Sixtine Cordonnier, éducatrice à la vie pour le diocèse de Belfort

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Aborder l’éducation affective, relationnelle et sexuelle avec des enfants rejoint le Parcours Santé mis en place en 2016 dans toutes les écoles de France. Dans le diocèse de Belfort, c’est Sixtine Cordonnier et son équipe de sept personnes qui interviennent dans une dizaine d’établissements catholiques pour éduquer les enfants, de la maternelle au lycée.

« Je suis tombée dedans en voulant expliquer ces questions avec mes enfants. J’ai ensuite suivi des conférences. » Après une année de formation par le CLER aux questions sociales, physiologiques et psychologiques, Sixtine a été appelée en janvier 2019 pour intervenir auprès des écoliers, assurer le lien avec les établissements catholiques et superviser l’équipe qui va bientôt être étoffée par l’arrivée de trois personnes en cours de formation.

Savoir renoncer à l’illusion de la toute-puissance

Education affective et sexuelleQuelqu’un qui ne se serait jamais posé de questions avant d’entamer une formation à l’EARS a un long chemin de discernement à faire, les bases à maîtriser sont diverses : gestion de conflits, liens parents-enfants, communication non-violente. « C’est un métier d’écoute avant tout et il est rare de savoir se mettre du premier coup dans une posture d’empathie. Nous sommes formés à l’écoute, c’est à dire que nous n’arrivons pas en plaquant des jugements ou des conseils sur des jeunes, mais dans une démarche qui doit aboutir à ce qu’ils trouvent en eux-même ce qui est bon pour eux. » Si la formation de l’équipe aux techniques et méthodes en milieu scolaire est assurée de manière régulière, son accompagnement spirituel, lui, ne passe pas au second plan. « C’est important de se faire accompagner, notamment lorsqu’on relit en équipe les interventions que nous faisons. Très vite lors de nos réunions de travail, nous avons senti qu’il était important de se mettre sous la protection de Marie. »

L’équipe est également là pour se rappeler que chacun de ses membres est en mission, c’est-à-dire dans une posture d’Église. « Presque une posture de chasteté, précise Sixtine. Je viens auprès des enfants pour leur permettre de déposer des choses, et non pas leur dicter des comportements moraux ». Cette posture est d’autant plus délicate à tenir car les adultes doivent accueillir des questions et sujets très personnels sans tomber dans le copinage ou la fausse proximité.  Nous leur permettons de réfléchir à ce qui est bon pour eux car ils sont fait d’un cœur avec ses sentiments, d’un corps avec ses émotions et désirs et d’un cerveau qui leur permet d’apprendre la maîtrise d’eux même.

Le parcours d’éducation affective, relationnelle et sexuelle (EARS) ne laisse pas non plus les intervenants inchangés. « Proposer ce parcours aux jeunes enfants et ados nous met également en chemin en tant qu’adultes, nous fait nous demander ce qui est vraiment important pour nous et nous rend plus forts pour accueillir l’autre comme il est. » Ces jeunes aux situations familiales compliquées, aux comportements sexuels parfois à risque, les intervenants les accueillent en leur rappelant qu’ils sont aimés de Dieu, loin des jugements et des grandes idées.

 

Amorcer l’émerveillement aux corps

La démarche repose sur l’éveil à l’émerveillement du corps comme le préconise l’Église. En incitant les jeunes à accueillir leurs actes et à réfléchir à la manière dont ils peuvent avancer, les intervenants les amènent à trouver ce qui est bon pour eux, même dans les situations les plus compliquées. Sixtine insiste sur le fait que les jeunes ont souvent déjà les réponses en eux. Les injonctions morales dont les adultes ont tendance à abuser, « il faut, il ne faut pas, tu n’aurais pas du, il n’y a qu’à… », laissent ici la place à des encouragements : « Tu as fait ce que tu as cru bon pour toi au moment où tu l’as fait et tu peux aussi te pardonner. » Une incitation à l’amour de soi qui prend souvent les jeunes au dépourvu, souligne Sixtine. « On a l’impression qu’ils n’ont jamais entendu ça. » Sixtine raconte le soulagement dans les yeux d’une jeune fille de 4ème, à qui personne n’avait jamais suggéré qu’elle pouvait se pardonner des gestes qu’elle avait pu poser et qu’elle avait pu regretter ensuite. « Ils ne s’attendent pas à ce discours venant d’adultes, dans un cadre scolaire catholique, ajoute Sixtine en souriant. C’est là que nous sommes vraiment dans une mission d’Église. »

« Accueille-toi avec tes fragilités, mais invite-toi également à avancer »

Pour accompagner ces enfants et ados dans ce qu’ils ont à vivre, il faut passer par les thèmes de la puberté, des premières fois, des gestes inadaptés. Et celui de l’amour aussi, qu’il soit filial, amical ou plus, l’amour qui construit, qui prend patience, celui qui élève. Les éducateurs expliquent que l’amour peut être beau et qu’il faut prendre le temps de le construire, que la puberté est une bonne nouvelle, une période magnifique qui prépare les corps à vivre l’union charnelle et à donner la vie. En cela, les éducateurs dépassent la présentation de l’amour réduit aux changements physiologiques et aux dangers infectieux que donnent à voir aux ados leurs livres de SVT, ils remettent de l’émerveillement dans ce corps qui inquiète.

Puberté, estime de soi et respect des autres

Le parcours proposé par l’équipe d’EARS vient contrer les graves problèmes de harcèlement que pose la propagation rapide des contenus sur les réseaux sociaux. À l’aide d’exercices en classe, les éducateurs à la vie apprennent aux jeunes à afficher leurs choix et à ne pas juger ceux des autres. « C’est une sorte de harcèlement que d’enfermer quelqu’un dans la case de la personne facile ou de l’inexpérimenté. En apprenant aux jeunes à ne pas se coller à eux-même des étiquettes, on leur apprend aussi à ne pas en coller aux autres, insiste Sixtine. On leur apprend à s’aimer avec leurs fragilités et leurs imperfections. »

La période de la puberté étant aussi délicate et angoissante pour les ados que pour les parents, l’équipe d’EARS reçoit également les parents d’élèves, rencontres marquées par plusieurs types de réactions. « Quand on leur demande comment ils se sentent à l’idée qu’un intervenant extra-familial va aborder des questions intimes avec leur enfant, certains se montrent effrayés, d’autres sont plus à l’aise. L’important est de rappeler aux jeunes que, quelles que soient les maladresses de leurs parents, il faut comprendre qu’ils ont peur d’être à côté de la plaque, d’en dire trop ou pas assez. »

Dans le diocèse de Belfort, cette jeune mission qui apprend aux jeunes à relire sous le regard bienveillant de Dieu les étapes et les actes qui jalonnent leur vie d’adulte en construction a un bel avenir.

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