La fraternité fait renaître des personnes

Rassemblement Diaconia 2013Jeudi 24 novembre à Paris, plusieurs groupes de l’association « Participation et Fraternité » ont réfléchi à la manière dont, dans leurs vies difficiles, la fraternité les aide et comment elle peut devenir une force pour la société et pour l’Église.  Par Chantal Joly

D’ordinaire, après le moment d’accueil, la réflexion commence par un exposé. Or ce matin, dans la crypte de l’église Saint François d’Assise (19ème), des chanteurs donnent l’esprit de la rencontre : « Si les hommes étaient une bande de frères ce serait tellement bien qu’on toucherait plus terre ». Puis chacun est invité à donner son lieu d’origine après avoir formé un cercle par ordre alphabétique des prénoms.

Personnes à la vie difficile, bénévoles associatifs, intervenants, animateurs (Daniel Maciel, diacre du diocèse de Lille, et Sœur Elisabeth Drzewiecki, sœur de St François d’Assise) ; tout le monde est sur un pied d’égalité. Chacun va donner son avis au long de la journée et exercer ses compétences (d’orateur, de dessinateur, de mime…). La démocratie participative s’applique ici pleinement.

Ainsi la matinée commence par un travail en mini-groupes pour échanger sur le mot « résister ». Chacun résume ensuite via des post-it ce qu’il met sous ce mot. Yolande commente : « Résister à la haine car ça bouffe les humains, on se détruit complètement » et Jean-Claude : « Quand on est indifférent, ça isole et l’isolement c’est la misère ». Puis Françoise, bénévole à Solidarité-Quartiers de Douai et Richard, accueilli dans une maison-relais de la communauté Magdala en banlieue lilloise, témoignent. Françoise raconte les moments très conviviaux des repas et des partages d’Évangile, sa joie de participer à la chorale « Les Ptits bonheurs*, la façon dont « celui qu’on aide nous apporte beaucoup ». Richard assure avoir trouvé dans la vie de famille de la maison-relais « des frères et des sœurs qui le font avancer » et du coup redécouvert « une sensibilité, de vraies valeurs, une légèreté ».

Les groupes s’emparent de ces propos pour réagir et dire dans quelles conditions on peut se relever de ce que Richard appelle un « crochepied de la vie ». Quelques phrases clé ressortent de la mise en commun : « quand on est isolé on n’arrive à rien » et cette belle formule : « avec les oreilles de son cœur on entend beaucoup mieux ».

Oser s’exprimer

François Soulage, ancien président du Secours Catholique et président actuel du collectif « Alerte » évoque cette écoute bienveillante et sans jugement qui « permet de sortir de la désespérance ». Il invite surtout les uns et les autres à faire entendre leur voix dans les instances qui se développent tels que les comités d’usagers des CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale) ou le 8ème collège du Conseil national de lutte contre l’exclusion, mais aussi dans le débat politique. « Pour intervenir, il faut, insiste-t-il, se préparer ensemble mais la force de ces petits groupes, c’est le fait qu’elles produisent des paroles collectives ». Et il ajoute : « La phrase du groupe Place et Parole des Pauvres de Diaconia « Nul n’est si pauvre qu’il n’a rien à partager » est prophétique ». Olivier, qui en a été membre, commente : « On est puissant et on ne le sait pas ».

Rester ouvert

Un exemple venu d’Amazonie  prouve la portée de ces paroles du terrain. Paulo Barbosa, un ami d’Alsace originaire du Brésil, donne en effet son expérience des Communautés ecclésiales de base dont sont issus les premiers syndicats de son pays, le Pape François poursuivant, estime-t-il, cette veine. Il explique comment tout nouvel arrivant y « est accueilli avec toute son histoire » à travers un geste symbolique l’abraço. Cette longue accolade va beaucoup inspirer les participants qui à travers un sketch, un mime ou un théâtre-image,  vont représenter la bonne manière d’accueillir. Mais attention à ne pas créer une fraternité sectaire ! Nathalie Bayet, bénévole à la Société St Vincent de Paul à Lessines, en Belgique, témoigne « avoir appris à aller vers les absents ». Tandis que le théologien Jean-Yves Baziou met en garde : « L’entre-nous doit toujours rester ouvert sur la cité, l’universalité ». Et de rappeler que l’Eglise est justement cette société « ouverte à n’importe qui », « le Christ montrant qu’on peut inventer un nouveau lien humain qui dépasse nos appartenances culturelles, raciales, religieuses ». « Jamais je n’avais pris ce recul à propos des dangers de la fraternité », avoue Richard. Quant à Abdel, il déclare : « la fraternité complète la prière ».

La journée se conclut par un patchwork d’expressions recueillies par Jean-Paul Redouin, le président de « Participation et Fraternité » avec cette déclaration : « il faut inlassablement amplifier ces lieux où la fraternité se dit et se vit ».

*Née suite à la participation des groupes de partage « Solidarité-Quartiers » dans la démarche DIACONIA et à la création d’une chorale à cette occasion.

Les fruits de Diaconia

Née dans l’élan de Diaconia 2013-Servons la Fraternité, l’association « Participation et Fraternité » promeut, met en œuvre et accompagne des dynamiques participatives à partir et avec des personnes en situation de précarité. Elle organise des « Formations-Action », assure des missions de conseil pour le compte des mouvements et services d’Eglise et anime chaque 4ème mardi du mois à 21h l’émission « Vous avez dit fragile ? » sur la radio RCF.

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