Le rôle de Louis Massignon dans la postérité de Charles de Foucauld

Déjà béatifié et déclaré « Bienheureux » en 2005 sous le pontificat de Benoît XVI, Charles de Foucauld sera prochainement canonisé. Mondialement célèbre, l’ermite du Hoggar algérien doit pourtant sa reconnaissance à un personnage moins connu : Louis Massignon. Surnommé le « catholique musulman » par Pie XI en 1934, ce grand islamologue et mystique chrétien fait l’objet d’une nouvelle biographie parue chez Bayard (1) qui éclaire notamment la féconde relation entre cet orientaliste et son « frère aîné », Charles de Foucauld…

Louis MassignonLouis Massignon (1883-1962) est un « converti de la Belle Époque » selon l’expression consacrée. Le début du XXe siècle est marquée par un « renouveau catholique » qui voit la conversion de nombreux jeunes gens, à la suite de leurs aînés Léon Bloy (1879), Paul Claudel (1886), Joris-Karl Huysmans (1891) et Charles de Foucauld (1886). A ceci près que le jeune Massignon a recouvré la foi « dans le miroir de l’islam », ayant été profondément marqué par la foi musulmane, en écho d’ailleurs à l’émotion que l’islam avait aussi suscité chez le vicomte de Foucauld, explorateur agnostique du Sahara, avant sa conversion.

Louis avait perdu la foi en 1900, mais il avait pris attache avec ce dernier eu égard à sa Reconnaissance du Maroc (1888) qui l’a beaucoup marqué pendant ses études. L’abbé lui avait chaleureusement répondu en « priant pour lui », mais le jeune homme n’avait pas donné suite. Par contre, une fois re-converti au christianisme en Mésopotamie en 1908, Louis ose reprendre contact avec l’ermite. Le courant passe admirablement et ils se rencontrent lors d’un passage de Foucauld à Paris, couronné par une mémorable nuit d’adoration au Sacré-Cœur. Un an plus tard, une lettre de l’abbé l’invite à le rejoindre au désert, dans le but de lui succéder un jour (2). Il lui propose même une ordination secrète. Mais Louis hésite puis, influencé par certaines caricatures présentant Foucauld comme un prêtre excentrique et gyrovague, choisit en 1913 de rester dans le siècle et de se marier, tout en entrant dans la fraternité foucaldienne : l’Union. Durant la Grande Guerre, il suit les conseils de l’abbé et demande à être muté dans les tranchées du front d’Orient, pour endurer les souffrances de l’infanterie coloniale. Et c’est sous les balles de Macédoine qu’il apprend la mort de son « frère aîné ». Lors d’une permission à Paris début 1917, il décide de s’engager corps et âme pour sauver l’Union et  « faire survivre » l’héritage foucaldien qui n’intéresse alors personne.

Exécuteur testamentaire, il est à l’origine de la grande biographie signée René Bazin (1921), succès de librairie qui rendra l’abbé si célèbre. C’est aussi Massignon qui fait publier son Directoire (1928), tout en assurant un rôle clé dans l’émergence des vocations et des différents groupes foucaldiens (Suzanne Garde, Alida Macoir-Capart, René Voillaume…), tandis qu’il anime à Paris la « sodalité du Directoire ». Il a aussi contribué à l’ouverture du procès de canonisation de l’ermite de Tamanrasset qui aboutira prochainement. Toute sa vie, il n’a eu de cesse de promouvoir l’œuvre et la spiritualité de son frère Charles, tout en le défendant de ses détracteurs qui pointent son rapport ambigu à la question de l’évangélisation des musulmans… Mais ceci est un autre sujet, complexe et épineux. Retenons ici ce que beaucoup ignorent, à savoir que Louis Massignon est à l’origine de la célébrité mondiale de Charles de Foucauld (3).

Manoël Pénicaud, Anthropologue

(1) Manoël Pénicaud, Louis Massignon. Le « catholique musulman », Bayard, 450 p.
(2) Jean-François Six, L’Aventure de l’amour de Dieu, 80 lettres inédites de Charles de Foucauld à Louis Massignon, Seuil, 1993.
(3) Louis Massignon,  « Toute une vie avec un frère parti au désert : Foucauld », Parole donnée, Seuil, 1983

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