Journée Mondiale de la Vie Consacrée : Entretien avec Mgr José Rodriguez Carballo

Pour la Journée Mondiale de la Vie Consacrée, célébrée le 2 février, fête de la Présentation du Seigneur. Entretien avec Mgr José Rodriguez Carballo, secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. Par Romilda Ferrauto.

16 décembre 2014 : Mgr. José Rodri­guez CARBALLO, secrétaire de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, lors de la présentation du rapport final sur la visite apostolique des instituts religieux féminins des Etats-Unis. Vatican, Rome, Italie. December 16, 2014: Mgr. José Rodri­guez CARBALLO, secretary of the of the Congregation for the Institutes of Consecrated Life and the Societies of Apostolic Life, during press Conference for the presentation of the Final Report on the Apostolic Visitation of Institutes of Women Religious in the United States of America. Vatican, Rome, Italy.

Mgr Carballo, pourriez-vous nous rappeler tout d’abord quel est l’objectif de cette Journée et ce qui la caractérise cette année ?

L’objectif de cette Journée est de faire en sorte que le Peuple de Dieu dans son ensemble, à commencer bien sûr par les religieux eux-mêmes, prenne conscience de l’importance du don de la vie consacrée pour l’Église. Il faut que tous les baptisés accueillent ce don « cordialement ». Dans une lettre adressée à tous les religieux, en novembre 2014, à l’occasion de l’inauguration de l’Année de la vie consacrée, le pape François a demandé aux évêques d’accueillir « cordialement » le don de la vie consacrée. Il faut l’accueillir non pas tant en raison de ce que « font » les consacrés – même si c’est important – mais surtout en raison de ce qu’ils « sont ».

En ce qui concerne le thème, la devise, nous laissons aux Conférences épiscopales nationales une totale liberté de choix. Quant à nous, depuis le « centre », nous avons choisi d’insister sur la vie consacrée à la lumière du magistère du pape François. C’est pour cette raison que nous avons demandé au Bureau de presse du Saint-Siège de distribuer un ouvrage qui rassemble toutes les interventions du Saint-Père sur la vie consacrée et pour la vie consacrée, depuis le début de son pontificat jusqu’au 31 décembre 2017.

D’autant que le Souverain pontife est lui-même un religieux jésuite, un consacré.

Effectivement, et d’ailleurs il commence sa lettre aux consacrés par ces mots : Je vous parle en tant que Successeur de Pierre, mais je vous parle aussi en tant que consacré, religieux comme vous. Le pape François connaît la vie consacrée de l’intérieur. Voilà pourquoi son magistère est si riche et mérite vraiment d’être approfondi.

A plusieurs reprises, en s’adressant aux consacrés, le Saint-Père les a exhortés à ne pas avoir peur, à ne pas se replier dans une attitude défensive malgré la complexité et les difficultés actuelles. Pensez-vous, Mgr Carballo, qu’il s’agit là de l’un des messages essentiels de son magistère ?

Dès le début, le pape François n’a cessé d’appeler toute l’Eglise à ne pas avoir peur. Il dit qu’il préfère une Eglise sale parce qu’elle est en marche, plutôt qu’une Eglise propre mais immobile, enfermée dans son nid. Et il dit toujours aux consacrés : vous devez sortir, vous devez mettre de côté vos petites querelles, vos petits problèmes, pour aller à la rencontre de l’humanité, surtout de l’humanité blessée. C’est l’une des exhortations les plus pressantes du pape François aux consacrés. Il aime d’ailleurs beaucoup citer le texte biblique où le Seigneur dit au prophète Jérémie : N’aie pas peur de ces gens, car je suis avec toi pour te protéger.

Malheureusement, il y a de bonnes raisons d’avoir peur. La vie consacrée est un choix difficile dans la société actuelle. Le Saint-Père a lui-même exprimé sa vive inquiétude au sujet des nombreux abandons dans la vie religieuse. Il a parlé d’une « hémorragie ». Vous êtes, vous aussi, préoccupé par ce défi ?

Certainement. Je suis très préoccupé par les abandons, je l’ai dit et écrit à plusieurs occasions. Et je suis très content que le Saint-Père ait abordé cette triste réalité et qu’il l’ait qualifiée d’hémorragie ; car je suis convaincu qu’elle empêche la vie consacrée d’être plus présente dans le monde en tant que signe prophétique. Malheureusement, Paul VI relevait déjà que la fidélité n’est pas une vertu de notre temps. On le constate aussi dans le mariage, les couples qui se séparent. Donc, la fidélité n’est pas une vertu actuelle et le « pour toujours » fait peur. Et nous, religieux, consacrés, nous sommes issus de cette même société. Cela dit nous devons tenter de faire quelque chose pour enrayer cette hémorragie. Comment ?

Tout d’abord, par un discernement plus rigoureux des vocations, d’autant qu’aujourd’hui il n’est pas facile de professer les trois vœux de la vie consacrée : pauvreté, obéissance, chasteté. Cela veut dire aller à contre-courant. Il faut donc être prudent au niveau des vocations. Car il y a le risque de tomber dans une tentation qui a déjà été dénoncée par notre Congrégation dans un document intitulé Repartir du Christ. C’est la tentation du nombre et de l’efficacité. Car nous avons tant d’institutions à sauvegarder…nous avons besoin de main-d’œuvre…Mais il faut à tout prix éviter de tomber dans cette tentation car elle vient du Malin. La vie consacrée ne sera pas sauvée par le nombre mais par la qualité de vie évangélique de ceux qui choisissent d’embrasser cette vie.

Discernement donc. Puis, nous devons miser sur la formation et surtout sur la formation permanente. Faute de quoi, nous nous limiterons à endoctriner, à remplir les têtes de concepts. Et cela mène à l’idéologie. Or Jésus n’est pas une idée, c’est une personne ; l’Evangile n’est pas une idéologie, c’est une forme de vie. Dans Vita Consecrata, Jean-Paul II affirme que former c’est transformer les personnes pour qu’elles deviennent « alter Christus ». Donc, il ne suffit pas de remplir les têtes, car « on fabriquerait des monstres », pour reprendre une expression du pape François ; il faut remplir les cœurs de valeurs…avec des cours certes, mais surtout par le témoignage. La seule méthodologie que je considère adéquate dans la vie consacrée, et aussi dans la vie sacerdotale, c’est la « contagion ».

Quant à la formation initiale, elle doit être intégrale. Il faut donc être attentifs à la dimension humaine, et en particulier à la dimension affective et sexuelle. Car, dans notre contexte culturel, une personne qui veut faire vœu de chasteté a besoin d’un minimum de maturité affective. C’est grâce à une affectivité et une sexualité saines qu’on peut vivre la chasteté consacrée et le célibat pour le Royaume.

Et puis, il ne faut pas négliger la dimension chrétienne, car les jeunes, aujourd’hui, ne vivent plus dans un contexte religieux comme dans le passé. Certains de ceux qui frappent à la porte des couvents ne savent même pas réciter le Notre Père.  Il faut donc commencer par les rudiments de la vie chrétienne. Il faut enseigner l’importance de l’Eucharistie, du sacrement de réconciliation, de la dévotion mariale authentique…cela demande du temps, des catéchèses…Ensuite, la dimension charismatique : un franciscain doit former en accord avec l’esprit de Saint François, un carme en accord avec la spiritualité carmélitaine…en allant à l’essentiel.

Cette formation il faut l’accompagner. Nous avons donc besoin de formateurs. Là, il ne faut pas miser sur les diplômes mais sur le témoignage. Je propose toujours le récit des disciples d’Emmaüs pour accompagner la formation. Que fait Jésus ? Que doit faire un formateur : marcher avec les disciples…les interroger, les provoquer… interpréter la situation qu’ils sont en train de vivre…les conduire à Jésus qui est le formateur par excellence…La grandeur du formateur, c’est qu’il est l’instrument de la rencontre entre deux libertés : celle du Seigneur qui appelle et celle du jeune qui répond ; mais il n’est rien de plus qu’un instrument. Le formateur est un constructeur de ponts. Mais un pont doit se laisser piétiner s’il veut permettre que l’on aille d’une rive à l’autre. Enfin, comme Jésus avec les disciples d’Emmaüs, il ne doit pas donner de réponses à la place des candidats mais mettre ceux-ci en condition de pouvoir répondre.

Mgr Carballo, vous avez beaucoup insisté sur l’importance de la formation et du discernement. Mais vous admettrez que la vie religieuse est affaiblie non seulement par le contexte social actuel mais aussi par des problèmes internes : les contre-témoignages, les divisions, les rivalités….

Avant tout, nous devons partir de ce principe : l’Eglise, et donc la vie consacrée, est composée de saints mais aussi de pécheurs. Et cela ne doit pas nous scandaliser. Qu’il suffise de penser au groupe des douze, les premiers à suivre Jésus. Ils ont tous trahi, ils ont tous abandonné Jésus…à une différence près, une différence de taille : onze d’entre eux sont rentrés au bercail, le douzième ne l’a pas fait ; c’est la grande différence.  Pierre a lui aussi renié Jésus, et pourtant c’est justement sur lui que Jésus a voulu bâtir son Eglise.

Cela dit, il y a des scandales très graves. Je pense aux abus sexuels. Dans ce domaine, l’Église doit appliquer la tolérance zéro, car il s’agit de crimes ! Dans notre dicastère, nous suivons la ligne adoptée par Benoît XVI et ensuite confirmée et réaffirmée par le pape François : la tolérance zéro face aux abus. C’est un grave contre-témoignage. Mais là aussi, je suis persuadé qu’après le nécessaire élagage, l’arbre retrouvera sa beauté et portera des fruits abondants. J’ai été très frappé par ce qui s’est passé aux Etats-Unis, le premier pays confronté, de manière très grave, aux scandales de pédophilie dans l’Église. Mais le Seigneur continue à bénir l’Eglise de ce pays par des vocations. Cela est très significatif.

Pour conclure, je ne suis pas découragé. La crise est sérieuse, nous ne pouvons pas le tolérer. Mais en même temps, nous devons avoir confiance dans le Seigneur qui a dit : Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle, l’Église.

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