« Le prêtre doit être disponible aux appels de l’Esprit Saint », père Roger Tardy

roger tardyÀ l’occasion des ordinations presbytérales qui auront lieu, pour la plupart, ce week-end en France, nous sommes partis à la rencontre du Père Roger Tardy, curé de la paroisse Saint-Denys du Saint-Sacrement (Paris 3e) qui abrite une des huit maisons du séminaire de Paris.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter, nous raconter qui vous êtes ?

Je suis prêtre à Paris depuis 19 ans. Juste après ma scolarité, je suis entré au séminaire de Paris et j’ai achevé ma formation par deux années à l’Institut d’Études Théologiques (IET) de Bruxelles. À l’issue de ma première nomination comme chapelain au Sacré-cœur de Montmartre, j’ai été appelé à repartir à Bruxelles pour devenir formateur de séminaristes. J’y ai passé 6 ans, où j’ai étudié également la théologie du sacerdoce, et où j’ai appris à donner les Exercices de Saint Ignace de Loyola. Depuis, chaque été, je donne du temps pour accompagner des chrétiens de toutes sortes à entrer dans cette école de liberté intérieure que sont les Exercices.

De retour à Paris, j’ai poursuivi plusieurs ministères de formateur, et en 2012, ai été nommé curé de la paroisse Saint-Denys du Saint-Sacrement (Paris 3e arrondissement). Cette paroisse du centre de Paris est également une des huit maisons du séminaire de Paris.

Parlez-nous de la Maison Saint-Denys. À qui s’adresse-t-elle ? Combien de séminaristes suivent actuellement une formation ?

La maison Saint-Denys est une des trois maisons de « premier cycle », où les séminaristes passent leurs deux premières années d’études, sur 7 ou 8 au total. Ils viennent tous d’une année de propédeutique, c’est-à-dire d’une année où ils commencé à s’initier à la vie de prière, à la vie communautaire et à certains engagements, comme la visite de malades, et autres stages.

Cette année, ils étaient neuf séminaristes (sur la petite centaine présente à Paris) à habiter dans le presbytère de ma paroisse. Ils y vivent comme une famille, en faisant la cuisine, le ménage, en participant à des activités de la paroisses, en étant catéchistes ou autres. Bref, ils se préparent pratiquement à leur vie future, et suivent des cours de Bible et de philosophie au Collège des Bernardins qui est à 12 minutes à vélo de là.

Au cours de leur formation (sept années), les séminaristes peuvent passer par différentes étapes dans leur cheminement des joies mais aussi doutes. Comment les aider à discerner ? Comment les aidez-vous à appréhender les épreuves qui jalonnent leur parcours ? 

Il y a deux types de discernements. Un discernement sur les aptitudes objectives du candidat (aptitudes humaines, autonomie, capacité de travailler à plusieurs, maturité des relations humaines, fiabilité), et un discernement sur la réponse intérieure du candidat au Christ. Ce deuxième discernement est d’abord celui du candidat lui-même, aidé d’un « père spirituel », mais il est aussi celui du responsable de maison, qui vit avec lui, et le voit grandir. Un séminariste, comme tout chrétien, peut-être plus encore en raison de son choix, traversera des épreuves intérieures, parfois très rudes. Mais l’Église a depuis 2000 ans développé une sagesse de l’accompagnement. Et tant la vie fraternelle que l’aide d’un père spirituel permettent de traverser les tempêtes en en tirant profit.

Dans un article paru récemment dans la revue « Prêtres diocésain » vous écrivez : « Les prêtres sont les grands oubliés de Vatican II ». Que voulez-vous dire ?

Pour être plus précis, j’écris que c’est une expression entendue couramment au lendemain du Concile, mais dans les faits, il y a eu une sorte de renversement. Le Concile s’est davantage intéressé à la figure de l’Évêque qu’à celle du prêtre. Après le Concile, le prêtre a vraiment été compris comme un collaborateur de l’évêque en toutes ses prérogatives. En revanche, avec la culture médiatique notamment, les gens sont maintenant davantage connectés au Pape qu’à leur évêque. Et beaucoup de gens, malgré Vatican II, se figurent l’évêque davantage en directeur de succursale, avec ses responsabilités d’employeur, qu’en successeur des Apôtres.

Selon vous, quels sont les défis qui attendent les prêtres de demain ? Et quels sont les enjeux qui peuvent en découler ?

Les défis de la mission de l’Église sont liés aux défis de la société française. Les idéologies n’existent plus comme telles, mais des peurs de différentes natures sont attisées, par les médias, le monde politique, les attentats, les événements climatiques. Les prêtres ne doivent pas en rajouter, mais doivent développer la prudence et une certaine hauteur de vue. Les Français n’ont plus de culture commune et même la notion de bien commun n’est plus une évidence. Les prêtres doivent donner l’exemple d’une simplicité de vie et d’un amour inconditionnel de l’autre. Pour ce faire, le prêtre doit être un homme de prière, sans quoi la pression ambiante sera trop forte et le poussera vers des militantismes hasardeux. Il doit être un maître en discernement, sans quoi il se laissera séduire par les sirènes du monde et ne sera d’aucun secours pour les autres. Le prêtre doit être extrêmement disponible aux appels même radicaux de l’Esprit Saint, car ce monde a besoin de prophètes.

Juin 2019

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