Commentaires du 15 août

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
15 août 2019

Fête de l’Assomption


PREMIERE LECTURE – L’APOCALYPSE DE SAINT JEAN 11,19a ; 12,1-6a.10ab

11,19 Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit,
et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
12,1 Un grand signe apparut dans le ciel :
une Femme,
ayant le soleil pour manteau,
la lune sous les pieds,
et sur la tête une couronne de douze étoiles.
2 Elle est enceinte, elle crie,
dans les douleurs et la torture d’un enfantement.
3 Un autre signe apparut dans le ciel :
un grand dragon, rouge feu,
avec sept têtes et dix cornes,
et, sur chacune des sept têtes, un diadème.
4 Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel,
les précipita sur la terre.
Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter,
afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.
5 Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle,
celui qui sera le berger de toutes les nations,
les conduisant avec un sceptre de fer.
L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône,
6 et la Femme s’enfuit au désert,
où Dieu lui a préparé une place.
10 Alors j’entendis dans le ciel une voix forte,
qui proclamait :
« Maintenant voici le salut,
la puissance et le règne de notre Dieu,
voici le pouvoir de son Christ ! »


LA FEMME, L’ENFANT ET LE DRAGON
On sait que toute l’Apocalypse de saint Jean est un message de victoire adressé à la jeune Eglise chrétienne en pleine persécution. Pour exprimer ce message de victoire, Saint Jean emploie de nombreuses images : nous avons vu successivement l’Arche d’Alliance, et trois personnages : la femme, le dragon, puis le nouveau-né. Je reprends successivement ces images, l’une après l’autre.
L’Arche d’Alliance, pour commencer, est un rappel de cette fameuse arche, le coffret de bois doré qui accompagnait le peuple pendant l’Exode au Sinaï et rappelait sans cesse au peuple d’Israël l’Alliance que Dieu avait conclue avec lui. A l’époque où Jean écrivait, il y avait des siècles que cette arche était perdue : elle a disparu, on ne sait comment, au moment de l’Exil à Babylone et l’on racontait que Jérémie l’avait mise à l’abri en la cachant quelque part au Mont Nebo (2 M 2,8) ; on croyait généralement qu’elle réapparaîtrait au moment de la venue du Messie ; or Jean la voit réapparaître : « Le sanctuaire de Dieu qui est dans le ciel s’ouvrit, et l’Arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. » (11,19). Pour lui, c’est le signe que la fin des temps est arrivée : l’Alliance éternelle de Dieu avec l’humanité est enfin définitivement accomplie.
Puis apparaît, toujours dans le ciel, « une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. » On se demande aussitôt qui représente cette femme : là encore c’est l’Ancien Testament qui nous donne la clé ; car souvent, les relations entre Dieu et Israël, son peuple choisi, sont décrites en termes de noces. Le prophète Osée, par exemple, parlait des fiançailles de Dieu avec son peuple. Et Isaïe développait ce thème des noces pour aller jusqu’à présenter la venue du Messie comme un enfantement ; car c’est d’Israël que doit naître le Messie. Dans cette ligne, la femme décrite dans l’Apocalypse désigne donc le peuple élu qui engendre le Messie ; enfantement ô combien douloureux pour les disciples du Christ affrontés à la persécution ; mais Jean vient leur dire justement : vous êtes en train d’enfanter l’humanité nouvelle.
LES FORCES DE LA MORT NE L’EMPORTERONT PAS
Le second personnage est le dragon posté « devant la femme afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. » C’est dire le combat des forces du mal contre le projet de Dieu. Pour les Chrétiens persécutés auxquels s’adresse l’Apocalypse, le mot « dragon » n’est pas trop fort. Et la description impressionnante dit la violence à laquelle ils sont affrontés : le dragon est « énorme… rouge-feu, avec sept têtes et dix cornes, et sur chaque tête un diadème » : la tête et les cornes disent l’intelligence et la force, le diadème désigne le pouvoir impérial, c’est dire sa réelle capacité de nuire. Et d’ailleurs, il parvient à balayer « le tiers des étoiles du ciel, et à les précipiter sur la terre. » Mais ce n’est que le tiers des étoiles, justement, ce n’est donc qu’un semblant de victoire et la suite du texte va nous dire que ce pouvoir du mal n’est que provisoire.
Voici l’enfant maintenant : « La femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. » Pour les lecteurs de Jean, il désigne évidemment le Messie ; car Jean fait allusion ici à une phrase du psaume 2 qui concernait le Messie : « Le SEI¬GNEUR m’a dit : Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donne les nations en héritage, en propriété les extrémités de la terre. Tu les écraseras avec un sceptre de fer. » (Ps 2, 7-9). Le terme de berger était également classique pour parler du Messie.
L’image suivante est celle de l’enlèvement de l’enfant « auprès de Dieu et de son trône » : elle symbolise la Résurrection du Christ ; là encore, c’était très clair pour les premiers Chrétiens habitués à parler de lui comme le « Premier-Né » désormais assis à la droite de Dieu ; mais son peuple, lui, demeure dans le monde. Un monde difficile, mais où ils sont assurés de la protection de Dieu, c’est le sens du désert qui est encore un rappel de l’Exode au cours duquel Dieu n’a cessé de prendre soin de son peuple. Que les croyants se rassurent donc, si le dragon a échoué dans le ciel, il ne peut réussir sur la terre.
Aux premiers Chrétiens enfantant l’humanité nouvelle dans la douleur de la persécution, l’Apocalypse vient donc annoncer la victoire : « Maintenant (c’est-à-dire depuis la Résurrection du Messie), voici le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! »


PSAUME – 44 (45),11-16

11 Ecoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
12 le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
13 Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

14 Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
15 on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
16 on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.


UN MARIAGE ROYAL, SYMBOLE DE L’ALLIANCE
Nous assistons à la cérémonie de mariage du roi de Jérusalem avec une jeune princesse étrangère : « Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or ; on la conduit, toute parée, vers le roi. » Le roi d’Israël s’unit à une princesse étrangère pour sceller l’alliance entre deux peuples. Et, bien sûr, en Israël comme ailleurs, c’était un cas de figure classique. Tout au long de l’histoire des hommes, on a pu voir des alliances entre Etats scellées par des mariages.
Mais, la religion d’Israël étant l’Alliance exclusive avec le Dieu unique, toute jeune fille étrangère devenant reine de Jérusalem devait accepter une contrainte particulière, celle d’épouser également la religion du roi. Concrètement, dans ce psaume, la princesse qui vient de Tyr, nous dit-on, et est introduite à la cour du roi d’Israël, devra renoncer à ses pratiques idolâtriques pour être digne de son nouveau peuple et de son roi : « Ecoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père. » On sait bien, par exemple, que ce fut un problème crucial à l’époque du roi Salomon qui avait épousé des étrangères, donc des païennes ; puis plus tard, au temps du roi Achab et de la reine Jézabel : on se souvient du grand combat engagé par le prophète Elie contre les nombreux prêtres et prophètes de Baal que la reine Jézabel avaient amenés avec elle à la cour de Samarie.
Bien sûr, pour qui sait lire entre les lignes, ces conseils donnés à la princesse de Tyr s’adressent en réalité à Israël ; l’époux royal décrit dans ce psaume n’est autre que Dieu lui-même et cette « fille de roi, conduite toute parée vers son époux », c’est le peuple d’Israël admis dans l’intimité de son Dieu.
Une fois de plus, on est impressionné de l’audace des auteurs de l’Ancien Testament pour décrire la relation entre Dieu et son peuple, et, à travers lui, toute l’humanité. C’est le prophète Osée qui, le premier, a comparé le peuple d’Israël à une épouse : « Je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur… Elle répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle monta du pays d’Egypte. Et il adviendra en ces jours-là – oracle du SEI¬GNEUR – que tu m’appelleras mon mari. » (Os 2, 16… 18). A sa suite Jérémie, Ezéchiel, le deuxième et le troisième Isaïe ont développé ce thème des noces entre Dieu et son peuple ; et on retrouve chez eux tout le vocabulaire des fiançailles et des noces : les noms tendres, la robe nuptiale, la couronne de mariée, la fidélité ; par exemple « Ainsi parle le SEI¬GNEUR : je te rappelle ton attachement du temps de ta jeunesse, ton amour de jeune mariée ; tu me suivais au désert. » (Jr 2, 2). « De l’enthousiasme du fiancé pour sa promise, ton Dieu sera enthousiasmé pour toi. » (Is 62, 5).
Quant au Cantique des Cantiques, long dialogue amoureux, composé de sept poèmes, nulle part il n’identifie les deux amoureux qui s’y expriment ; mais les Juifs l’ont toujours lu comme le dialogue entre Dieu et son peuple ; la preuve, c’est qu’ils le lisent tout spécialement pendant la célébration de la Pâque, la grande fête de l’Alliance de Dieu avec Israël. Pour être précis, ils le lisent au cours du sabbat qui a lieu pendant la semaine de la célébration de leur Pâque qui dure une semaine.
MON AMOUR LOIN DE TOI JAMAIS NE S’ECARTERA, DIT DIEU
Malheureusement, cette épouse, trop humaine, fut souvent infidèle, traduisez idolâtre, et ces mêmes prophètes traiteront d’adultères les infidélités du peuple, c’est-à-dire ses retombées dans l’idolâtrie. Le vocabulaire alors parle de jalousie, adultère, et aussi de retrouvailles et de pardon, car Dieu est toujours fidèle. Isaïe, par exemple, parle des errements d’Israël en termes de déception amoureuse. C’est le fameux chant de la vigne : « Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais… La vigne du SEI¬GNEUR, c’est la maison d’Israël, le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici l’iniquité… » (Is 5, 1… 7). Et le prophète Osée, visant les cultes idolâtriques, traite Israël de prostituée.
Mais sans cesse, Dieu promet la réconciliation : « Ne crains pas car tu n’éprouveras plus de honte… Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amour loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne s’ébranlera, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEI¬GNEUR. » (Is 54, 4… 10).
On peut se demander pourquoi l’idolâtrie tient tant de place dans les discours des prophètes ? Parce qu’il ne s’agit pas de noces humaines, justement, et que l’enjeu est très grave : comme toujours, Israël sait bien que son élection n’est pas exclusive ; ce n’est que par sa fidélité à Dieu que le peuple élu pourra remplir sa vocation de témoin pour toutes les nations. Car, en définitive, la Bible ose penser que c’est l’humanité tout entière que Dieu a demandée en mariage. Mais comment l’humanité le saura-t-elle si personne ne le lui dit ?
Lorsque l’Eglise chrétienne célèbre l’Assomption de Marie, et son introduction dans la gloire de Dieu, elle entrevoit déjà par avance l’entrée de l’humanité tout entière, à sa suite dans l’intimité de son Dieu.


DEUXIEME LECTURE – PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL APOTRE AUX CORINTHIENS 15,20-27a

Frères,
20 le Christ est ressuscité d’entre les morts,
lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.
21 Car, la mort étant venue par un homme,
c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts.
22 En effet, de même que tous les hommes
meurent en Adam,
de même c’est dans le Christ
que tous recevront la vie,
23 mais chacun à son rang :
en premier, le Christ,
et ensuite, lors du retour du Christ,
ceux qui lui appartiennent.
24 Alors, tout sera achevé,
quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père,
après avoir anéanti, parmi les êtres célestes,
toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance.
25 Car c’est lui qui doit régner
jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis.
26 Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort,
27 car il a tout mis sous ses pieds.


HEUREUX CEUX QUI ONT CRU SANS AVOIR VU
Le jour où nous célébrons l’Assomption de la Vierge, la liturgie nous propose une méditation de Paul sur la résurrection du Christ opposée à la mort d’Adam. Nous avons donc là une piste de réflexion : qu’ont-ils de commun, le Christ et Marie ? Et que n’a pas Adam ?
Justement, l’évangile de la Visitation (que nous lisons également pour cette fête de l’Assomption) nous fait contempler en Marie la croyante : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur », lui dit Elisabeth. Elle a cru, c’est-à-dire elle a accepté d’entrer dans le projet de Dieu sur elle, sans tout comprendre. Et pourtant, plus d’une fois, « un glaive a transpercé son âme », comme le lui avait prédit Syméon (Lc 2,35). Ce qui résume le mieux son attitude, c’est peut-être sa phrase : « Je suis la servante du Seigneur ». Elle accepte tout simplement de mettre sa vie au service de l’oeuvre de Dieu.
Depuis toujours, dans la Bible, on avait compris que c’est la seule chose qui nous soit demandée, être prêt à dire « me voici ». Abraham, Moïse, Samuel sollicités par Dieu avaient su répondre ainsi. Et grâce à eux, l’oeuvre de Dieu a pu chaque fois franchir une étape.
Le Christ, à son tour, refait cet itinéraire du croyant et le Nouveau Testament ne cesse de nous le donner en exemple. Et s’il nous enseigne à dire, dans le Notre Père « Que ta volonté soit faite », c’est bien parce que c’est son principal souci. Et quand l’auteur de la lettre aux Hébreux résume toute la vie de Jésus, il écrit : « En entrant dans le monde (c’est-à-dire dès son entrée dans le monde), le Christ dit : voici je suis venu pour faire ta volonté. » (He 10, 5… 10). Si, de tout temps et quoi qu’il arrive, Jésus se soumet à la volonté de son père, c’est parce qu’il fait confiance. De lui aussi, on pourrait dire « heureux celui qui a cru… ». Sa résurrection vient prouver que le chemin qu’il a choisi, celui de la foi, était bien le chemin de la vie, même si la mort corporelle en a fait partie.
LE COMPORTEMENT D’ADAM ET LE COMPORTEMENT DU CHRIST
Paul oppose ce comportement du Christ à celui d’Adam : Adam est celui à qui tout est proposé, l’arbre de vie, comme aussi la maîtrise sur la Création ; mais il se méfie, il ne croit pas à la bienveillance de Dieu. Il refuse de se soumettre au moindre commandement. Le propos de Paul n’est pas de nous dire ce qui se serait passé si un certain Adam n’avait pas péché ; son propos c’est de nous rappeler qu’il n’y a qu’un seul chemin qui mène à la vie, c’est-à-dire à l’entrée dans la joie de Dieu. A partir du jour où Adam se met à douter de Dieu, il tourne le dos à l’arbre de vie : et c’est bien au présent qu’il faut parler ; car, pour Paul, Adam n’est pas un homme du passé, il est un type d’homme ; comme disent les rabbins, « Chacun est Adam pour soi ».
On comprend mieux du coup la phrase de Paul : « C’est en Adam que meurent tous les hommes » ; c’est en nous comportant comme Adam que nous nous éloignons de Dieu et nous coupons de la vie véritable qu’il veut nous donner en abondance. A l’inverse, choisir comme le Christ le chemin de la confiance, quoi qu’il arrive, c’est faire un pas sur le chemin de la vraie vie ; comme dit Jésus dans l’évangile de Jean : « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »(Jn 17, 3). Or connaître, en langage biblique, c’est croire, aimer, faire confiance. Comme le dit Paul, « c’est dans le Christ que tous revivront », c’est-à-dire en nous greffant sur lui, en adoptant le même comportement que lui.
Peut-être le mystère de l’Assomption de Marie peut-il nous aider à entrevoir un peu le projet de Dieu quand l’homme ne l’entrave pas. Marie est pleinement humaine, mais elle n’a jamais agi à la manière d’Adam ; elle connaît le destin que tout homme aurait dû connaître s’il n’y avait pas eu la chute ; or elle a connu, comme tout homme, toute femme, le vieillissement ; et un jour, elle a quitté la vie terrestre, elle a quitté ce monde, tel que nous le connaissons ; elle s’est endormie pour entrer dans un autre mode de vie auprès de Dieu. On parle de la « dormition » de la Vierge.
On peut donc affirmer deux choses : Premièrement, notre corps n’a jamais été programmé pour durer tel quel éternellement sur cette terre, et nous pouvons en avoir une idée en regardant Marie ; elle, la toute pure, pleine de grâce, s’est endormie. Deuxièmement, Adam a contrecarré le projet de Dieu et la transformation corporelle que nous aurions dû connaître, la « dormition » est devenue mort, avec son cortège de souffrance et de laideur. La mort, telle que nous la connaissons, si douloureusement, est entrée dans le monde par le fait de l’humanité elle-même.
Mais là où nous avons introduit les forces de mort, Dieu peut redonner la vie ; Jésus a été tué par la haine des hommes, mais Dieu l’a ressuscité ; lui, le premier ressuscité, il nous fait entrer dans la vraie vie, celle où règne l’amour.


EVANGILE – selon Saint Luc 1,39-56

1,39 En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
40 Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
41 Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
42 et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
43 D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
44 Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
45 Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
46 Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
47 exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
48 Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
49 Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
50 Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
51 Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
52 Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
53 Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
54 Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
55 de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »
56 Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle.


HEUREUSE CELLE QUI A CRU
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Cette phrase d’Elisabeth nous renvoie à un épisode de l’Ancien Testament : l’arrivée de l’arche d’Alliance à Jérusalem (2 S 6,2-11) ; lorsque David se fut installé comme roi à Jérusalem, lorsqu’il eut un palais digne du roi d’Israël, il envisagea de faire monter l’Arche d’Alliance dans cette nouvelle capitale. Mais il était partagé entre la ferveur et la crainte ; il y eut donc une première étape dans la ferveur et la joie : « David réunit toute l’élite d’Israël, trente mille hommes. David se mit en route et partit, lui et tout le peuple qui était avec lui… pour faire monter l’arche de Dieu sur laquelle a été prononcé un nom, le Nom du Seigneur le tout-puissant, siégeant sur les chérubins. On chargea l’arche de Dieu sur un chariot neuf… David et toute la maison d’Israël s’ébattaient devant le Seigneur au son de tous les instruments, des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales… ». Mais là se produisit un incident qui rappela à David qu’on ne met pas impunément la main sur Dieu : un homme qui avait mis la main sur l’arche sans y être habilité mourut aussitôt.
Alors, chez David la crainte l’emporta et il dit « comment l’Arche du SEIGNEUR pourrait-elle venir chez moi ? » Du coup le voyage s’arrêta là : David crut plus prudent de renoncer à son projet et remisa l’Arche dans la maison d’un certain Oved-Edom où elle resta trois mois, apportant le bonheur à cette maison. Voilà David rassuré. « On vint dire au roi David : le SEIGNEUR a béni la maison de Oved-Edom et tout ce qui lui appartient à cause de l’arche de Dieu. David partit alors et fit monter l’arche de Dieu de la maison de Oved-Edom à la Cité de David dans la joie… David tournoyait de toutes ses forces devant le SEIGNEUR… David et toute la maison d’Israël faisaient monter l’arche du SEIGNEUR parmi les ovations et au son du cor. »
On peut penser que Luc a été heureux d’accumuler dans le récit de la Visitation les détails qui rappellent ce récit de la montée de l’arche à Jérusalem : les deux voyages, celui de l’Arche, celui de Marie se déroulent dans la même région, les collines de Judée ; l’Arche entre dans la maison d’Oved-Edom et elle y apporte le bonheur (2 Sm 6,12), Marie entre dans la maison de Zacharie et Elisabeth et y apporte le bonheur ; l’Arche reste 3 mois dans cette maison d’Oved-Edom, Marie restera 3 mois chez Elisabeth ; enfin David dansait devant l’Arche (le texte nous dit qu’il « sautait et tournoyait ») (2 Sm 6,16), et Luc note que Jean-Baptiste « bondit de joie » devant Marie qui porte l’enfant.
LE MIRACLE DE L’INCARNATION
Tout ceci n’est pas fortuit, évidemment. Luc nous donne de contempler en Marie la nouvelle Arche d’Alliance. Or l’Arche d’Alliance était le signe de la Présence de Dieu. Marie porte donc en elle mystérieusement cette Présence de Dieu ; désormais Dieu habite notre humanité : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Tout ceci grâce à la foi de Marie : Elisabeth lui dit « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
En guise de réponse aux paroles d’Elisabeth, Marie entonne le Magnificat ; une chose assez surprenante à propos du Magnificat : dans nos Bibles à cette page de Saint Luc, on trouve dans la marge des quantités de références à d’autres textes bibliques ; et l’on peut reconnaître des bribes de plusieurs psaumes dans presque toutes les phrases du Magnificat. Ce qui veut dire que Marie n’a pas inventé les mots de sa prière. Pour exprimer son émerveillement devant l’action de Dieu, elle a tout simplement repris des phrases prononcées par ses ancêtres dans la foi.
Il y a là, déjà, une double leçon : d’humilité d’abord. Spontanément, pourtant mise devant une situation d’exception, Marie reprend tout simplement les expressions de la prière de son peuple. De sens communautaire ensuite : on dirait aujourd’hui de sens de l’Eglise. Car aucune des citations bibliques reprises dans le Magnificat n’a un caractère individualiste ; elles concernent toujours le peuple tout entier. C’est l’une des grandes caractéristiques de la prière juive et maintenant de la prière chrétienne : le croyant n’oublie jamais qu’il fait partie d’un peuple et que toute vocation, loin de le mettre à l’écart, le met au service de ce peuple.


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