Chaque semaine un regard sur le synode

L'édito du synode(2)

Vendredi 12 octobre 2018

On le sait le défi de ce synode est de taille : il ne s’agit pas de parler sur les jeunes mais de donner toutes leurs places aux jeunes, de « raccrocher le wagon joyeux des jeunes au train de l’Evangile »[i] qui les a perdus en route.

Alors que se passe-t-il à Rome ? après 8 jours de travail, on constate : un climat de bonne écoute mutuelle, une absence remarquée de tensions, des pauses silencieuses régulières très appréciés, et une présence constructive des jeunes.  La première séquence de travail sur l’Instrumemtum laboris  est achevée : il s’agissait de se faire une idée de ce que vivent les jeunes dans le monde.  Avec 316 amendements, de nombreuses sujets ont été abordés sans indiquer pour l’instant de direction précise : le monde numérique, la question des migrations, la vie affective et la sexualité, la famille, la transmission de la foi, les changements culturels, l’unité des chrétien, l’intergénérationnel…  Une chose est sûre : sur tous les sujets, l’église souhaitent entrer en dialogue, être une église en conversation avec les jeunes. Car, les évêques le reconnaissent : la culture de l’église s’est peu à peu éloignée de celle des jeunes. Un fossé d’incompréhensions ou d’indifférence s’est creusé.

Les Pères du synode le soulignent : même si les jeunes sont différents selon les latitudes, ils demandent pourtant à l’Eglise la même chose : la confiance, l’écoute, la fraternité, des lieux pour faire l’expérience de Dieu. Ils reconnaissent aussi la nécessité d’une cohérence de vie : cohérence pour eux… et pour l’église.  Dans chaque groupe linguistique, le sujet des abus sexuels a été abordés et devrait figurer de manière significative dans le document final. Le désir des jeunes d’une église authentique nous oblige à reconnaitre les échecs, demander pardon et se convertir.

Depuis deux jours, les pères synodaux ont attaqué la deuxième partie de l’Instrumentum laboris.  Il s’agit d’interpréter les réalités mises en lumière.  Qu’est-ce que le Seigneur nous dit ?  Le fait massif des échanges  est l’insistance sur le nécessaire accompagnement des jeunes. Les jeunes ont besoin de pasteurs qui les accompagnent, les écoutent, les aident à prier et les fassent grandir dans la vie intérieure… et cela demande de former ces pasteurs à l’accompagnement et au discernement. Il faut le reconnaitre, c’est un chantier !  et ce sera sans doute une priorité pastorale pour les années à venir.

On est bien au cœur de la démarche initiée par François : Le synode n’est pas un thème sympathique pour un moment sympathique. Il y a urgence.  Et pas seulement pour les jeunes catholiques mais bien pour les jeunes du monde entier. Le synode nous met en marche, résolument, et pour que de réels changements s’opèrent, il doit enflammer notre volonté et notre cœur ! car il s’agit bien de répondre à notre mission : donner à voir Dieu, permettre aux jeunes de croiser le regard du Christ.

Le défi immédiat des pères : bien être en relation dès maintenant avec les jeunes.  Désormais, chaque jour, un court message vidéo, à destination des jeunes est diffusé. Le synode cherche à communiquer.

Mais surtout le défi est pour la suite : comment travailler ensemble ? Durant ce synode, les jeunes sont bien là et s’impliquent en participant aux débats aussi bien en assemblée que dans les groupes linguistiques. C’est une nouveauté, révolutionnaire aux yeux de certains, et dont tous se félicitent Qu’est-ce que cela signifiera pour envisager de nouveaux fonctionnements, a quelle conversion systémique le Seigneur nous appelle-t-il ? Au fond, tous nous désirons   travailler ensemble à une Église plus relationnelle, capable d’accueillir sans juger préalablement, amie et proche, accueillante et miséricordieuse. L’attente est immense.  Les jeunes ne sont pas un problème pour l’Eglise : ils en sont une partie fondamentale et apportent avec eux l’éternelle jeunesse de Dieu. Allez, encore un effort, chers pères synodaux !

[i] Expression de Mgr Luc Ravel dans sa lettre pastorale « le temps de la Jeunesse »

Vendredi 5 octobre 2018

Nous voilà parti pour un sacré voyage : 25 jours de partage, d’écoute et de discernement. Commencé par une eucharistie ce mercredi 3 octobre sur la Place saint-Pierre, le synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel se terminera cette fois dans la basilique le samedi 27 octobre.

Qui est dans la barque ? Le Pape bien sûr et puis les Pères synodaux : 267 au total, la plupart évêques ou cardinaux, quelques-uns simples prêtres. 23 experts les accompagnent.  Et puis 49 auditeurs qui représentent en gros la Pastorale des jeunes.  Parmi eux, 34 jeunes de 18 à 29 ans, qui ont un engagement, y compris hors de l’église. Ces jeunes, et c’est nouveau, prennent la parole, à tour de rôle chaque matin, pour ouvrir la journée et partager leurs expériences.

Alors au début d’un synode on scrute l’atmosphère et les nouveautés.

1 – On a relevé d’abord l’émotion du Pape lorsqu’il a présenté les 2 évêques chinois lors de l’eucharistie d’ouverture. La présence de la Chine est une première dans l’histoire des synodes. Et puis le choix des 4 présidents délégués qui ne sont pas européens (ils viennent de Madagascar, d’Irak, de Papouasie et de Birmanie). C’est un signal clair : bien vouloir faire dialoguer les cultures et mettre en avant des pays très jeunes dans leur démographie. Le synode ne sera pas europeano-centré !

2 – On retiendra aussi la double référence au Concile Vatican II, (notamment le discours de Jean XXIII) l’ouverture du Concile et le discours de clôture adressé aux jeunes de l’époque). Comme pour s’inscrire dans ce grand mouvement de réforme, et pour donner de l’Esperance, du souffle. Reprenant les Paroles de Jean XXIII, le Pape met en garde contre les prophètes de malheur qui ne voient que ruine et il invite à voir le bien qui ne fait pas de bruit. Il encourage « à faire germer les rêves, et à stimuler la confiance, à susciter des prophéties et des vision »…  « Que le synode réveille nos cœurs ! »

3 – On notera enfin une invitation à sortir des préjugés ou stéréotypes: chacun est appelé à être attentif : les Pères synodaux se doivent d’éviter la tentation du cléricalisme, et les jeunes la tentation de l’autosuffisance. Chacun a besoin des autres.  En reprenant la prophétie du prophète Joël, déjà citée lors du pré-synode, le Pape met en avant la nécessaire solidarité entre les générations.

Alors voilà c’est parti, pour l’instant dans une atmosphère studieuse et bon enfant.  Ce jeudi 4 octobre, 25 évêques déjà ont pris la parole, chacun pendant 4 minutes.  Et régulièrement, comme le Pape l’avait souhaité, tout le monde s’est arrêté pour 3 minutes de prière et de réflexion….

Parmi les sujets d’hier : la sexualité et l’intervention de Monseigneur Emmanuel Gobilliard, l’un des benjamins de l’assemblée : « n’ayons pas peur de la sexualité ! il est important que nous puissions parler librement de sexualité, que nos jeunes et nos séminaristes puissent être éduqués pour bien éduquer ». Comme lui, 6 évêques ont aussi évoqué le drame de la pédophilie et plusieurs ont demandé pardon.

Alors à chacun il est demandé de parler courageusement et d’écouter humblement.

Car le synode est d’abord un exercice d’écoute … Le Pape l’a reconnu, beaucoup de jeunes ne se sentent pas écouté par l’Église. Il y a un déficit d’écoute de la part de l’Institution.

Et le synode est un exercice de discernement. François nous le rappelle : « le discernement, ce n’est pas un slogan publicitaire, ni la mode de ce pontificat mais c’est-à-dire une attitude intérieure qui se fonde sur la conviction que Dieu est à l’œuvre ». Et que l’Esprit Saint est à la mesure des enjeux de notre temps.

 Car François compte bien aller de l’avant ! « Le fil conducteur de ce synode, comme celui de la famille il y a deux ans, est bien le renouvellement de l’église et de la société à partir de ses fondations » (Cardinal Baldisseri). Et il s’agira, non pas tant de produire un document que de mettre au jour des propositions pastorales concrètes.  Bon travail chers Pères synodaux !

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