Le Pape François au Pérou

« Nous allons nous voir bientôt, mais en attendant, travaillez dans l’unité et dans l’espérance », disait le Pape François lors de son premier message adressé au Pérou. Et le slogan choisi pour cette visite reprend les mêmes mots : Unis dans l’espérance.

22 septembre 2017 : Le pape François reçoit en audience privée Pedro Pablo KUCZYNSKI, président de la République du Pérou. Vatican. September 22, 2017: Pope Francis meets Mr. Pedro Pablo KUCZYNSKI President of the Republic of Peru during a private audience at the Vatican.

22 septembre 2017 : Le pape François reçoit en audience privée Pedro Pablo KUCZYNSKI, président de la République du Pérou.

Unité et espérance, deux attitudes dont le pays qui attend le pape du 18 au 21 janvier a bien besoin en ce moment. Il y a deux semaines le président de centre droit Pedro Pablo Kuczynski, au pouvoir depuis l’été 2016, était au bord de la destitution, pour « incapacité morale permanente », à la suite d’accusations de corruption dans l’affaire Odebrecht. Cette entreprise brésilienne de travaux publics est aux commandes de chantiers dans une trentaine de pays, et l’on en train de découvrir peu à peu les secrets de son « département pot-de-vin », qui aurait versé cinq millions de dollars à des entreprises directement liées au président péruvien alors qu’il était ministre. Il a contre toute attente évité de peu la destitution, mais 57% des Péruviens demandent son départ. Certains attribuent le salut politique de PPK à un accord supposé sur la grâce accordée quelques jours plus tard à l’ancien président Alberto Fujimori, condamné en 2009 pour crime contre l’humanité. Quelle espérance et quelle unité pour ce pays politiquement et économiquement fragilisé ?

Du côté de l’Église, l’unité est également loin d’être un acquis. La division s’est approfondie dans la Conférence épiscopale. Il y a d’une part un groupe d’évêques qui soutiennent le cardinal Juan Luis Cipriani, archevêque de Lima, membre de l’Opus Dei. Ce groupe se compose d’évêques proches de l’Opus Dei, le Sodalitium, le Néo-catéchuménat ou d’autres mouvements de la même tendance. Et d’autre part un groupe d’évêques de différentes orientations mais en désaccord avec le cardinal, le modèle d’Eglise qu’il représente, et ses prises de position politiques. Le fait que l’archevêque de Lima n’ait jamais été élu président de la Conférence est le résultat de ces oppositions. Et l’un des révélateurs aura été le long conflit entre le cardinal Cipriani et l’Université pontificale catholique du Pérou, dont il voulait prendre le contrôle. En 2012, celle-ci perdait son titre de « pontificale » et « catholique », qu’elle retrouvera en 2016 sur décision du Pape François après la nomination d’une commission cardinalice en 2014.

L’Église du Pérou se situe entre deux tendances, l’une davantage cultuelle et l’autre marquée par l’engagement et le témoignage dans la société. Elle connaît des positions pastorales divergentes face aux questions de société, comme l’extractivisme ou les conflits liés à la terre, les questions relatives à la sexualité, le développement, les droits humains, etc. Elle est également confrontée à de graves accusations d’abus physiques et psychologiques visant le fondateur et des membres du Sodalitium, l’un des mouvements les plus importants et les plus conservateurs du Pérou.

L’Église que va rencontrer le pape est encore elle-même en développement, avec environ la moitié des évêques qui sont d’origine étrangère, et plus de la moitié membres d’une congrégation religieuse ou d’un mouvement. Elle est en développement également parce que la croissance de la population oblige à repenser les lieux et les modes de présence. Parce qu’il s’agit de développer la formation et le murissement de la foi, en tenant compte de la forte religiosité populaire ainsi que de la montée des églises évangéliques. En tenant compte aussi de la disparité entre les grandes villes comme Lima et ses banlieues (10 millions d’habitants) et la forêt amazonienne ou les hauts plateaux andins aux villages dispersés et difficilement accessibles.

Les “Journées Amérique latine” organisées chaque année par le Service National de la Mission Universelle – en 2018 les 23 et 24 mars – nous donneront indirectement l’occasion de revenir sur la visite du Pape François, puisqu’elles auront pour thème l’Amazonie, à la suite de l’annonce du synode spécial de 2019. Nous y entendrons Monseigneur Alfredo Vizcarra, évêque de Jaén et président du Centre amazonien d’anthropologie et d’application pratique, créé en 1974 par neuf évêques de l’Amazonie péruvienne, en vue de la promotion humaine de la population de la forêt, en particulier les indigènes. Le Pérou renferme 13% de la forêt amazonienne, qui constitue plus de la moitié de son territoire, mais seulement 13% de sa population. Durant son voyage, le Pape François fera une étape à Puerto Maldonado, où il rencontrera notamment les peuples de l’Amazonie et où il prononcera un discours qui donnera les repères pour le chemin vers le synode sur l’Amazonie.

L’hymne officiel de la visite pontificale s’adresse au pape en lui disant : « toi qui consoles celui qui n’a rien, toi qui répares notre Église comme Jésus te l’a demandé, ici ce sont tes frères qui t’attendent. » Il ne fait aucun doute que son séjour sera pour le peuple péruvien un ferment d’espérance et que lui-même va s’employer à faire avancer l’unité au sein de l’Église.

 

Annie Josse

Service national de la Mission universelle de l’Église

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