Eduquer à la beauté : un projet pour le clergé et les artistes

Oeuvre de Denis Badet (Darkko)

Oeuvre de Denis Badet (Darkko)

Un projet d’éducation à la beauté a été lancé le 19 janvier à Rome, sous les auspices du Conseil pontifical pour la culture. Objectif : améliorer la formation du clergé chargé de la gestion et de l’achat des œuvres d’art et celle des artistes appelés à œuvrer dans le monde ecclésial. La présentation du projet s’est tenue en présence du cardinal Gianfranco Ravasi, Président du Conseil pontifical pour la culture, et de Mgr Nunzio Galantino, Secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne. Par Romilda Ferrauto.

Dans Evangelii Gaudium, le pape François encourage à récupérer l’estime de la beauté pour atteindre le cœur humain. Et pourtant, l’amour de la beauté ne semble plus faire partie des priorités du clergé. La laideur de nombreuses églises est affligeante tandis que des lieux de culte historiques sont défigurés par le mauvais goût dominant. Quant aux chants liturgiques, ils sont souvent médiocres, rebattus, quant ils ne sont pas totalement absents. Face à ce constat accablant, la Conférence des évêques italiens et le Conseil pontifical pour la culture ont décidé d’unir leurs forces pour lutter contre la décadence esthétique du culte chrétien et la paresse pastorale du clergé. Certes, la beauté coûte cher et les mécènes se font rares dans l’Eglise. On manque de moyens, a reconnu le cardinal Ravasi. Mais on manque aussi et surtout d’audace et de culture artistique.

L’Eglise italienne consacre une partie consistante de l’impôt religieux à la protection de son riche patrimoine artistique et à sa mise en valeur. Mais cela ne suffit pas : il est urgent de procéder à un travail d’éducation. Le projet lancé le 19 janvier en Italie est destiné en priorité aux évêques, prêtres, séminaristes, agents pastoraux et culturels des diocèses, qui seront amenés à commander des œuvres d’art ou à décorer des lieux de culte. Dans les séminaires, a regretté le cardinal Ravasi, l’histoire de l’art et l’éducation à la fonction évangélisatrice de la beauté sont négligées au profit des matières technologiques, sociologiques, économiques et financières, considérées comme plus utiles aux futurs prêtres. Une lacune regrettable.

Toutes les expressions d’authentique beauté peuvent aider à rencontrer Jésus

Mais le projet s’adresse aussi aux artistes contemporains qui ne parviennent pas toujours à saisir les exigences spirituelles et liturgiques de leurs commanditaires. A ce propos, le président du Conseil pour la culture a relevé que l’art contemporain avait une nouvelle grammaire. Selon lui, les artistes, aujourd’hui, privilégient l’expression personnelle, intime et ont du mal à mettre leur talent au service d’une cause qui n’est pas la leur. De leur côté, les communautés ne saisissent pas toujours le sens des nouvelles expressions artistiques. Il y a un problème de langage.

Très engagé dans le social, le Secrétaire de la Conférence des évêques italiens a insisté, quant à lui, sur la valeur éducative de la beauté en souhaitant que les nouvelles églises paroissiales, surtout dans les quartiers périphériques et défavorisés, deviennent des oasis de dialogue et d’accueil afin de favoriser le développement humain et solidaire des communautés locales. D’où cette mise en garde contre ceux qui, sous prétexte de sauvegarder la beauté et la culture, adoptent une attitude de fermeture identitaire, hostile à tout ce qui vient de l’extérieur. Au contraire, a insisté Mgr Galantino, la beauté doit permettre de donner à la Cité un visage humain.

Romilda Ferrauto est journaliste accréditée auprès du Saint-Siège

pape_francois_graffiti_superman

Graffiti représentant le pape François en Superman (Rome, 2014)

Une initiative qui pourrait dépasser les frontières de la péninsule italienne

Un questionnaire en ligne permettra de mesurer le niveau de formation du clergé, diocésain et religieux, à l’esthétique historique et artistique et d’étudier des programmes de formation pour les architectes, peintres, sculpteurs, musiciens… appelés à créer des œuvres d’art destinées aux lieux de culte. L’objectif sera donc à la fois de mettre en valeur le patrimoine historique et artistique présent dans les églises, mais aussi d’établir un dialogue constructif et fructueux avec les tendances de l’art contemporain, dans la multiplicité de ses disciplines artistiques. De nombreux artistes ont manifesté leur disponibilité à travailler pour l’Eglise, a assuré le cardinal Ravasi qui n’exclut pas que d’autres Conférences épiscopales puissent à l’avenir s’associer à cette initiative, surtout dans les pays qui possèdent un important patrimoine artistique.

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