Rencontre œcuménique au Saint-Sépulcre

Après avoir signé une déclaration conjointe, le Pape François et le Patriarche de Constantinople Bartholomée 1er se sont rendus à la basilique du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, dimanche 25 mai 2014. Une cérémonie œcuménique a marqué le 50ème anniversaire de la rencontre entre le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras.
Le Pape François est entré dans la basilique du Saint-Sépulcre par la porte du Muristan, alors que le Patriarche Bartholomée 1er est entré par la porte Sainte-Hélène. Ont également pris part les évêques de Terre Sainte, l’archevêque syrien, l’archevêque éthiopien, l’évêque anglican, l’évêque luthérien et d’autres évêques. Etaient également présents les consuls généraux des cinq pays qui garantissent le Statu Quo de la Basilique (France, Belgique, Espagne, Italie, Grèce) et les autres consuls du Corpus Separatum de Jérusalem (Suède, Etats-Unis, Turquie, Royaume-Uni).

Le Pape François et le Patriarche Bartholomée 1er ont été reçus par les trois supérieurs des communautés du Statu Quo (grecque orthodoxe, franciscaine et arménienne apostolique). Le Patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, Théophile III, le Custode de Jérusalem, le P. Pierbattista Pizzaballa, OFM, et le Patriarche arménien apostolique SB Nourhan Manoogian ont d’abord vénéré la pierre de l’Onction, puis le Pape avec le Patriarche.

Christos Anesti ! Christ est ressuscité !

Après la proclamation de l’Evangile et les paroles du Patriarche Bartholomée 1er, le Saint-Père a prononcé un discours affirmant, en premier lieu, que dans cette basilique « que chaque chrétien regarde avec profonde vénération, arrive à son point culminant le pèlerinage que j’accomplis avec mon frère bien-aimé en Christ, Sa Sainteté Bartholomée. Nous l’accomplissons sur les traces de nos vénérés prédécesseurs, Paul VI et Athénagoras, qui, avec courage et docilité à l’Esprit Saint, ont donné lieu, il y a cinquante ans, dans la Cité sainte de Jérusalem, à la rencontre historique entre l’Evêque de Rome et le Patriarche de Constantinople. C’est une grâce extraordinaire d’être réunis ici en prière. Le Tombeau vide, ce sépulcre neuf situé dans un jardin, où Joseph d’Arimathie avait déposé avec dévotion le corps de Jésus, est le lieu d’où part l’annonce de la Résurrection… Cette annonce, confirmée par le témoignage de ceux à qui le Seigneur Ressuscité est apparu, est le coeur du message chrétien, transmis fidèlement de génération en génération… C’est le fondement de la foi qui nous unit, foi grâce à laquelle, ensemble, nous professons que Jésus-Christ, Fils unique du Père et notre unique Seigneur, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli; il est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts. Chacun de nous, chaque baptisé dans le Christ, est spirituellement ressuscité de ce tombeau, puisque dans le Baptême nous avons tous été réellement incorporés au Premier Né de toute la création, ensevelis ensemble avec Lui, pour être avec Lui ressuscités et pouvoir marcher dans une vie nouvelle… Tenons-nous près du tombeau vide dans un recueillement respectueux, pour redécouvrir la grandeur de notre vocation chrétienne: nous sommes des hommes et des femmes de résurrection, non de mort. Apprenons, de ce lieu, à vivre notre vie, les souffrances de l’Eglise et du monde entier à la lumière du matin de Pâques… Ne nous laissons pas voler le fondement de notre espérance qui est justement cela: Christos Anesti. Ne privons pas le monde de la joyeuse annonce de la Résurrection! Et ne soyons pas sourds au puissant appel à l’unité qui résonne précisément de ce lieu, à travers les paroles de Celui qui, en tant que Ressuscité, nous appelle tous mes frères ».

Vers la pleine communion

« Certes, nous ne pouvons nier les divisions qui existent encore entre nous, disciples de Jésus. Ce lieu sacré nous en fait ressentir le drame avec une souffrance plus grande. Et pourtant, à cinquante ans de l’accolade de ces deux vénérables Pères, nous reconnaissons avec gratitude et un étonnement renouvelé comment il a été possible, par l’impulsion de l’Esprit Saint, d’accomplir des pas vraiment importants vers l’unité. Nous sommes conscients qu’il reste encore du chemin à parcourir pour aboutir à cette plénitude de communion qui puisse s’exprimer aussi dans le partage de la même table eucharistique, que nous désirons ardemment; mais les divergences ne doivent pas nous effrayer et paralyser notre chemin. Nous devons croire que, comme la pierre du sépulcre a été renversée, de la même façon, pourront être levés tous les obstacles qui empêchent encore la pleine communion entre nous. Ce sera une grâce de la résurrection, que nous pouvons dès aujourd’hui savourer à l’avance. Chaque fois que nous demandons pardon les uns aux autres, pour les péchés commis contre d’autres chrétiens et chaque fois que nous avons le courage de concéder et de recevoir ce pardon, nous faisons l’expérience de la résurrection! Chaque fois que, ayant dépassé les anciens préjugés, nous avons le courage de promouvoir de nouvelles relations fraternelles, nous confessons que le Christ est vraiment ressuscité! Chaque fois que nous pensons l’avenir de l’Eglise à partir de sa vocation à l’unité, brille la lumière du matin de Pâques! A ce propos, je désire renouveler le voeu déjà exprimé par mes prédécesseurs, de maintenir un dialogue avec tous les frères en Christ pour trouver une forme d’exercice du ministère propre de l’Evêque de Rome qui, en conformité avec sa mission, s’ouvre à une situation nouvelle et puisse être, dans le contexte actuel, un service d’amour et de communion reconnu par tous ».

« Tandis que nous nous trouvons comme des pèlerins en ces saints lieux, notre souvenir priant va à toute la région, malheureusement si souvent marquée par des violences et des conflits. Et nous n’oublions pas, dans nos prières, tant d’autres hommes et femmes qui, en diverses parties de la planète, souffrent à cause de la guerre, de la pauvreté, de la faim, comme les nombreux chrétiens persécutés pour leur foi dans le Seigneur Ressuscité. Quand des chrétiens de diverses confessions se trouvent à souffrir ensemble, les uns à côté des autres, et à s’entraider les uns les autres avec une charité fraternelle, se réalise un oecuménisme de la souffrance, se réalise l’oecuménisme du sang, qui possède une particulière efficacité non seulement pour les contextes dans lesquels il a lieu, mais aussi, en vertu de la communion des saints, pour toute l’Eglise. Ceux qui tuent, qui persécutent les chrétiens en haine de la foi, ne leur demandent pas s’ils sont orthodoxes ou catholiques. Tous sont chrétiens. Le sang chrétien est le même ».

Qu’ils soient un pour que le monde croie

S’adressant ensuite à SS Bartholomée 1er et à l’assemblée, il a ajouté: « Mettons de côté les hésitations que nous avons héritées du passé et ouvrons notre coeur à l’action de l’Esprit Saint, l’Esprit de l’Amour, pour cheminer ensemble vers le jour béni où nous retrouverons notre pleine communion. Sur ce chemin, nous nous sentons soutenus par la prière que Jésus lui-même, en cette Ville, la veille de sa passion a élevée vers son Père pour ses disciples, et que nous ne nous lassons pas de faire nôtre avec humilité: Qu’ils soient un pour que le monde croie. Et quand la désunion nous rend pessimistes, peu courageux, méfiants, mettons-nous tous sous la protection de la Sainte Mère de Dieu. Quand l’âme chrétienne connaît des turbulences spirituelles, c’est seulement sous le manteau de la Sainte Mère de Dieu que nous trouverons la paix. Qu’elle nous aide sur ce chemin ».

Enfin, le Pape et le Patriarche se sont embrassés en signe de paix et ont prié ensemble le « Notre Père » en italien, pendant que chacun le récitait dans sa propre langue. Ils sont ensuite entrés ensemble dans le Sépulcre pour vénérer la tombe vide, et sont sortis ensemble de la basilique pour bénir les fidèles. De la même façon, ils se sont rendus sur le Mont du Calvaire accompagnés des patriarches grec et arménien et du Custode de Terre Sainte pour vénérer le lieu de la mort et de la crucifixion de Jésus ».

Source : VIS du 26 mai 2014

Le Saint-Sépulcre

Selon la tradition, le Saint-Sépulcre est le site de la crucifixion, de la sépulture et de la résurrection du Christ. Après la répression de la révolte juive en 135, Jérusalem subit un changement radical. Les juifs, les samaritains et les judéo-chrétiens sont expulsés avec l’interdiction de revenir. Hadrien, dans l’intention de supprimer toute trace de la religion judaïque qui avait provoquée deux violentes révoltes, s’emploie à faire disparaître tous les lieux de culte. Le Saint-Sépulcre connaît le même sort. Il est rasé et comblé, et un temple de Venus est érigé par-dessus. Au cours du premier concile oecuménique de Nicée en 325, l’évêque de Jérusalem, Macaire, invite l’empereur Constantin à rendre le Saint-Sépulcre à la lumière, qui avait été conservé enterré. Hélène, la mère de Constantin, ordonna la construction de la basilique de la Résurrection, basilique qui, au fil des siècles, connaîtra divers sorts: De l’invasion de 614 au cours de laquelle la pierre de la sépulture aurait été brisée, à la décision des Croisés en 1099 de rassembler tous les monuments rappelant la mort et la résurrection du Christ en un seul édifice qui resta presque inaltéré jusqu’à la fin du XIXème siècle, subissant toutefois un tremblement de terre en 1927 ou des dommages liés à la première guerre arabo-israélienne en 1948.

Aujourd’hui, la gestion de la basilique est règlementée selon le Statu Quo et trois communautés, latine (représentée par les frères mineurs), grecque orthodoxe et arménienne orthodoxe s’en partagent la propriété. Les coptes orthodoxes, les syriens orthodoxes et les éthiopiens orthodoxes peuvent officier dans la basilique. A l’entrée, dans l’atrium, se trouve la pierre de l’Onction qui, selon la tradition, indique le lieu où Jésus, déposé de la Croix, fut embaumé.

Source : VIS du 26 mai 2014

 

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