Mgr Marceau, un évêque tourné vers la Méditerranée

Mgr Marceau Vignettes carrées évêques tatouée 2019 (3)Le ministère épiscopal de Mgr Marceau est résolument tourné vers la Méditerranée. Après avoir été évêque de Perpignan pendant 10 ans, il est depuis 2014 évêque de Nice. Rencontre avec cet homme à la tête du diocèse dont le territoire recouvre l’ensemble des Alpes Maritimes.

NDLR : cet interview a été réalisé avant l'attentat perpétré en la basilique Notre Dame de Nice, le 29 octobre 2020.

Monseigneur, pourriez-vous nous présenter le diocèse de Nice, dont vous êtes évêque depuis bientôt sept ans ?

Nice n’a été rattachée à la France qu’en 1860 après avoir été un comté des États de Savoie et du Royaume de Sardaigne. Aussi, son histoire locale est marquée par ces appartenances, en témoigne notamment notre riche patrimoine baroque. Bien sûr, nos liens avec l’Italie restent très forts puisqu’en plus de cette histoire commune, nous partageons désormais une frontière, et donc des problématiques que nous travaillons ensemble, avec le diocèse de Vintimille notamment.

L’économie du littoral est largement tournée vers le tourisme, et notamment le tourisme haut de gamme, source de revenus pour le département. Grâce au site de Sofia Antipolis, un important tissu universitaire, de gros pôles de recherche et des entreprises de pointe sont également implantés le diocèse.

Vous évoquez la frontière avec l’Italie, celle-ci est franchie par un nombre important de migrants ces dernières années, quelle est votre approche pastorale de ce phénomène ?

La Pastorale des migrants est un lieu signifiant de notre rapport à l’Évangile, et de l’annonce de l’Évangile comme on le trouve dans la finale de Matthieu : « j’étais migrant, vous m’avez accueilli ». Dire l’Évangile, c’est concrètement entrer dans cette logique que le Christ a ouverte. C’est pourquoi le Pape François lui-même, par son attitude, ses paroles, ses incitations, a fait de la crise des migrants un lieu de vérification de la fidélité au message du Christ. Quelle Église, fidèle au Christ, dans ce monde d’aujourd’hui ?

Le diocèse de Nice est doublement frontalier : par l’Italie, vous l’avez dit, mais aussi par la Mer Méditerranée. Et quelle frontière paradoxale que la Méditerranée. Si le littoral du diocèse est un lieu de villégiature, de vacances, de bonheur, la Méditerranée est aussi un lieu de malheur, de mort. Un lieu d’Espérance aussi pour les personnes qui s’aventurent dans cette traversée vers une liberté et une vie qu’ils espèrent meilleure.

La pastorale des migrants est véritablement un lieu révélateur de ce que nous sommes capables de faire, un lieu révélateur d’humanité. Comme un aiguillon pour dire à l’homme : où est ton frère ? qui est ton prochain ? Qui le Seigneur me donne-t-il comme prochain ? Le Seigneur me donne celui qui arrive sur la côte Méditerranée, qui arrive à Vintimille. D’où la collaboration très forte avec le diocèse de Vintimille que j’évoquais précédemment. Ce diocèse a été en première ligne avec des centaines et des centaines de migrants accueillis. Le diocèse de Nice a donc été partenaire avec eux de cet accueil, à la fois sur le plan logistique, mais aussi dans le cadre d’un travail d’institution à institution, via la création de pools transfrontaliers de juristes et de Caritas. En tant que Pasteur, j’ai donc sollicité le Peuple de Dieu qui m’est confié à être un peuple au cœur et aux bras ouverts.

A la tête de plusieurs de vos pastorales diocésaines, et notamment celle des migrants que nous évoquions, vous avez nommé des diacres, pourquoi ?

Le diocèse de Nice comporte une quarantaine de diacres. J’ai voulu leur donner des missions en lien avec des lieux très signifiants : pastorale des migrants, pastorale des prisons, pastorale de la santé…. Sans oublier la pastorale des funérailles qui est un lieu porteur de dynamisme. Deux diacres sont responsables de l’accompagnement, de la formation et de la rencontre des équipes funérailles, présentes à la fois dans les paroisses mais aussi les maisons funéraires et les crématoriums. La pastorale des funérailles est un lieu de rencontre, elle est une interface entre la foi chrétienne et des populations souvent éloignées de l’Église.

Tant le presbyterium du diocèse de Nice que le Peuple qui vous est confié sont marqués par des diversités culturelles. Comment assurer l’unité ?

Comme dans beaucoup d’autres diocèses de France, le presbyterium de Nice est composé, outre les prêtres diocésains, d’un certain nombre de prêtres fidei donum. L’an dernier, nous fêtions les 50 ans du jumelage entre le diocèse de Nice et celui de Diébougou, dans le sud-ouest du Burkina Faso. Ce jumelage, s’il constitue une solidarité entre églises, puisque les paroisses du diocèse de Nice aident financièrement ce jeune diocèse burkinabé né dans l’élan du Concile Vatican II à hauteur de 1% de leurs revenus, est également pastoral puisque l’évêque du lieu confie en permanence 4 à 6 prêtres burkinabés au diocèse de Nice. Notre presbyterium comprend également des prêtres du plusieurs diocèses polonais sollicités à l’époque par mon prédécesseur Mgr Bonfils. L’unité d’un presbytérium est toujours à rechercher : chacun est marqué de son histoire, de sa mentalité, de sa culture. Historiquement, même au sein du clergé diocésain, il existait des histoires, des mentalités et des cultures différentes, entre le comté de Nice et la Provence par exemple. Aussi, si l’enjeu de la communion entre frères prêtres n’est pas nouveau, il demande à tous, à commencer par l’évêque, un travail du quotidien.

S’agissant des fidèles, il existe en effet plusieurs communautés étrangères établies sur le diocèse. C’est un patchwork de populations avec lesquelles on essaie d’être en relations, notamment en mettant à leur disposition des aumôniers, pour les aider à garder leur foi dans le contexte qui est celui d’ici, et les racines qui sont les leurs qui ont coloré leur foi, afin que ce soit pour nous une richesse, un appel à accueillir cela et à enrichir notre manière de croire par cette richesse qui nous est apportée. Il y a 3 ans, j’ai invité le Cardinal Furtado du Cap Vert à venir faire une visite pastorale : il a rencontré la communauté cap-verdienne, il lui a donné une feuille de route. Cela a permis à cette communauté se structurer, de se donner des bases de vie pour elle-même mais aussi pour vivre davantage en lien avec l’église locale.

Sept ans après la fermeture du séminaire diocésain, comment sont formés les futurs prêtres du diocèse de Nice ?

Le séminaire de Nice a fermé un an avant mon arrivée, en 2013. Depuis, notre séminaire d’attache est celui d’Aix-en-Provence où nous avons actuellement cinq séminaristes et deux propédeutes. C’est un séminaire interdiocésain auquel mes confrères de Gap, de Digne, de Marseille, d’Aix, de Corse et moi-même portons une grande attention. Aix en Provence est à deux heures de Nice. Dans un premier temps, l’insertion paroissiale des séminaristes se vit dans le diocèse d’Aix. Dans un second temps, quand l’insertion est plus longue, elle se vit dans le diocèse de Nice.

Ces dernières années, le séminaire d’Aix accueille une quarantaine de jeunes et est dans une bonne dynamique. C’est un beau lieu d’accompagnement des jeunes dans leurs projets grâce à une équipe de Pères qui cheminent avec les uns et les autres. Avec mes confrères, nous veillons à ce que ce séminaire puisse toujours mieux accueillir les jeunes d’aujourd’hui et répondre au mieux aux problématiques qui touchent à la formation des prêtres. Il s’agit de donner aux jeunes la possibilité de mieux se découvrir comme ils sont, afin qu’ils soient mieux accompagnés et en capacité aussi de mieux s’assumer.

Bien sûr, en fonction de leurs parcours, je discerne avec les séminaristes le lieu de formation qui leur correspondra le mieux et c’est ainsi qu’actuellement, certains séminaristes pour le diocèse de Nice suivent leur formation à Venasque, à Orléans, au GFU ou encore au séminaire des Carmes (Paris).

Depuis plus de deux ans, le diocèse de Nice est lancé dans la dynamique de la « Mission Azur ». De quoi s’agit-il ?

Il y a 20 ans, Mgr Bonfils donnait au diocèse le document « Diocèse 2000 » après avoir refondu le terrain paroissial et les doyennés. Il donnait aux paroisses nouvelles les moyens de synodalité pour que ces structures soient des lieux d’évangélisation :

–       Une paroisse, des hommes et des femmes qui se retrouvent pour ouvrir des perspectives d’Évangile ;

–       Un conseil pastoral, c’est-à-dire une équipe chargée, avec le pasteur, de l’animation pastorale.

–       Un doyenné, lieu important pour sortir des frontières de la paroisse, creuset d’initiatives, d’accueil de la vie des paroisses, de dialogue et de célébration.

Il s’agit donc, 20 ans après, de reprendre ces intuitions, de les redire pour nous, pour aujourd’hui, dans notre situation, de réfléchir à l’évolution des approches, afin de se redonner des convictions, de faire émerger un certain nombre de lignes de fond pastorales et de remettre les paroisses sur le chantier de l’évangélisation. C’est pourquoi j’ai souhaité que 2020 soit une année de l’Esprit Saint, afin que notre église diocésaine marche au souffle de l’Esprit et soit confirmée dans sa démarche missionnaire.