Voyage du Pape au Chili et au Pérou : les enjeux

Le pape entame ce lundi 15 janvier son 22e voyage apostolique à l’étranger, le sixième en Amérique latine. Un voyage d’une semaine qui le conduira au Chili puis au Pérou. François sera le premier pape à se rendre au cœur de l’Amazonie. Il regagnera Rome le lundi 22 janvier. Par Romilda Ferrauto.

19 décembre 2017 : Portrait du pape François. Vatican. December 19, 2017: Portrait of Pope Francis. Vatican.

Après avoir visité, au mois de novembre, les périphéries asiatiques, en Birmanie et au Bangladesh, le pontife argentin retrouve cette fois-ci un environnement qui lui est familier : le Saint-Père a vécu pendant près d’un an et demi au Chili et il s’est rendu plusieurs fois au Pérou. Et pourtant, ce nouveau périple est loin d’être facile.

Pour le Vatican, l’enjeu principal du voyage sera la rencontre avec les peuples autochtones : les Mapuche, au Chili et les communautés amazoniennes au Pérou, des populations victimes des effets pervers du progrès. Le défi est de taille d’autant qu’un synode spécial sur l’Amazonie est prévu à Rome en octobre 2019. En annonçant sa convocation, il y a trois mois, le pape avait précisé que l’objectif serait de trouver de nouvelles voies d’évangélisation pour des peuples souvent oubliés, privés de toute perspective d’avenir et d’analyser la crise qui frappe de plein fouet la forêt amazonienne, poumon vert de notre planète.

8 avril 2016 : Synode sur la famille, présentation de l'exhortation apostolique post-synodal du pape François, Amoris Laetitia (la Joie de l'Amour), par le Card. Lorenzo BALDISSERI. Salle de presse, Vatican, Rome. April 8, 2016: Card. Lorenzo BALDISSERI during the presentation of Pope Francis' post-synodal Apostolic Exhortation, Amoris Laetitia or The Joy of Love. Holy See Press Office at the Vatican.

Le cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode des évêques pour les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, sera d’ailleurs présent le 19 janvier dans la ville péruvienne de Puerto Maldonado où François donnera symboliquement le coup d’envoi de cette assemblée extraordinaire et distribuera des exemplaires de son encyclique Laudato sì’, traduite dans plusieurs langues locales.

Des ombres au tableau

Mais si le Saint-Père et ses collaborateurs ont les yeux tournés vers l’Amazonie, sur place deux autres dossiers sensibles mobilisent les passions : la controverse suscitée au Pérou par l’amnistie accordée à l’ancien président Fujimori, et surtout les scandales de pédophilie qui ont gravement terni l’image de L’Église, au Chili notamment. Le cas de l’évêque d’Osorno, nommé par François et soupçonné d’avoir couvert un prêtre pédophile, risque bien d’empoisonner ce voyage. Devant les journalistes, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Greg Burke, a assuré que le Vatican n’était pas inquiet.

Mais depuis des semaines, au Chili, on assiste à une escalade alarmante. Le mécontentement se focalise sur la manière dont le Souverain pontife et l’Eglise auraient géré la plaie des abus. Mais la contestation est dirigée également contre le coût de la visite du pape. A la veille de son arrivée, des églises catholiques ont fait l’objet d’actes de vandalisme, tandis que la nonciature apostolique de Santiago était occupée par des manifestants, du jamais vu ! Des incidents ont également été signalés au Pérou.

Un programme chargé

Un voyage à risque donc, mais également intense et éprouvant. A Santiago, le pape visitera un pénitencier féminin où vivent aussi des enfants. Dans le Nord du Chili, il rencontrera deux victimes de la répression des années 1970, sous la dictature de Pinochet. Au Pérou, il visitera un centre d’accueil pour enfants exploités dans des mines illégales et parcourra une région dévastée en mars dernier par des pluies diluviennes causées par El Niño. François priera aussi avec des religieuses contemplatives. Et en survolant l’Argentine, il ne manquera pas d’adresser un message à son pays natal, un message qui s’annonce « intéressant » selon les mots de Greg Burke.

Il s’agira d’un voyage atypique, mais des experts de la région font valoir que le fait d’associer ces deux pays n’est pas dû au hasard. Au Chili comme au Pérou, deux nations économiquement solides, le poids du passé pèse encore très lourd, tandis que la démocratie y est minée par les scandales de corruption, qui entravent la lutte contre la pauvreté. Bien conscient de la gravité de la situation, le Saint-Père est déterminé à faire passer un message de paix et d’unité ; il effectuera son voyage comme un pèlerin de la joie et de l’espérance, une espérance fondée sur l’Évangile. Les foules seront au rendez-vous et, de l’aveu-même de Greg Burke, les surprises hors-programme ne sont pas à exclure.

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