Commentaires du dimanche 15 avril

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 15 avril 2018

3éme dimanche de Pâques


PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 3, 13… 19

En ces jours-là, devant tout le peuple,
Pierre prit la parole :
« Hommes d’Israël,
13 le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
le Dieu de nos pères,
a glorifié son serviteur Jésus,
alors que vous, vous l’aviez livré ;
vous l’aviez renié en présence de Pilate, qui était décidé à le le relâcher,
vous l’aviez rejeté.
14 Vous avez renié le Saint et le Juste
et vous avez demandé
qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.
15 Vous avez tué le Prince de la vie
lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
nous en sommes témoins.
17 D’ailleurs, frères, je sais bien
que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs.
18 Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé
par la bouche de tous les prophètes :
que le Christ, son Messie, souffrirait.
19 Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu
pour que vos péchés soient effacés. »


LA GUERISON DE L’INFIRME DE LA BELLE PORTE
Pierre s’adresse à un public juif : « Hommes d’Israël ». Il leur parle comme à des frères, il dit « frères » d’ailleurs, mais en même temps on voit bien qu’il n’est plus tout à fait du même bord, si l’on peut dire ; il est clair qu’il a pris parti pour Jésus-Christ et il s’adresse à ceux qui sont responsables de sa mort, « responsables mais pas coupables », dirait-on aujourd’hui. Ce public auquel il s’adresse est certainement tout ouïe parce qu’il vient d’assister à quelque chose d’extraordinaire :
nous sommes au Temple de Jérusalem, vers trois heures de l’après-midi, l’heure de la prière. A l’une des portes du Temple, celle qu’on appelle la Belle Porte, un infirme tendait la main aux passants, comme chaque jour, depuis des années ; parmi ces passants, se trouvaient Pierre et Jean ; et Pierre a dit au mendiant « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! » Et, raconte Luc, prenant l’infirme par la main droite, Pierre l’a fait lever ; à l’instant même l’homme a senti ses pieds et ses chevilles s’affermir ; d’un bond, il était debout, lui qui n’avait jamais marché, et il est entré dans le Temple, en marchant, en bondissant plutôt, et en louant Dieu.
Evidemment, après une chose pareille, les spectateurs sont prêts à écouter les explications. Pierre improvise donc un discours : « Israélites, pourquoi vous étonner de ce qui vient d’arriver ? Et pourquoi nous regardez-vous comme des bêtes curieuses ? Ce n’est ni notre piété personnelle ni notre propre puissance qui ont fait ce miracle… C’est Jésus lui-même qui l’a guéri. » Voilà donc le contexte dans lequel Pierre prend la parole : c’est une véritable plaidoirie ; pour lui, il s’agit de faire franchir à ses interlocuteurs une étape capitale dans la foi ; tous partagent la même foi dans le Dieu des Pères, tous attendent le Messie, tous connaissent les prophéties de l’Ancien Testament ; mais comment les convaincre que ces prophéties concernaient Jésus-Christ ? Au fond Pierre essaie d’ouvrir les yeux des Juifs sur ce qu’on peut appeler une « erreur judiciaire ».

UNE ERREUR JUDICIAIRE
L’erreur, d’après Pierre, c’est d’avoir livré à tort un innocent à la justice, d’avoir fait grâcier un meurtrier, Barabbas, et obtenu la peine de mort contre l’innocent, tout cela par ignorance. L’erreur, c’est de n’avoir pas reconnu dans cet homme juste le Messie.
Jésus lui-même l’a dit sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).
Il faut reconnaître qu’il y avait de quoi se tromper ; Jésus de Nazareth ne ressemblait guère au Messie qu’on attendait. Et sa mort même, sa déchéance plaidait contre lui ; sûrement, si Dieu était comme l’on croyait, il lui aurait évité de souffrir…
Pierre affirme tranquillement « Dieu avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait ». En fait, on ne trouve nulle part dans l’Ancien Testament une affirmation aussi claire du genre « le Messie de Dieu sera d’abord rejeté, injustement condamné, mais c’est comme cela qu’il sauvera l’humanité » ; on trouve beaucoup d’annonces du Messie sous les traits d’un roi qui libérera son peuple, d’un prêtre qui obtiendra le pardon des péchés, d’un prophète qui apportera le salut de Dieu, d’un Fils de l’homme victorieux de toutes les forces du mal ; mais dans toutes ces annonces, on entend surtout un langage de victoire ; restent les fameux chants du Serviteur et en particulier le chant du Serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe, mais, visiblement, ils n’inspiraient guère les chefs des prêtres à l’époque de Jésus. Bien sûr, après coup, pour ceux qui ont été témoins de la résurrection du Christ, pour ceux dont le coeur a été « ouvert à l’intelligence des Ecritures », comme dit ailleurs Saint Luc, tout est lumineux ; ils relisent les prophéties d’Isaïe et ils redécouvrent ces fameux textes qui présentaient le Messie sous les traits d’un Serviteur innocent mais persécuté et finalement mis à mort avant d’être glorifié par Dieu, et ils les relisent comme une annonce des souffrances et de la glorification de Jésus.

LE SERVITEUR SOUFFRANT ANNONCE PAR ISAIE
Le quatrième chant du Serviteur, en particulier, s’applique parfaitement à la Passion du Christ : « Il n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions. Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions frappé par Dieu et humilié… »
Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé… Il a été retranché de la terre des vivants…
Ce texte dit aussi la glorification du Serviteur souffrant : « Voici que mon Serviteur triomphera, il sera haut placé, exalté, élevé à l’extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet, de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées… Sitôt reconnu comme juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules… » (Is 53, 2… 11).
On voit bien l’importance qu’un tel texte a pu prendre pour les premiers Chrétiens dans leur méditation sur le mystère du Christ.
Et c’est à cette découverte-là que Pierre veut amener les Juifs aux quels il adresse son discours ; et il leur dit « rien n’est jamais perdu ; il est toujours temps de réparer une erreur judiciaire, de réhabiliter un innocent ; et la merveille de la miséricorde de Dieu, c’est qu’elle s’applique à vous, justement, la prière du Christ : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Je sais bien que vous agi dans l’ignorance, vous et vos chefs… Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés ».


PSAUME – 4, 2. 4. 7. 9

2 Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

4 Sachez que le SEIGNEUR a mis à part son fidèle
Le SEIGNEUR entend quand je crie vers lui.
7 Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage !

9 Dans la paix, moi aussi,
je me couche et je dors ;
car tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR,
seul, dans la confiance.


LE SEIGNEUR ENTEND QUAND JE CRIE VERS LUI
Il est bien court, ce psaume 4 (qui ne comporte en tout que neuf versets ; nous en lisons trois ici) ; mais il est riche de toute la foi d’Israël, de toute cette longue histoire d’Alliance entre le peuple élu et son Dieu, pendant des siècles. Confiance et supplication mêlées, fierté et bonheur d’être le peuple élu, découverte du Dieu libérateur, tout y est. Premièrement, la prière du peuple d’Israël est faite de confiance et supplication mêlées : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! » Et encore : « Le Seigneur entend quand je crie vers lui » (verset 4). Dans toute prière juive, nous trouvons ce mélange d’action de grâce et de supplication ;
à tel point que le même mot « Hosanna » est employé pour dire à la fois « Seigneur, tu nous sauves, gloire à toi » ET « S’il te plaît, Seigneur, sauve-nous ».
Un autre psaume dit : « Dieu notre Dieu nous bénit, Que notre Dieu nous bénisse » ! C’est logique : quand on adresse une prière à quelqu’un, on reconnaît implicitement qu’il peut et veut notre bien ; sinon, on ne le prierait pas ! Et quand nos enfants nous demandent quelque chose, nous sommes heureux et fiers, car c’est une preuve de confiance qu’ils nous donnent.
Le peuple d’Israël ne nous a pas attendus pour savoir que le dessein de Dieu n’est que bienveillant et que sa toute puissance est celle de l’amour. Jésus disant à son Père « Je sais bien que tu m’exauces toujours » était bien un fils d’Israël. Au sein même de cette certitude, la prière peut se faire « cri » parce que la foi la plus pure ne dispense pas de souffrir ; et il y a bien dans nos vies des moments où la détresse nous fait non pas « prier » mais « crier »… C’est l’un des cadeaux de la Bible que de nous révéler qu’il est permis de « crier »…
Deuxième trait de la foi juive, la fierté, le bonheur d’être le peuple élu, mis à part, consacré. C’est le sens du dernier verset : « Tu me donnes d’habiter, SEIGNEUR, seul, dans la confiance » : en réalité, ici, le mot « seul » veut dire « à part ». « Habiter à part, dans la confiance », en langage biblique, cela signifie qu’on sait où est le vrai bonheur : les étrangers nous demandent « qui nous fera voir le bonheur ? » Eh bien, nous, nous savons où réside le bonheur de l’homme, c’est dans l’Alliance avec notre Dieu.
Nous avons entendu également : « Le SEIGNEUR a mis à part son fidèle », et le mot « fidèle », en hébreu, c’est le « hassid », le bien-aimé ; et on sait bien que ce choix, cette élection comme on dit, est pur choix de Dieu, inexplicable, immérité, comme tous les choix d’amour… Ce n’est pas une affaire de mérite : on n’oublie jamais cette phrase du Deutéronome : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples… Ce n’est pas parce que tu es juste ou que tu as le coeur droit que tu vas entrer prendre possession de ce bon pays… car tu es un peuple à la nuque raide » (Dt 7, 7 ; 9, 5…7). On n’en tire donc pas orgueil, c’est un fait, tout simplement ; un fait qui nourrit la confiance éperdue qui ne quitte jamais Israël, même dans les situations les plus dramatiques : « Dans la paix, je me couche et je dors ; car tu me donnes d’habiter, Seigneur, à part, dans la confiance » ; source de bonheur et de fierté, cette élection est source aussi de bien des persécutions, au long des siècles ; cette mise à part signifie aussi isolement, incompréhension : inévitablement, « à part » signifie aussi « différent ».

HABITER DANS LA CONFIANCE
Enfin, troisième aspect de la prière d’Israël, la découverte du Dieu libérateur. « Toi qui me libères dans la détresse… », ce n’est pas un effet de style, c’est l’expérience qui parle ! Il ne faut pas oublier que la première expérience qu’Israël a faite de Dieu, c’est l’Exode : Dieu a entendu la souffrance des esclaves, des humiliés et il les a libérés de l’Egypte, la maison de servitude, selon l’expression consacrée. Et si Dieu a libéré son peuple de la domination du Pharaon, ce n’est pas pour lui imposer une autre domination, la sienne ; c’est pour lui offrir le bonheur et la liberté ; là, ce psaume consonne très fort encore une fois avec les méditations du livre du Deutéronome ; notre psaume dit : « Tu as versé la joie dans mon coeur plus qu’au temps où débordent le froment et le vin… tu me donnes d’habiter, à part, dans la confiance » et en écho le Deutéronome : « Confiant, Israël se repose ; elle coule à l’écart, la source de Jacob, vers un pays de blé et de vin nouveau, et le ciel même y répand la rosée » (Dt 33, 28).
Cette expérience du Dieu libérateur n’appartient pas seulement au passé tel qu’il est raconté dans le livre de l’Exode : il y a dans nos vies bien d’autres maisons de servitude et Dieu a été découvert comme celui qui accompagne toute entreprise de libération. « Toi qui me libères dans la détresse… », c’est au présent. Il y a là l’expression d’une véritable expérience de foi : l’homme religieux dit « J’aime Dieu », le croyant dit « Dieu m’aime et me libère ».
Enfin, il faut entendre cette magnifique formule de bénédiction, « Sur nous, SEIGNEUR, que s’illumine ton visage ! » C’est le souhait le plus cher du croyant pour ceux qu’il aime ; c’est la formule du livre des Nombres « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde, qu’il fasse sur toi rayonner son Visage, que le SEIGNEUR te découvre sa Face, qu’il te prenne en grâce et t’apporte la paix. » (Nb 6, 24-26).


DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 2, 1 – 5a

1 Mes petits enfants,
je vous écris cela pour que vous évitiez le péché.
Mais si l’un de nous vient à pécher,
nous avons un défenseur devant le Père :
Jésus Christ, le Juste.
2 c’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés,
non seulement des nôtres,
mais encore de ceux du monde entier.
3 Voici comment nous savons
que nous le connaissons :
si nous gardons ses commandements.
4 Celui qui dit : « Je le connais »,
et qui ne garde pas ses commandements,
est un menteur :
la vérité n’est pas en lui.
5 Mais en celui qui garde sa parole,
l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.


TOUS, PECHEURS PARDONNES
Jean développe ici trois certitudes : premièrement, nous sommes tous pécheurs ; deuxièmement, nous sommes tous des pécheurs pardonnés ; troisièmement, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés.
Premièrement, nous sommes tous pécheurs : même si le péché n’est pas notre sujet de conversation le plus habituel, nous savons bien et nous disons volontiers que « nul n’est parfait » ; si Jean dit : « Mes petits enfants, je vous écris pour que vous évitiez le péché », cela veut bien dire qu’il considère la vie chrétienne comme un combat ; nous sommes tous des êtres partagés, nous avons tous un côté ombre et un côté lumière.
Et chacun de nous peut dire comme Paul : « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais » (Rm 7, 15). Isaïe, lui aussi, le grand Isaïe, prenant conscience de la sainteté de Dieu, s’écriait : « Je ne suis qu’un homme aux lèvres impures » (Is 6, 5).
Et Jean, dans cette même première lettre, constate « le monde tout entier gît sous l’empire du Mauvais » (1 Jn 5, 19). On n’a pas le droit de se voiler la face sur cette vérité-là et de se prendre pour des purs ! Quelques lignes avant le passage d’aujourd’hui, Jean a dit crûment : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8).
Mais, et voilà la deuxième certitude, la grande nouvelle de la Bible, ce n’est pas que nous sommes pécheurs, c’est que nous sommes pardonnés ; l’annonce de Jésus à tous ceux qu’il rencontre dans les Evangiles, c’est « tes péchés sont pardonnés ». Et le Credo nous fait dire non pas « je crois que nous sommes pécheurs », mais « je crois à la rémission des péchés ». La conclusion de cette lettre, c’est « Je vous ai écrit tout cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui avez la foi au nom du Fils de Dieu »… Un des axes de la pédagogie biblique a certainement été de faire passer l’homme du sentiment de culpabilité à l’accueil humble et reconnaissant du pardon de Dieu.
On en a un exemple dans le psaume 50/51 qui commence par dire « ma faute est toujours devant moi sans relâche » (voilà le sentiment de culpabilité) et qui ajoute « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait » (là s’amorce le repentir, versets 5-6).
La véritable attitude pénitentielle, ce n’est pas de faire le compte de nos péchés, c’est d’accueillir le pardon de Dieu qui nous précède toujours. De l’accueil de l’enfant prodigue par le Père à la phrase de Jésus à la femme adultère, l’évangile répète ce que l’Ancien Testament avait déjà dit, à savoir que le pardon de Dieu est toujours offert. Le sentiment de culpabilité nous emprisonne, on peut même dire nous « empoisonne » ; la vérité nous libère : cette vérité, c’est à la fois nous sommes pécheurs, et Dieu est Amour et Pardon, nous sommes pardonnés.
C’est bien le sens des affirmations de Jean : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8)… « Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité » (1 Jn 1, 9).

JESUS, NOTRE DEFENSEUR
Enfin, troisième certitude exprimée par Jean dans le texte d’aujourd’hui, c’est en Jésus que nous sommes pardonnés : « Si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste. Il est la victime offerte pour nos péchés… » L’expression « victime offerte pour nos péchés » n’est pas compréhensible dans notre mentalité d’aujourd’hui. Pour la comprendre, il faut nous reporter à la liturgie juive des contemporains de Jean. Tout au long de l’Ancien Testament, le peuple juif avait conscience d’être pécheur, d’être infidèle à l’Alliance et, pour renouer cette Alliance, il offrait des sacrifices, des victimes, au temple de Jérusalem. Désormais, dit Jean, ce culte-là est révolu ; Jésus s’offre lui-même pour rétablir définitivement l’Alliance entre Dieu et les hommes. Quand Jean, dans son évangile, désigne Jésus comme « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », c’est exactement la même chose.
Et la lettre aux Hébreux affirme que « Jésus supprime le premier culte pour établir le second » : « En entrant dans le monde, le Christ dit : de sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu. Mais tu m’as façonné un corps. Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu. Alors j’ai dit me voici… je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté. » (He 10). En Jésus une étape décisive de l’histoire de l’humanité a été franchie : ce n’est plus au Temple de Jérusalem que nous recevons le pardon de Dieu, c’est dans l’union au Christ mort et ressuscité.1 Une union offerte à tous les hommes : « Il est la victime offerte pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. » Jésus l’a précisé lui-même à plusieurs reprises, en particulier dans l’institution de l’Eucharistie : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14, 24).
Mais l’expression « victime offerte » peut prêter à contresens ! Si nous relisons bien la lettre aux Hébreux, elle nous dit que, avec Jésus-Christ, cette formule « victime offerte » a complètement changé de sens. Ce n’est pas par des actions que Jésus nous sauve du péché, c’est par son être même : lui qui est sans péché, c’est-à-dire qu’il ne quitte pas la présence du Père, qu’il est sans cesse « tourné vers le Père » (comme dit le Prologue de l’évangile de Jean), c’est-à-dire en perpétuel dialogue d’amour avec Dieu, avec le Père. Il est en même temps auprès de nous pour nous réconforter, nous assister. Jean emploie le mot « Défenseur » pour désigner ce lien désormais tissé entre Dieu et l’humanité : « Nous avons un Défenseur devant le Père ». Comme dit magnifiquement la première prière eucharistique pour la réconciliation, désormais « ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de l’Alliance ».
—————————
Note
1 – De manière imagée, Jean disait la même chose dans l’épisode de la Purification du Temple : lorsque Jésus proclamait « Détruisez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai », Jean commentait « Le Temple dont il parlait c’était son corps. »


EVANGILE – selon Saint Luc 24, 35 – 48

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs
racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons
35 ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur
s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
36 Comme ils en parlaient encore,
lui-même fut présent au milieu d’eux,
et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
37 Saisis de frayeur et de crainte,
ils croyaient voir un esprit.
38 Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous bouleversés ?
Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre coeur ?
39 Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !
Touchez-moi, regardez :
un esprit n’a pas de chair ni d’os
comme vous constatez que j’en ai. »
40 Après cette parole,
il leur montra ses mains et ses pieds.
41 Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire,
et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit :
« Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
42 Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
43 qu’il prit et mangea devant eux.
44 Puis il leur déclara :
« Voici les paroles que je vous ai dites
quand j’étais encore avec vous :
Il faut que s’accomplisse
tout ce qui a été écrit à mon sujet
dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
45 Alors il ouvrit leur intelligence
à la compréhension des Ecritures.
46 Il leur dit :
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait,
qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
47 et que la conversion serait proclamée en son nom,
pour le pardon des péchés,
à toutes les nations,
en commençant par Jérusalem.
48 A vous d’en être les témoins. »


LE PROJET DE DIEU EN MARCHE
La phrase qui est au coeur de ce texte nous parle d’accomplissement : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » Le thème de l’accomplissement court dans toute la Bible ; on pourrait comparer Dieu à un artiste qui a conçu une oeuvre d’art : je me rappelle un sculpteur qui a entrepris, il y a quelques années, pour une église, une énorme croix en bronze doré. Dès les premiers croquis, il l’imaginait, il la voyait, et, déjà, elle le remplissait de joie ; il a fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années, pour que son rêve devienne réalité : il a fallu aussi des collaborateurs qui lui ont fait confiance puisque lui seul avait le secret de son chef-d’oeuvre ; elle est née, enfin, l’oeuvre, après bien des efforts, des fatigues, la chaleur du four, et tous enfin, ont su à quelle merveille ils avaient collaboré. Après coup, ils peuvent enfin dire « oui, il fallait » bien tout cela pour en arriver là !
Le dessein bienveillant de Dieu qui se réalise dès « avant la fondation du monde », comme dit Paul, est bien plus grandiose qu’une oeuvre d’art, si belle soit-elle ! Et on peut lire tout au long de la Bible, l’histoire de ce projet en marche : la longue patience de Dieu à travers le temps, les étapes et les débuts de réalisation, les échecs et les recommencements, les collaborations. Dire que le dessein bienveillant de Dieu s’accomplit dans l’Histoire des Hommes, c’est dire que l’Histoire de l’Humanité a un « SENS », c’est-à-dire à la fois une « signification » et une « direction ». C’est un article de notre foi. Ce qui veut dire que nous n’avons jamais le droit de céder à la morosité ambiante ! Les croyants sont tournés vers l’avenir (l’à-venir) et non vers le passé ! Dans le Notre Père, ils disent : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », en d’autres termes, « que s’accomplisse ton projet ».

DIEU CHERCHE DES COLLABORATEURS
Comme notre sculpteur, Dieu cherche des partenaires pour son projet : la Bible nous dit que, depuis toujours Dieu propose à l’humanité de collaborer à son grand projet : il y a eu Adam, Noé, Abraham… et le choix du peuple d’Israël pour être le partenaire de Dieu au service de l’humanité tout entière.
Ce choix de Dieu qu’on appelle l’élection d’Israël reste valable encore aujourd’hui : cette Alliance proposée à Israël n’a jamais été dénoncée par Dieu ! Israël est encore le peuple élu, car « Dieu ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2, 13).
Puis le Christ a pris chair au sein de ce peuple élu, et enfin, il a transmis la mission à tous ceux qui veulent bien entrer dans son Eglise.
« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit-il dans l’évangile de Jean (Jn 20, 21).
Bien sûr, à force de parler de projet de Dieu, on peut se demander ce que devient notre Liberté. Or, l’une des découvertes d’Israël, c’est que Dieu ne tire pas toutes les ficelles, l’homme a une responsabilité dans son histoire ; il n’y a pas un scénario écrit d’avance. Au contraire, Dieu respecte la liberté de l’homme ; et, d’après Saint Pierre, c’est justement parce que Dieu respecte la liberté de l’homme que le projet n’avance pas plus vite !
« Le Seigneur ne tarde pas à accomplir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. » (2 P 3, 9).
Quand les croyants relisent les Ecritures, ils y déchiffrent cette longue patience de Dieu.
Pierre dit encore : « Il y a une chose en tout cas, mes amis que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour » (2 P 3, 8).
Quand le Christ dit à ses apôtres « Il fallait », il leur apprend justement à reconnaître sous la surface des jours et des millénaires la lente mais sûre maturation de l’humanité nouvelle qui sera un jour réunie en lui. C’est cela « l’intelligence des Ecritures ». Non pas « c’était écrit, programmé » ; mais c’est dans la ligne de l’oeuvre de Dieu. Alors, pour les disciples, tout est devenu lumineux : bien sûr, le Dieu d’amour et de pardon ne pouvait qu’aller jusqu’au bout de l’amour et du pardon ; bien sûr, l’Alliance d’amour parfaite entre Dieu et l’humanité ne pouvait être scellée que dans l’homme-Dieu, celui qui est l’amour même. Bien sûr, pour nous entraîner au-delà de la mort, dans la lumière de la Résurrection, il fallait qu’il traverse lui-même la mort ; bien sûr, pour nous apprendre à surmonter la haine avec la seule force de l’amour, il fallait qu’il affronte lui-même la haine et la dérision ; bien sûr, pour inaugurer l’humanité qui connaît le Père, il fallait qu’il vienne nous révéler le vrai visage de Dieu sur un visage d’homme : « Qui m’a vu a vu le Père » ; ce « il fallait », Jésus lui-même l’a expliqué à Pilate au cours de la Passion (Jn 18, 37) : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité… »
—————————-
Complément
Notre mission de collaboration au projet de Dieu, c’est d’annoncer à notre tour (et de vivre le mieux possible) le dessein bienveillant de Dieu. C’est ce que Paul appelle « achever dans notre chair ce qui manque à l’oeuvre du Christ ». « Achever dans notre chair » voulant dire tout simplement mettre notre vie quotidienne au service de ce grand projet.
Voilà la phrase de Paul : « Ce qui manque aux détresses du Christ, je l’achève dans ma chair pour son Corps qui est l’Eglise ; j’en suis devenu le ministre en vertu de la charge que Dieu m’a confiée à votre égard : achever l’annonce de la Parole de Dieu, le mystère tenu caché tout au long des âges et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints. Il a voulu leur faire connaître quelles sont les richesses et la gloire de ce mystère parmi vous… » (Col 1, 24-26).


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