Visages et témoignages de délégués diocésains à la Pastorale des Migrants

nicolas_oudot_portraitLes délégués diocésains à la Pastorale des Migrants sont la figure de proue des communautés chrétiennes qui tentent, contre peurs et replis, d’incarner la parole du Christ : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». Et de répondre à l’exhortation du pape François à ce que l’Eglise d’Europe accueille les réfugiés. Par Chantal Joly.

Nicolas, homme-orchestre d’un diocèse fraternel

A 35 ans, épaulé par une solide équipe de pilotage, Nicolas Oudot est le plus jeune responsable d’un Service diocésain. Un poste de salarié à plein-temps voulu par l’archevêque de Besançon, Mgr Jean-Luc Bouilleret, et un chouette défi pour celui qui a dû se former à la jungle des dispositifs et du vocabulaire liés aux migrants. Nicolas, diplômé dans l’animation et en management associatif, a été animateur ACE (Action Catholique des Enfants) durant 14 ans. Une bonne connaissance du terrain qui se révèle un atout. Car c’est bien tout le diocèse qui est mobilisé pour « des accompagnements fraternels, culturels et spirituels ». Pas moins de 20 collectifs paroissiaux, y compris au fin fond du Haut-Doubs, sont opérationnels pour héberger des migrants (en gîte ou chez l’habitant), les aider sur le plan administratif ou les emmener Aux Restos du Cœur. A Besançon, 80 bénévoles se relaient tous les soirs pour offrir le repas et passer la soirée dans un ancien presbytère reconverti en abri de nuit. D’autres bénévoles assurent des ateliers d’expression française avec le Secours catholique ou participent à l’activité « Cuisiner et dîner ensemble » avec les migrants hébergés en hôtels meublés. Sans compter les particuliers qui font table ouverte chez eux. Nicolas avoue avoir été « surpris par ces bonnes volontés : de nombreux pratiquants ont voulu donner du sens à leur foi et des chrétiens éloignés de l’Eglise se sont remis en route via la Pastorale des Migrants ».

Martine, passionnée par le rapport à l’autre martine_morancais_portrait

« Passionnant mais pas simple ». C’est ainsi que Martine Morançais qualifie son poste de salariée du diocèse de Meaux, dans des réalités loin de son autre mi-temps d’ingénieur en industrie aéronautique. Proposition lui a été faite d’un poste à la Pastorale des Migrants avec deux axes : l’accompagnement cultuel des communautés étrangères au sein des paroisses et celui des réfugiés primo-arrivants. Martine tente ainsi de « faire vivre un esprit de communion », à travers des célébrations telles qu’une messe des peuples à l’abbaye de Jouarre ou, à la cathédrale, une fête autour de Notre-Dame de Vaillankanni (le Lourdes indien) avec « Marie comme passerelle entre toutes les religions ». Martine mise également beaucoup sur l’interculturel. Des journées ont été organisées : « Familles d’ici et d’ailleurs », à l’occasion du Synode sur la famille et « Le deuil et la mort selon les cultures », afin d’aider les équipes funérailles. « On a toujours trop vite fait de résumer la complexité de l’autre. Il y a un lâcher prise à vivre par rapport à nos cadres, notre rationalité. On est toujours surpris par l’altérité dans de petites choses telles que le rapport au temps ou l’organisation d’une fête », témoigne Martine. Une autre partie de son activité consiste à participer aux collectifs de solidarité (alphabétisation, accès aux droits, convivialité) qui émergent après l’arrivée de vagues de migrants, suite à des démantèlements de camps sur Paris et sa proche banlieue. « Des gens sont touchés par une situation et cela déclenche une conscientisation ». La question des Roms étant également très prégnante en Seine-et-Marne, « tisser des liens avec les collectifs de soutien est très important pour essayer de trouver des solutions en collaboration avec les pouvoirs publics et qu’ainsi cette population soit moins stigmatisée ». Martine a choisi la commission « Aller aux périphéries » pour la réflexion synodale qui démarre dans le diocèse. Au niveau national, elle anime le Réseau Migrants de la Mission de France.

pere_jacques_rodier_portraitPère Jacques Rodier, souligner l’apport des migrants

Les récits missionnaires ont bercé son enfance. Souvenirs de Chine de  l’oncle d’une de ses grands-mères, lettres de Madagascar d’une religieuse, amie de son autre grand-mère et, à l’âge de 11 ans, la visite d’un prêtre de Lozère devenu évêque au Pérou, qui l’a « illuminé de joie ». Une fascination pour l’ailleurs telle que le Père Rodier a voyagé toute sa vie pour aller rencontrer des confrères. Pour autant, il admet avoir « passé son temps à ne pas se rendre compte qu’il y avait des étrangers autour de lui ». Recenser 72 nationalités en Lozère a donc été « une découverte extraordinaire ». D’abord aumônier de l’importante communauté portugaise de Mende, le Père Rodier n’est certes co-coordinateur de la Pastorale des Migrants pour la province de Montpellier que depuis un an, mais voilà longtemps qu’il œuvre à faire reconnaitre « l’apport des migrants » à l’Eglise et à la province. Ainsi avec les Scouts, il a organisé il y a deux ans, une journée d’hospitalité interculturelle et gastronomique. Les jeunes, accueillis dans des familles étrangères, apprenaient à cuisiner un plat, cherchaient pourquoi ces familles étaient arrivées en Lozère puis témoignaient à la messe dans la langue de la famille. Le Père Rodier a également contribué à créer une Fête des Peuples inter-associative qui vivra sa 5ème édition en 2017. Il se réjouit de la « synergie » qui existe entre le diocèse de Mende, les associations humanitaires, les élus et les services de l’Etat, très utile avec l’arrivée récente de 15 jeunes hommes de Calais, ainsi que d’autres familles. A la paroisse Saint-Frézal de Marvejols, où il est curé modérateur, le père Rodier dit veiller « un peu en père de famille » sur les 12 Sénégalais et Burkinabés de l’équipe de foot locale et « se régaler » de ses échanges avec son confrère du Burundi. Il se félicite de la présence en Lozère de 6 religieuses et 5 prêtres Fidei Donum venus d’horizons lointains.

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