, deux ans plus tôt, en janvier 2017.

Valoriser et recenser le patrimoine religieux

Sa première mission et non des moindres est de valoriser – auprès du grand public – le patrimoine religieux diocésain comme moyen d’une démarche pastorale d’évangélisation par des « actions évènementielles » comme la Nuit des cathédrales, la Nuit des Eglises, les Journées Européennes du Patrimoine (JEP) ou l’ouverture des églises le week-end ou pendant la saison estivale. Pour elle, c’est un enjeu majeur. « Comment faire vivre les églises ? », s’interroge-t-elle. « Peut-être en invitant un artiste local ? » Ainsi, pour mettre en œuvre ce dispositif de valorisation, elle devra aussi nouer des contacts avec les organismes officiels « pour qu’ils sachent que notre service existe et que pouvons étroitement travailler avec eux. » Elle prévoit notamment de rencontrer des représentants de la culture, des responsables patrimoine au sein de la Direction régionales des affaires culturelles (DRAC) ou les offices de tourisme du Territoire de Belfort, du Doubs et de la Haute-Saône.

Recenser le patrimoine existant, voici une autre mission importante confiée par l’évêque, Mgr Blanchet. Pour commencer son étude, elle peut s’appuyer sur les travaux universitaires d’Yves-Claude Lequin qui avait mis en ligne en 2009 une étude intitulée : « Églises et temples en bassins industriels : Belfort, Héricourt-Montbéliard (Franche-Comté) de 1944 à 2008 ». L’historien répertorie 70 lieux de culte dans le bassin industriel. Marie reprend le flambeau. Elle a déjà visité quinze églises. Cette Belfortaine d’adoption se nourrit d’histoire locale. Elle se fait ouvrir les portes, noue des contacts avec les salariés ou les bénévoles des paroisses, prend des photos, répertorie, classe… « Il n’existe plus qu’une trentaine de lieux sur les 70 recensés. Onze sont encore actifs à Belfort et douze à Montbéliard », regrette-t-elle. Vétustes et dangereuses, certaines églises ont été démolies ou abandonnées. Un patrimoine qui s’évanouit progressivement au fil des années…

L’industrialisation de la région

l'église Sainte Jeanne d'Arc construite en 1952

l’église Sainte Jeanne d’Arc construite en 1952

Pour comprendre la multiplication des lieux cultuels alors de la Reconstruction pendant les Trente Glorieuses, il faut remonter le fil de l’histoire à partir du XIXe siècle. « A l’issue de la guerre en 1870-1871, l’Alsace est devenue allemande, relate-t-elle. L’annexion de l’Alsace-Lorraine entraîne l’émigration. Les Alsaciens qui voulaient rester français se sont installés à Belfort. Ils travaillent notamment pour la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM) », ajoute-t-elle. En vingt, ans, Belfort décuple son nombre d’habitants et voit avec l’industrialisation l’arrivée d’une main d’œuvre immigrée « d’Italie du Nord et de différents pays catholiques comme la Pologne ou l’Espagne. IIs souhaitaient pratiquer leur culte et avaient besoin « d’églises nouvelles » sur ces terres protestantes. » D’autre part, les destructions subies lors de la Seconde Guerre mondiale amènent les habitants à reconstruire massivement de 1950 à 1970 des églises en béton armé ou en préfabriqué.

Des églises à l’avant-garde architectural

Sur les 2500 églises construites en France entre 1945 et 1975. Au moins, souligne-t-elle, « nous sommes la région où il y a le plus grand nombre de monuments religieux construits entre 1950 et 1970 en France ». Des églises dites en majesté en forme de selle de cheval comme les églises Sainte-Thérèse ou Sainte-Jean-Antide à Belfort ou l’église de Bethoncourt.

Elle considère que ce patrimoine du XXe siècle est une « chance ». Elle s’appuie sur sa propre expérience pour promouvoir aujourd’hui : « J’ai été éveillée il y a une dizaine d’années par des photos exposées dans un lieu de culte du XXe siècle », se rappelle-t-elle. Nous avons les moyens de mettre en valeur ce patrimoine au moyen de conférences. »

Un circuit-découverte du patrimoine religieux

La Chapelle Notre-Dame-du-Haut édifiée entre 1950 et 1955 par Le CORBUSIER vue du sud ouest. Ronchamp, Haute-Saône (70), Franche-comté, France.

Pour une autre approche des églises, Marie Rochette de Lempdes a déjà une idée en tête : créer un circuit-découverte du patrimoine religieux qui permettra de découvrir les lieux importants de l’histoire locale. L’itinéraire retracera l’histoire de la construction de ces édifices religieux et mettra en valeur l’art sacré comme les vitraux, bijoux architecturaux. Au-delà du domaine patrimonial, c’est toute une mémoire ouvrière du XIXe et XXe siècle qui sera racontée au fil des lieux. « J’aimerais réaliser ce circuit l’été prochain sur plusieurs lieux. Il serait peut-être envisageable de créer un billet jumelé avec l’église d’Audincourt célèbre pour les vitraux de Fernand Léger et la chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp construite par Le Corbusier », propose-t-elle.

A court terme, elle projette aussi de lancer un concours photographique : « Mon église construite au XXe siècle. » « Qu’est-ce que représente mon église ? Est-ce un morceau de toit ou une façade ? », s’interroge-t-elle. Les participants n’auront plus qu’à faire appel à leur imagination. Marie est actuellement dans une phase de recherches pour savoir si d’autres diocèses se sont lancés dans cette démarche. L’ultime étape sera de trouver des mécènes, financeur(s) de l’opération.

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